{"id":1027,"date":"2016-11-24T08:55:54","date_gmt":"2016-11-24T06:55:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=1027"},"modified":"2022-12-23T12:25:54","modified_gmt":"2022-12-23T10:25:54","slug":"les-femmes-a-la-tete-des-grandes-entreprises-suisses-une-analyse-historique-des-inegalites-de-genre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=1027","title":{"rendered":"Les femmes \u00e0 la t\u00eate des grandes entreprises suisses : une analyse historique des in\u00e9galit\u00e9s de genre"},"content":{"rendered":"<h2>Introduction<\/h2>\n<p>En d\u00e9cembre 2015, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a pr\u00e9sent\u00e9 un projet visant \u00e0 introduire un quota de femmes dans les entreprises suisses [1]. L\u2019objectif est d\u2019atteindre 30% de femmes dans les conseils d\u2019administration et 20% dans les directions g\u00e9n\u00e9rales. Deux ans plus t\u00f4t, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 que la pr\u00e9sence des femmes dans les conseils d\u2019administration des entreprises proches de la Conf\u00e9d\u00e9ration devait augmenter pour atteindre 30% [2]. Ces diff\u00e9rentes initiatives, qui s\u2019expliquent par le retard consid\u00e9rable accumul\u00e9 par la Suisse en mati\u00e8re de repr\u00e9sentation des femmes dans les plus hautes fonctions des firmes, ont suscit\u00e9 une vive opposition des milieux \u00e9conomiques, peu enclins \u00e0 se laisser dicter leur conduite par les autorit\u00e9s publiques. Les femmes elles-m\u00eames sont partag\u00e9es sur la question, certaines craignant que cette mesure ne d\u00e9cr\u00e9dibilise leurs comp\u00e9tences.<\/p>\n<p>De nombreuses voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent cependant en faveur des quotas, appliqu\u00e9s \u00e0 l\u2019heure actuelle par la plupart des pays d\u2019Europe ayant d\u00e9cid\u00e9 de suivre l\u2019exemple de la Norv\u00e8ge, pionni\u00e8re en la mati\u00e8re. Un argument fr\u00e9quemment mobilis\u00e9 consiste \u00e0 dire qu\u2019une plus grande diversit\u00e9 au sein du conseil d\u2019administration contribue \u00e0 une meilleure performance de la firme, et donc \u00e0 l\u2019accroissement de ses b\u00e9n\u00e9fices. Le genre est ainsi un aspect \u2013 important \u2013 de la question, qui s\u2019\u00e9tend \u00e9galement \u00e0 la dimension ethnique, en particulier aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 le r\u00e8gne d\u2019une \u00e9lite \u00e9conomique presque exclusivement blanche, protestante et masculine est d\u00e9nonc\u00e9. La probl\u00e9matique de la \u00ab&nbsp;diversit\u00e9&nbsp;\u00bb occupe par ailleurs une place importante dans la recherche acad\u00e9mique, notamment dans le domaine de la gestion d\u2019entreprise (voir par exemple Campbell &amp; Minguez-Vera 2008&nbsp;; sur le cas suisse, Ruigrok et al. 2007).<\/p>\n<p>Qu\u2019ils soient publics ou acad\u00e9miques, les d\u00e9bats sur la \u00ab&nbsp;diversit\u00e9&nbsp;\u00bb soul\u00e8vent deux probl\u00e8mes principaux. Pour commencer, ils contribuent fr\u00e9quemment \u00e0 reproduire certains st\u00e9r\u00e9otypes sur les diff\u00e9rences de genre (Due Billing &amp; Alvesson 2000&nbsp;; Landrieux-Kartochian 2005), st\u00e9r\u00e9otypes qui pendant longtemps avaient \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s pour \u00e9carter les femmes des positions de pouvoir. Typiquement, l\u2019id\u00e9e selon laquelle les femmes seraient moins enclines \u00e0 prendre des risques, ou moins comp\u00e9titives que les hommes, joue d\u00e9sormais en leur faveur. La crise financi\u00e8re de 2008, qui a largement \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e comme la cons\u00e9quence du comportement d\u2019une \u00e9lite masculine irresponsable et imprudente (Pr\u00fcgl 2012), a jou\u00e9 en faveur de ce retournement. Par ailleurs, ces d\u00e9bats se focalisent sur la p\u00e9riode actuelle et passent ainsi \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des facteurs politiques et historiques qui ont contribu\u00e9 \u00e0 exclure durablement les femmes des positions de pouvoir, mais aussi \u00e0 construire socialement les qualit\u00e9s per\u00e7ues comme typiquement f\u00e9minines ou masculines.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9passer ces faiblesses, cette contribution analyse la pr\u00e9sence des femmes au sein des positions dirigeantes des 110 plus grandes entreprises suisses de 1910 \u00e0 2010, afin de mieux comprendre leur r\u00e9cente \u2013 et relative \u2013 int\u00e9gration. Dans la lign\u00e9e de l\u2019\u00e9tude de Eelke Heemskerk et Meindert Fennema (2014) sur le cas n\u00e9erlandais, je consid\u00e8re cette int\u00e9gration comme une forme de d\u00e9mocratisation de la position d\u2019\u00e9lite.<\/p>\n<h2>Sources et m\u00e9thode<\/h2>\n<p>Cette \u00e9tude s\u2019inscrit dans le prolongement d\u2019une recherche financ\u00e9e par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Les \u00e9lites suisses au 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;: un processus de diff\u00e9renciation inachev\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb, initi\u00e9e il y a dix ans [3]. Dans ce cadre, une base de donn\u00e9es a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e afin de recenser les \u00e9lites \u00e9conomiques, politiques, administratives et acad\u00e9miques pour six dates-rep\u00e8res couvrant le 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et le d\u00e9but du si\u00e8cle suivant&nbsp;: 1910, 1937, 1957, 1980, 2000 et 2010. Les donn\u00e9es et analyses pr\u00e9sent\u00e9es dans cette contribution s\u2019appuient sur cette base de donn\u00e9es, qui recense \u00e0 l\u2019heure actuelle environ 23&#8217;000 personnes et qui continue d\u2019\u00eatre aliment\u00e9e par diff\u00e9rentes recherches en cours&nbsp;[4].<\/p>\n<p>Dans la lign\u00e9e des travaux de C. Wright Mills (1969), nous avons d\u00e9fini comme \u00e9lites les personnes qui, en raison de la position qu\u2019elles occupent et du pouvoir d\u00e9cisionnel qu\u2019elles d\u00e9tiennent dans la soci\u00e9t\u00e9, sont en mesure d\u2019influencer son \u00e9volution. Les \u00e9lites \u00e9conomiques englobent les dirigeants des 110 plus grandes entreprises helv\u00e9tiques, s\u00e9lectionn\u00e9es, pour les six ann\u00e9es retenues, sur la base de diff\u00e9rents crit\u00e8res comme le chiffre d\u2019affaires, la capitalisation boursi\u00e8re et le nombre d\u2019employ\u00e9s[5]. Pour chaque entreprise et chaque date, nous avons identifi\u00e9 les principaux acteurs qui influencent la direction strat\u00e9gique et op\u00e9rationnelle de l\u2019entreprise, \u00e0 savoir les membres du conseil d\u2019administration et les dirigeants ex\u00e9cutifs (directeur g\u00e9n\u00e9ral et administrateur-d\u00e9l\u00e9gu\u00e9). Au final, cette \u00e9tude porte sur l\u2019\u00e9chantillon pr\u00e9sent\u00e9 dans le tableau 1 ci-dessous.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Tableau-1_Final.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1048\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Tableau-1_Final.png\" alt=\"tableau-1_final\" width=\"694\" height=\"190\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Tableau-1_Final.png 694w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Tableau-1_Final-300x82.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 694px) 100vw, 694px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Pour toutes les personnes recens\u00e9es dans l\u2019\u00e9chantillon ci-dessus, les donn\u00e9es relatives au sexe et \u00e0 la nationalit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 entr\u00e9es dans la base. Par ailleurs, des recherches approfondies sur les femmes ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es, en croisant de multiples sources telles que le <em>Dictionnaire historique de la Suisse<\/em>, les almanachs g\u00e9n\u00e9alogiques de la Suisse, les articles de presse et, pour la p\u00e9riode plus r\u00e9cente, les sites web des entreprises.<\/p>\n<h2>Un si\u00e8cle d\u2019exclusion<\/h2>\n<p>L\u2019exclusion des femmes des diff\u00e9rentes sph\u00e8res de pouvoir a \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence par de nombreuses \u00e9tudes (pour le 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, voir par exemple Duby &amp; Perrot 1992). Cette exclusion reste, aujourd\u2019hui encore, particuli\u00e8rement forte dans la sph\u00e8re \u00e9conomique. En effet, une r\u00e9cente \u00e9tude effectu\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 de conseil aux entreprises Egon Zehnder (2014) a identifi\u00e9 la proportion de femmes pr\u00e9sentes dans les organes dirigeants des plus grandes entreprises pour 17 pays europ\u00e9ens&nbsp;: la moyenne est estim\u00e9e \u00e0 20,3%, avec de fortes disparit\u00e9s entre les pays (cf. graphique 1).<\/p>\n<p>Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir sur la construction historique de la division sexuelle du travail salari\u00e9. La R\u00e9volution industrielle, qui commence en Angleterre au milieu du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et s\u2019\u00e9tend d\u00e8s le si\u00e8cle suivant aux pays dits \u00ab&nbsp;d\u00e9velopp\u00e9s&nbsp;\u00bb, instaure une s\u00e9paration entre foyer et travail, et une distinction genr\u00e9e des r\u00f4les. Le travail salari\u00e9 est progressivement consid\u00e9r\u00e9 comme une affaire d\u2019hommes, tandis que les femmes sont confin\u00e9es au foyer et au travail domestique non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, ou \u00e0 des emplois \u00ab&nbsp;de deuxi\u00e8me rang&nbsp;\u00bb (Scott 1991&nbsp;: 492). La figure de la femme au foyer se cristallise durant la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;: les \u00e9lites bourgeoises contribuent \u00e0 associer au sexe f\u00e9minin certaines caract\u00e9ristiques au d\u00e9triment d\u2019autres, comme la sensibilit\u00e9 plut\u00f4t que l\u2019intelligence, et \u00e0 confiner les femmes dans la sph\u00e8re priv\u00e9e (Sohn 1992). M\u00eame si la pr\u00e9sence des femmes sur le march\u00e9 du travail est en progression constante apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, la division sexuelle du travail instaur\u00e9e au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent persiste. Les femmes se retrouvent principalement dans certains secteurs \u00e9conomiques consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab&nbsp;f\u00e9minins&nbsp;\u00bb, ou au bas de l\u2019\u00e9chelle hi\u00e9rarchique.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Graphique-1_FINAL.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1049\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Graphique-1_FINAL.png\" alt=\"graphique-1_final\" width=\"690\" height=\"411\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Graphique-1_FINAL.png 690w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Graphique-1_FINAL-300x178.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 690px) 100vw, 690px\" \/><\/a><\/p>\n<p>La Suisse n\u2019\u00e9chappe pas aux tendances g\u00e9n\u00e9rales d\u00e9crites ci-dessus&nbsp;: jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1980, les femmes repr\u00e9sentent moins de 2% des \u00e9lites \u00e9conomiques (cf. tableau&nbsp;2). D\u00e8s le tournant du si\u00e8cle, leur pr\u00e9sence au sein des conseils d\u2019administration des grandes entreprises augmente visiblement, m\u00eame si elle reste faible. Elles restent par contre largement exclues des fonctions de direction ex\u00e9cutive sur l\u2019ensemble de la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e. Leur situation ne s\u2019am\u00e9liore que tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement durant la premi\u00e8re d\u00e9cennie du 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Tableau-2_FINAL.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1051\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Tableau-2_FINAL.png\" alt=\"tableau-2_final\" width=\"699\" height=\"170\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Tableau-2_FINAL.png 699w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Tableau-2_FINAL-300x72.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 699px) 100vw, 699px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Quelques caract\u00e9ristiques propres au cas suisse contribuent \u00e0 cette forte exclusion des femmes (voir Mach et al. 2016, chap. 2). Pour commencer, le recrutement des dirigeants \u00e9conomiques repose sur un syst\u00e8me de cooptation, qui s\u2019appuie sur une logique d\u2019entre-soi&nbsp;: les membres en place choisissent des personnes appartenant aux m\u00eames cat\u00e9gories sociales qu\u2019eux, au d\u00e9triment des femmes et des personnes issues d\u2019un milieu social plus modeste. L\u2019importance du grade militaire dans ce processus \u2013 on observe en effet une surrepr\u00e9sentation des officiers parmi les \u00e9lites \u00e9conomiques \u2013 est \u00e9galement un obstacle pour les femmes, puisque le service militaire n\u2019est obligatoire que pour les hommes. Enfin, le fait que les femmes soient exclues du droit de vote et d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 au niveau f\u00e9d\u00e9ral jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1970 contribue \u00e0 les confiner \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e.<\/p>\n<h2>Le capitalisme familial et le r\u00f4le invisible des femmes<\/h2>\n<p>Les rares femmes qui acc\u00e8dent aux conseils d\u2019administration des grandes entreprises suisses durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle poss\u00e8dent une caract\u00e9ristique commune&nbsp;: elles sont li\u00e9es \u00e0 la famille qui contr\u00f4le la firme. Il s\u2019agit par exemple en 1910 d\u2019Elise Hoffman au sein de l\u2019entreprise chimique b\u00e2loise Roche, fond\u00e9e par son fils et son mari. Cas plus rare, Else Selve-Wieland se retrouve au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1930 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019usine m\u00e9tallurgique Selve, \u00e0 Thoune, \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s de son mari Walther, qui avait lui-m\u00eame h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019entreprise de son p\u00e8re Gustav Selve (1842-1908). Dans l\u2019ensemble, les femmes restent cependant absentes des organes d\u00e9cisionnels de l\u2019entreprise familiale, m\u00eame lorsqu\u2019elles h\u00e9ritent des parts de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cette absence, les femmes jouent un r\u00f4le tr\u00e8s important dans la reproduction du capitalisme familial, mais plus informel et donc plus difficile \u00e0 identifier (sur cette question, voir Nordlund Edvinsson 2016). D\u2019une part, elles entretiennent et d\u00e9veloppent les r\u00e9seaux de sociabilit\u00e9 de la famille par l\u2019organisation de grandes r\u00e9ceptions, ou en s\u2019impliquant dans des activit\u00e9s philanthropiques. D\u2019autre part, elles contribuent \u00e0 nouer ou renforcer des alliances entre les dynasties patronales. Les hommes appartenant \u00e0 de grandes familles \u00e9pousent en effet la plupart du temps des femmes de leur rang. Cette \u00ab&nbsp;politique d\u2019alliances matrimoniales cibl\u00e9es&nbsp;\u00bb (Sarasin 1998&nbsp;: 103) leur permet \u00e0 la fois de pr\u00e9server ou d\u2019agrandir le patrimoine familial et de maintenir la coh\u00e9sion sociale du groupe auquel ils appartiennent. \u00c0 titre illustratif, on peut mentionner le mariage, en 1944, de Louis von Planta (1917-2003) et d\u2019Anne-Marie Ehinger&nbsp;: le premier est pr\u00e9sident et administrateur-d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 chez Ciba-Geigy, la seconde est la fille de Mathias Ehinger, ancien pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration de la banque priv\u00e9e b\u00e2loise Ehinger. Ces strat\u00e9gies d\u2019alliance jouent donc un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la reproduction de la classe dirigeante et permettent aussi, en l\u2019absence d\u2019h\u00e9ritiers de sexe masculin, de transmettre l\u2019entreprise \u00e0 un gendre afin de p\u00e9renniser l\u2019entreprise familiale.<\/p>\n<h2>Le droit d\u2019\u00eatre citoyenne, un tournant<\/h2>\n<p>En 1971 \u2013 soit plus de 120 ans apr\u00e8s les hommes \u2013 les femmes obtiennent le droit de vote et d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 au niveau f\u00e9d\u00e9ral (voir Studer 1996). L\u2019instauration tardive de ce droit fondamental, en comparaison notamment des autres pays europ\u00e9ens, a eu des r\u00e9percussions au-del\u00e0 de la sph\u00e8re politique. En effet, les revendications des mouvements f\u00e9ministes ont, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, essentiellement port\u00e9 sur le suffrage f\u00e9minin, au d\u00e9triment par exemple des l\u00e9gislations sociales (Schulz 1994). Ceci a renforc\u00e9 les obstacles rencontr\u00e9s par les femmes sur le march\u00e9 du travail, la l\u00e9gislation suisse \u00e9tant particuli\u00e8rement en retard en ce qui concerne l\u2019aide apport\u00e9e aux m\u00e8res&nbsp;: ainsi, l\u2019assurance maternit\u00e9 n\u2019est entr\u00e9e en vigueur qu\u2019en 2005.<\/p>\n<p>L\u2019extension du suffrage \u00ab&nbsp;universel&nbsp;\u00bb aux femmes en 1971 favorise un processus de d\u00e9mocratisation dans la sph\u00e8re \u00e9conomique. En effet, la pr\u00e9sence des femmes au sein des plus grandes entreprises suisses au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 est marqu\u00e9e par deux changements importants par rapport aux d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes&nbsp;: elles sont plus nombreuses et leur profil a chang\u00e9. Ainsi, plusieurs femmes issues de la sph\u00e8re politique, et souvent engag\u00e9es pour la cause f\u00e9ministe, acc\u00e8dent \u00e0 des positions de pouvoir dans des entreprises non familiales. C\u2019est le cas d\u2019Annie Dutoit (1909-1999), avocate ayant financ\u00e9 elle-m\u00eame ses \u00e9tudes de droit et premi\u00e8re femme \u00e0 pr\u00e9sider le Conseil communal de Lausanne en 1968 en tant que membre du Parti lib\u00e9ral, qui entre au conseil d\u2019administration des grands magasins Innovation en 1972 et acc\u00e8de \u00e0 sa pr\u00e9sidence en 1979. Si le monde des grandes entreprises s\u2019ouvre lentement aux femmes, cette ouverture se limite cependant \u00e0 un secteur \u00e9conomique particulier, celui de la grande distribution, li\u00e9 \u00e0 la consommation&nbsp;: en effet, sur les dix-sept femmes recens\u00e9es en 1980, treize sont pr\u00e9sentes dans ce secteur, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Annie Dutoit. Les femmes entrent ainsi au conseil d\u2019administration de la Coop, de Jelmoli \u2013 qui est alors la plus grande entreprise suisse de vente de v\u00eatements par correspondance \u2013 de la coop\u00e9rative d\u2019achat Union Schweizerischer Einkaufs-Gesellschaft Olten (Usego), ou encore de la Migros, dont le conseil compte pas moins de cinq femmes en 1980. Les dirigeants de ces entreprises, qui visent un public essentiellement f\u00e9minin \u2013 et plus pr\u00e9cis\u00e9ment les femmes au foyer \u2013 esp\u00e8rent tr\u00e8s probablement mieux conna\u00eetre leurs clientes en nommant des femmes au sein de leur conseil d\u2019administration, et am\u00e9liorer ainsi leurs profits.<\/p>\n<h2>La globalisation \u00e9conomique et l\u2019augmentation de la pr\u00e9sence des femmes<\/h2>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990, le syst\u00e8me de gouvernance d\u2019entreprise suisse est marqu\u00e9 par de profonds changements qui contribuent \u00e0 la progression de la pr\u00e9sence des femmes au sein des \u00e9lites \u00e9conomiques. La Suisse, qui faisait jusqu\u2019alors partie des \u00e9conomies de march\u00e9 coordonn\u00e9es, se rapproche du mod\u00e8le lib\u00e9ral sous l\u2019effet de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la globalisation \u00e9conomique (David et al. 2015). Le capitalisme familial conna\u00eet un certain d\u00e9clin avec l\u2019apparition du capitalisme financier (Ginalski 2015). Le profil des \u00e9lites se transforme et les ressources nationales, comme le fait d\u2019avoir un grade militaire, perdent de leur importance au profit de comp\u00e9tences acquises au niveau international (B\u00fchlmann et al. 2013).<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rents changements contribuent \u00e0 affaiblir la coh\u00e9sion des anciennes \u00e9lites \u00e9conomiques et permettent l\u2019arriv\u00e9e de nouveaux groupes d\u2019acteurs jusqu\u2019alors exclus. Le processus b\u00e9n\u00e9ficie en premier lieu aux \u00e9trangers&nbsp;: alors que depuis la Premi\u00e8re Guerre mondiale et jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1980, ceux-ci repr\u00e9sentaient moins de 5% des dirigeants des 110 plus grandes firmes suisses, leur proportion s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 35,5% en 2010. Mais, dans la foul\u00e9e, les femmes ont aussi r\u00e9ussi \u00e0 agrandir la br\u00e8che ouverte dans les ann\u00e9es 1970. Leur pr\u00e9sence au sein des organes d\u00e9cisionnels des plus grandes entreprises conna\u00eet en effet une croissance cons\u00e9quente par rapport aux d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes, passant de 1,9% en 1980 \u00e0 8,9% en 2010 (cf. tableau 2 supra). Ainsi, 33,6% de ces firmes ont au moins une femme au sein de leur conseil d\u2019administration. En outre, les femmes ne sont d\u00e9sormais plus confin\u00e9es dans le secteur de la distribution (graphique 2).<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Graphique-2.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1052\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Graphique-2.png\" alt=\"graphique-2\" width=\"690\" height=\"399\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Graphique-2.png 690w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Graphique-2-300x173.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 690px) 100vw, 690px\" \/><\/a><\/h4>\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les femmes sont mieux repr\u00e9sent\u00e9es dans les entreprises publiques ou proches de la Conf\u00e9d\u00e9ration, plus enclines \u00e0 mettre en place une politique d\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre. Ainsi, la Poste compte aujourd\u2019hui 33% de femmes dans son conseil d\u2019administration. Par ailleurs, certaines multinationales des secteurs des machines, de la chimie ou de la finance (banques et assurances) mettent en place des strat\u00e9gies de <em>diversity management<\/em> qui contribuent \u00e9galement \u00e0 une f\u00e9minisation de leurs conseils. Enfin, dans de tr\u00e8s rares cas, les femmes acc\u00e8dent m\u00eame \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale de la firme, \u00e0 l\u2019instar de Magdalena Martullo-Blocher (n\u00e9e en 1969), qui devient directrice g\u00e9n\u00e9rale d\u2019Ems Chemie en 2004, lorsque son p\u00e8re, Christoph Blocher, rejoint le Conseiller f\u00e9d\u00e9ral et vend ses parts de l\u2019entreprise \u00e0 ses quatre enfants. Plus r\u00e9cemment, Monika Ribar (n\u00e9e en 1951) est devenue la premi\u00e8re femme pr\u00e9sidente du conseil d\u2019administration des Chemins de fer f\u00e9d\u00e9raux suisses (CFF), succ\u00e9dant ainsi \u00e0 Ulrich Gygi. Sa nomination a suscit\u00e9 de nombreuses critiques \u00e0 l\u2019interne, certains d\u00e9non\u00e7ant une \u00e9lection \u00ab&nbsp;pro-quota&nbsp;\u00bb, et ce en d\u00e9pit de son exp\u00e9rience professionnelle comme directrice g\u00e9n\u00e9rale du groupe de logistique et transport Panalpina. Ces deux exemples repr\u00e9sentent cependant l\u2019exception qui confirme la r\u00e8gle, selon laquelle les femmes restent globalement exclues de ce type de fonction.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, les \u00e9lites \u00e9conomiques suisses repr\u00e9sentent un bastion masculin, o\u00f9 l\u2019exclusion des femmes est particuli\u00e8rement enracin\u00e9e. Si la sous-repr\u00e9sentation des femmes dans les plus hauts postes \u00e0 responsabilit\u00e9s du secteur priv\u00e9 s\u2019observe au-del\u00e0 des fronti\u00e8res helv\u00e9tiques (voir Blanchard et al. 2009), la Suisse est particuli\u00e8rement \u00e0 la tra\u00eene. L\u2019absence durable des femmes \u00e0 la t\u00eate des grandes entreprises s\u2019explique en partie par des facteurs historiques. En effet, l\u2019importance de l\u2019arm\u00e9e dans le processus de recrutement des \u00e9lites \u00e9conomiques, qui repose sur un syst\u00e8me de cooptation, et le fait que seuls les hommes b\u00e9n\u00e9ficient du droit de vote et d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 au niveau f\u00e9d\u00e9ral jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1970, ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant.<\/p>\n<p>Durant la majeure partie du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les rares femmes pr\u00e9sentes dans les conseils d\u2019administration sont li\u00e9es aux familles poss\u00e9dant l\u2019entreprise. Dans cette p\u00e9riode marqu\u00e9e par la pr\u00e9pond\u00e9rance du capitalisme familial, le r\u00f4le principal des femmes est cependant rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e, o\u00f9 elles assurent, en tant que m\u00e8res et \u00e9pouses, la transmission des fonctions de pouvoir au sein des firmes. L\u2019extension du suffrage \u00ab&nbsp;universel&nbsp;\u00bb aux femmes constitue une \u00e9tape charni\u00e8re et contribue au processus de d\u00e9mocratisation de l\u2019acc\u00e8s au pouvoir dans la sph\u00e8re \u00e9conomique. D\u00e8s les ann\u00e9es 1970, plusieurs femmes ayant accompli une carri\u00e8re politique, souvent engag\u00e9es dans la cause f\u00e9ministe, font leur entr\u00e9e dans les conseils d\u2019administration de firmes non familiales. Les ann\u00e9es 1990 repr\u00e9sentent un deuxi\u00e8me tournant&nbsp;: les pressions induites par la globalisation et l\u2019internationalisation croissante de l\u2019\u00e9conomie remettent en question l\u2019ancien mod\u00e8le de gouvernance d\u2019entreprise suisse, ce qui permet aux femmes d\u2019ouvrir un peu plus la br\u00e8che perc\u00e9e par leurs pr\u00e9d\u00e9cesseures. Si leur pr\u00e9sence au sein des conseils d\u2019administration a consid\u00e9rablement augment\u00e9 depuis la fin du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, elles restent cependant largement exclues des postes de direction g\u00e9n\u00e9rale, o\u00f9 se concentre le pouvoir.<\/p>\n<p>La f\u00e9minisation des conseils d\u2019administration reste par ailleurs faible en comparaison des autres pays occidentaux, qui ont pour la plupart pris des mesures politiques \u00e0 cette fin. Les autorit\u00e9s suisses, fid\u00e8les \u00e0 leur tradition d\u2019intervention minimale dans la sph\u00e8re \u00e9conomique, ont tard\u00e9 \u00e0 proposer l\u2019introduction de quotas. La question de savoir si le projet actuel du Conseil f\u00e9d\u00e9ral allant dans ce sens vaincra les vives oppositions des milieux \u00e9conomiques reste ouverte. L\u2019\u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes risque ainsi d\u2019\u00eatre encore longue \u00e0 atteindre.<\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] <a href=\"http:\/\/www.ejpd.admin.ch\/ejpd\/fr\/home\/aktuell\/news\/2015\/2015-12-04.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.ejpd.admin.ch\/ejpd\/fr\/home\/aktuell\/news\/2015\/2015-12-04.html<\/a><\/p>\n<p>[2] <a href=\"https:\/\/www.admin.ch\/gov\/fr\/accueil\/documentation\/communiques.msg-id-50856.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.admin.ch\/gov\/fr\/accueil\/documentation\/communiques.msg-id-50856.html<\/a><\/p>\n<p>[3] Je remercie tous mes coll\u00e8gues qui ont particip\u00e9 au projet et en particulier Felix B\u00fchlmann, Thomas David, Andr\u00e9 Mach et Pierre Eichenberger pour leurs commentaires sur cette contribution. Merci \u00e9galement \u00e0 Patricia Pacheco Delacoste pour sa relecture.<\/p>\n<p>[4] Pour plus d\u2019information, voir le site de l\u2019\u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/obelis\/fr\/home.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Observatoire des \u00e9lites suisses<\/a>&nbsp;\u00bb (Obelis), qui regroupe les diff\u00e9rent\u00b7e\u00b7s chercheur\u00b7e\u00b7s associ\u00e9\u00b7e\u00b7s aux projets achev\u00e9s et en cours sur les \u00e9lites suisses&nbsp;: www.unil.ch\/obelis\/home. Une partie de la base de donn\u00e9es utilis\u00e9e dans cette contribution peut y \u00eatre consult\u00e9e.<\/p>\n<p>[5] Pour plus de d\u00e9tails, voir David et al. (2015&nbsp;: 477-501), qui donne la liste d\u00e9taill\u00e9e des entreprises pour chaque ann\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction En d\u00e9cembre 2015, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a pr\u00e9sent\u00e9 un projet visant \u00e0 introduire un quota de femmes dans les entreprises suisses [1]. L\u2019objectif est d\u2019atteindre 30% de femmes dans les conseils d\u2019administration et 20% dans les directions g\u00e9n\u00e9rales. Deux ans plus t\u00f4t, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 que la pr\u00e9sence des femmes dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[19,21],"tags":[],"class_list":["post-1027","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-travail","category-genre"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1027","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1027"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1027\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3406,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1027\/revisions\/3406"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1027"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1027"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1027"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}