{"id":1094,"date":"2017-04-11T07:53:00","date_gmt":"2017-04-11T05:53:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=1094"},"modified":"2022-12-23T12:21:38","modified_gmt":"2022-12-23T10:21:38","slug":"les-inegalites-scolaires-en-suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=1094","title":{"rendered":"Les in\u00e9galit\u00e9s scolaires en Suisse"},"content":{"rendered":"<h2>Introduction<\/h2>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques contemporaines, la question des in\u00e9galit\u00e9s scolaires prend une dimension particuli\u00e8re. Ces soci\u00e9t\u00e9s se fondent en effet sur l\u2019id\u00e9e que la place de chacun doit \u00eatre le fruit de ses comp\u00e9tences, de son talent et de ses m\u00e9rites, et non de sa naissance ou de ses origines. C\u2019est ce que l\u2019on nomme commun\u00e9ment la m\u00e9ritocratie. L\u2019\u00e9cole, dans cette perspective, joue un r\u00f4le cl\u00e9, car elle a pour mission de former les jeunes g\u00e9n\u00e9rations et de certifier les comp\u00e9tences acquises par les dipl\u00f4mes qu\u2019elle distribue. Pour que ce r\u00f4le soit pleinement tenu, et que le jeu ne soit pas fauss\u00e9, elle se doit de donner les m\u00eames opportunit\u00e9s \u00e0 tous, pour que la r\u00e9ussite d\u00e9pende prioritairement du talent et de l\u2019effort de chacun et non d\u2019autres facteurs h\u00e9rit\u00e9s comme le niveau \u00e9conomique ou culturel de la famille notamment (Becker, 2013).<\/p>\n<p>Une des manifestations concr\u00e8tes de cette conception des liens entre individus, \u00e9cole et soci\u00e9t\u00e9, est que le dipl\u00f4me d\u00e9finit aujourd\u2019hui fortement la position sociale et le salaire. Ceci se v\u00e9rifie en Suisse (Korber et Oesch, 2016\u00a0; Falcon, 2016\u00a0; Levy et al., 1997), mais aussi dans la plupart des pays d\u00e9velopp\u00e9s (OCDE, 2016). Il devient alors pertinent de s\u2019interroger sur les modalit\u00e9s de distribution de ces comp\u00e9tences et de ces dipl\u00f4mes\u00a0: l\u2019\u00e9cole donne-t-elle les m\u00eames opportunit\u00e9s \u00e0 tous ? Est-elle \u00e9quitable dans son fonctionnement\u00a0? Permet-elle de compenser les in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9part li\u00e9es \u00e0 la naissance ou \u00e0 l\u2019inverse les accentue-t-elle\u00a0?<\/p>\n<p>Les sciences sociales se sont empar\u00e9es de ces questions pour mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits la m\u00e9ritocratie par l\u2019analyse des in\u00e9galit\u00e9s scolaires. Celles-ci sont entendues comme des in\u00e9galit\u00e9s entre groupes et non pas seulement entre individus (Felouzis, 2014). Dans le cadre de cette contribution, nous traiterons uniquement des in\u00e9galit\u00e9s socio\u00e9conomiques. Il s\u2019agit aussi de comparer ces chances scolaires en fonction du syst\u00e8me \u00e9ducatif dans lequel \u00e9voluent les \u00e9l\u00e8ves. De ce point de vue, le contexte suisse est particuli\u00e8rement pertinent, car chaque canton propose un syst\u00e8me \u00e9ducatif qui lui est propre. Il est donc possible d\u2019\u00e9tudier dans quelle mesure l\u2019obtention d\u2019un titre scolaire d\u00e9pend de cette dimension cantonale.<\/p>\n<p>Notre raisonnement est construit en trois temps. Nous commen\u00e7ons par d\u00e9finir les outils \u00e0 notre disposition pour \u00e9tudier les in\u00e9galit\u00e9s scolaires en Suisse. Dans un deuxi\u00e8me temps, nous nous basons sur le \u00ab\u00a0sur-\u00e9chantillon\u00a0\u00bb suisse de l\u2019enqu\u00eate PISA pour comparer les diff\u00e9rents cantons au plan de leur efficacit\u00e9 \u2013 le niveau scolaire moyen de leurs \u00e9l\u00e8ves en fin de scolarit\u00e9 obligatoire \u2013 et de leur \u00e9quit\u00e9 \u2013 l\u2019ampleur des in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acquis en fonction du niveau socio\u00e9conomique de la famille. Nous proposons ensuite une d\u00e9marche explicative de l\u2019\u00e9quit\u00e9 scolaire dans chaque canton, en lien avec les caract\u00e9ristiques de leur syst\u00e8me \u00e9ducatif. En conclusion, nous abordons une r\u00e9flexion plus g\u00e9n\u00e9rale sur le r\u00f4le des politiques d\u2019\u00e9ducation dans la construction des in\u00e9galit\u00e9s scolaires.<\/p>\n<h2>Comment \u00e9tudier les in\u00e9galit\u00e9s scolaires\u00a0?<\/h2>\n<p>La sociologie de l\u2019\u00e9ducation s\u2019est empar\u00e9e de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e de la question des in\u00e9galit\u00e9s pour en faire un de ses objets centraux. Des premiers travaux de Coleman (1966) et Jencks (1979) aux \u00e9tats-Unis, \u00e0 ceux de Bourdieu et Passeron (1964, 1970) en France, jusqu\u2019aux enqu\u00eates internationales PISA aujourd\u2019hui (OCDE, 2014), la question des in\u00e9galit\u00e9s jalonne l\u2019\u00e9volution des th\u00e9ories et des m\u00e9thodes de la discipline. Au fil du temps, la \u00ab\u00a0bo\u00eete \u00e0 outils\u00a0\u00bb pour l\u2019analyse des in\u00e9galit\u00e9s s\u2019est \u00e9toff\u00e9e\u00a0: les m\u00e9thodes statistiques sont aujourd\u2019hui tr\u00e8s affin\u00e9es, les enqu\u00eates \u00e0 large \u00e9chelle nombreuses, les donn\u00e9es accessibles pour les chercheurs.<\/p>\n<p>En Suisse, la source la plus fiable pour comparer les acquis scolaires des \u00e9l\u00e8ves d\u2019un canton \u00e0 l\u2019autre est l\u2019enqu\u00eate PISA (Programme International de Suivi des Acquis des \u00e9l\u00e8ves), car elle r\u00e9pond \u00e0 des crit\u00e8res internationaux de comparaison. Plus particuli\u00e8rement, ce que l\u2019on nomme le \u00ab\u00a0sur-\u00e9chantillon\u00a0\u00bb PISA est une \u00e9dition suisse de l\u2019enqu\u00eate qui pr\u00e9sente des caract\u00e9ristiques similaires \u00e0 l\u2019enqu\u00eate internationale tout en permettant une comparaison entre un certain nombre de cantons ayant particip\u00e9 \u00e0 ce sur-\u00e9chantillon. (IRDP\/SRED, 2014). Notons que PISA Suisse se distingue de l\u2019enqu\u00eate internationale par le fait que les \u00e9l\u00e8ves sont interrog\u00e9s en fonction de leur niveau de scolarisation \u2013 la derni\u00e8re ann\u00e9e de scolarit\u00e9 obligatoire \u2013 et non en fonction de leur \u00e2ge.<\/p>\n<p>Au plan des analyses propos\u00e9es, nous nous centrons sur les groupes sociaux d\u00e9finis par le statut socio\u00e9conomique des parents des \u00e9l\u00e8ves concern\u00e9s. Nous utilisons pour cela l\u2019indice de \u00ab\u00a0statut \u00e9conomique, social et culturel\u00a0\u00bb qui est construit \u00e0 partir de trois informations mesurant diff\u00e9rentes dimensions de l\u2019environnement familial\u00a0: le statut professionnel le plus \u00e9lev\u00e9 des deux parents, le plus haut niveau de dipl\u00f4me des deux parents et le capital mat\u00e9riel, culturel et \u00e9ducatif du foyer (par exemple le nombre de livres dans le m\u00e9nage).<\/p>\n<h2>La Suisse\u00a0: une r\u00e9alit\u00e9 scolaire multiple<\/h2>\n<p>Dans les comparaisons internationales PISA, la Suisse se situe parmi les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs \u00e0 la fois efficaces et plut\u00f4t \u00e9quitables (OCDE, 2014). Pourtant, en mati\u00e8re scolaire comme dans bien d\u2019autres domaines, la r\u00e9alit\u00e9 suisse pr\u00e9sente de multiples facettes. Les politiques scolaires \u00e9tant de l\u2019autorit\u00e9 des cantons, le pays est compos\u00e9 de 26 syst\u00e8mes \u00e9ducatifs dont les cons\u00e9quences sur les parcours des \u00e9l\u00e8ves et leurs acquis sont par hypoth\u00e8se diff\u00e9rentes. Il est donc pertinent de se questionner sur les acquis et leur r\u00e9partition \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque canton \u00e0 l\u2019aide des sur-\u00e9chantillons <em>PISA Suisse<\/em> 2003 et 2012. Nous nous focalisons sur les math\u00e9matiques, domaine majeur de ces deux enqu\u00eates.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Tableau_1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1100\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Tableau_1.png\" alt=\"Tableau_1\" width=\"689\" height=\"580\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Tableau_1.png 689w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Tableau_1-300x252.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 689px) 100vw, 689px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Lire ainsi\u00a0: dans le canton d\u2019Argovie, le score moyen est de 523 points contre 531 points en moyenne pour la Suisse. 14,2% des \u00e9l\u00e8ves sont en dessous du seuil minimum de comp\u00e9tences, contre 11,3% en moyenne. L\u2019indice de statut socio\u00e9conomique explique 14% de la variation du score en math\u00e9matiques, contre 11% en moyenne.<\/p>\n<p>Les comp\u00e9tences des \u00e9l\u00e8ves peuvent varier fortement d\u2019un canton \u00e0 l\u2019autre. Le score moyen en math\u00e9matiques atteint 550 points ou plus \u00e0 Schaffhouse<sup><sup>[1]<\/sup><\/sup> (558), Saint-Gall (550) et dans la partie francophone du canton de Fribourg (550)\u00a0; il est inf\u00e9rieur \u00e0 520 points dans la partie francophone du canton de Berne (515), au Tessin (514) ainsi qu\u2019\u00e0 Neuch\u00e2tel (508) et \u00e0 Gen\u00e8ve (502).<\/p>\n<p>La proportion d\u2019\u00e9l\u00e8ves consid\u00e9r\u00e9s tr\u00e8s faibles ou tr\u00e8s performants varie elle aussi selon le canton. Dans les parties francophones du canton de Fribourg et du Valais, on compte seulement 5% d\u2019\u00e9l\u00e8ves n\u2019atteignant pas le seuil minimum de comp\u00e9tences en math\u00e9matiques contre 16% \u00e0 Gen\u00e8ve et plus de 19% \u00e0 Z\u00fcrich. Le pourcentage d\u2019\u00e9l\u00e8ves tr\u00e8s performants est de 32% \u00e0 Schaffhouse, de 28% \u00e0 Saint-Gall, alors qu\u2019il ne d\u00e9passe pas 15% dans les cantons de Gen\u00e8ve (10,6%), de Neuch\u00e2tel (12,1%), du Tessin (12,9%) et dans la partie francophone du canton de Berne (14,3%).<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Figure_1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1101\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Figure_1.png\" alt=\"Figure_1\" width=\"689\" height=\"567\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Figure_1.png 689w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Figure_1-300x246.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 689px) 100vw, 689px\" \/><\/a><\/h4>\n<p>Lire ainsi\u00a0: dans le canton d\u2019Argovie, le score moyen en math\u00e9matiques (523) est inf\u00e9rieur \u00e0 la moyenne suisse (531)\u00a0; l\u2019intensit\u00e9 du lien entre l\u2019indice de statut socio\u00e9conomique et le score en math\u00e9matiques est sup\u00e9rieure (14%) \u00e0 la moyenne (11%). On peut donc consid\u00e9rer qu\u2019Argovie est moins efficace et moins \u00e9quitable que la moyenne.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rences intercantonales sont \u00e9galement marqu\u00e9es sur le plan des in\u00e9galit\u00e9s sociales<sup><sup>[2]<\/sup><\/sup>. Z\u00fcrich apparait comme le canton o\u00f9 le statut socio\u00e9conomique explique le plus la variance du score en math\u00e9matiques (19%)\u00a0; un r\u00e9sultat qui doit toutefois \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 avec pr\u00e9caution, car les donn\u00e9es portent ici sur l\u2019enqu\u00eate PISA 2009. Suivent ensuite Argovie et Vaud, avec un indice de statut socio\u00e9conomique qui explique 14% des diff\u00e9rences de score entre \u00e9l\u00e8ves. \u00c0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9, les in\u00e9galit\u00e9s sociales apparaissent peu prononc\u00e9es dans le canton du Jura, au Tessin et dans la partie francophone du Valais puisque le statut socio\u00e9conomique n\u2019y explique qu\u2019environ 5% de la variance du score en math\u00e9matiques.<\/p>\n<p>La figure 1 compare les diff\u00e9rents cantons au plan de leur efficacit\u00e9 \u2013 mesur\u00e9e ici par le score moyen des \u00e9l\u00e8ves en math\u00e9matiques \u2013 et de leur degr\u00e9 d\u2019\u00e9quit\u00e9 \u2013 mesur\u00e9e par l\u2019intensit\u00e9 du lien entre le niveau socio\u00e9conomique de la famille et le score des \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Trois cantons al\u00e9maniques et un canton romand se distinguent par une efficacit\u00e9 et une \u00e9quit\u00e9 inf\u00e9rieure \u00e0 la moyenne. Il s\u2019agit d\u2019Argovie, Soleure et Z\u00fcrich d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et du canton de Vaud de l\u2019autre. \u00c0 l\u2019inverse, le canton du Valais apparait comme plus efficace et plus \u00e9quitable que la moyenne. Les cantons de Fribourg (partie francophone), de Schaffhouse et de Saint-Gall se d\u00e9marquent \u00e9galement des autres par un niveau de comp\u00e9tences en math\u00e9matiques nettement sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne et par un niveau d\u2019\u00e9quit\u00e9 dans la moyenne. Enfin, on peut souligner la situation du Jura et du Tessin, qui bien qu\u2019\u00e9tant moins efficaces que la moyenne[3], produisent aussi moins d\u2019in\u00e9galit\u00e9s sociales. Une lecture plus g\u00e9n\u00e9rale de la figure 1 permet d\u2019insister sur les liens entre efficacit\u00e9 et \u00e9quit\u00e9\u00a0: aucun canton n\u2019est \u00e0 la fois plus efficace et moins \u00e9quitable que la moyenne (quadrant en haut \u00e0 droite de la figure), montrant que les apprentissages performants se marient mal avec des syst\u00e8mes in\u00e9galitaires, laissant de c\u00f4t\u00e9 un nombre trop important d\u2019\u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<h2>In\u00e9galit\u00e9s, s\u00e9gr\u00e9gation scolaire et caract\u00e9ristiques des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs<\/h2>\n<p>Ces forts contrastes cantonaux posent la question de leurs sources. Comment expliquer de tels \u00e9carts en mati\u00e8re d\u2019in\u00e9galit\u00e9s scolaires entre, par exemple Z\u00fcrich et Vaud d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et le Jura ou le Tessin de l\u2019autre\u00a0? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il est utile d\u2019examiner plusieurs hypoth\u00e8ses. Une premi\u00e8re concerne la nature de la population scolaire dans chaque canton, notamment en ce qui concerne l\u2019ampleur de l\u2019immigration, mais aussi le niveau socio\u00e9conomique moyen des \u00e9l\u00e8ves. Si l\u2019on consid\u00e8re ces deux dimensions, il ressort qu\u2019elles n\u2019expliquent pas les diff\u00e9rences d\u2019in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acquis observ\u00e9es dans le tableau 1 et la figure 1 (Felouzis et al., 2011). Une autre hypoth\u00e8se consiste \u00e0 questionner l\u2019organisation des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs cantonaux. Pour cela nous distinguons dans un premier temps les cantons en fonction de trois diff\u00e9rents modes de regroupement des \u00e9l\u00e8ves dans les \u00e9tablissements ou les classes de l\u2019enseignement secondaire\u00a0:<\/p>\n<p>-Syst\u00e8me segment\u00e9\u00a0: il s\u2019agit de cantons fonctionnant avec des fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es. Les \u00e9l\u00e8ves sont g\u00e9n\u00e9ralement regroup\u00e9es dans trois fili\u00e8res en fonction de leur niveau scolaire (par exemple\u00a0: <em>Realschule, Sekundarschule, Gymnasium<\/em>).<\/p>\n<p>-Syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9\u00a0: dans ces cantons, les \u00e9l\u00e8ves sont scolaris\u00e9s dans les m\u00eames classes, quel que soit leur niveau scolaire. Il y a cependant des groupes de niveau dans les mati\u00e8res fondamentales (math\u00e9matiques, allemand, fran\u00e7ais ou italien).<\/p>\n<p>-Syst\u00e8me \u00ab\u00a0mixte\u00a0\u00bb\u00a0: nous regroupons ici les cantons o\u00f9 l\u2019on trouve en m\u00eame temps un syst\u00e8me segment\u00e9 et int\u00e9gr\u00e9[4].<\/p>\n<p>Il s\u2019agit ensuite d\u2019observer quelle est l\u2019ampleur des in\u00e9galit\u00e9s sociales d\u2019acquis en fonction des caract\u00e9ristiques du syst\u00e8me \u00e9ducatif propos\u00e9 dans le secondaire obligatoire. C\u2019est ce que pr\u00e9sente la figure 2, sur la base des enqu\u00eates <em>PISA Suisse<\/em> 2003 et 2012[5].<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Figure_2.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1102\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Figure_2.png\" alt=\"Figure_2\" width=\"660\" height=\"777\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Figure_2.png 660w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Figure_2-254x300.png 254w\" sizes=\"auto, (max-width: 660px) 100vw, 660px\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>La figure 2 montre plusieurs r\u00e9sultats et \u00e9volutions. En 2003, les syst\u00e8mes segment\u00e9s donnent \u00e0 voir des degr\u00e9s d\u2019in\u00e9galit\u00e9s tr\u00e8s variables. Toutefois, les cantons les plus in\u00e9galitaires (Z\u00fcrich, Saint-Gall, Neuch\u00e2tel et Vaud) ont tous des syst\u00e8mes d\u2019enseignement segment\u00e9s. En 2012, ce ph\u00e9nom\u00e8ne se renforce\u00a0: les in\u00e9galit\u00e9s sociales de comp\u00e9tences sont toujours plus marqu\u00e9es dans les cantons dont l\u2019enseignement secondaire est organis\u00e9 de mani\u00e8re segment\u00e9e\u00a0: le statut socio\u00e9conomique explique 19% des diff\u00e9rences de score entre \u00e9l\u00e8ves \u00e0 Z\u00fcrich, 14% dans le canton de Vaud et entre 10 et 13 % dans les autres cantons avec un syst\u00e8me segment\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les cantons fonctionnant avec un syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 ou un syst\u00e8me \u00ab\u00a0mixte\u00a0\u00bb, les in\u00e9galit\u00e9s apparaissent nettement moins prononc\u00e9es puisque le statut socio\u00e9conomique n\u2019explique jamais plus de 10% de la variance du score des \u00e9l\u00e8ves. Pour le syst\u00e8me mixte, les in\u00e9galit\u00e9s sociales apparaissent moins fortes en Valais (francophone et germanophone) qu\u2019\u00e0 Gen\u00e8ve ou dans la partie francophone du canton de Berne. Il est \u00e0 ce titre int\u00e9ressant de relever qu\u2019en Valais la filiarisation intervient tardivement\u00a0: pendant les deux premi\u00e8res ann\u00e9es du secondaire 1, le syst\u00e8me fonctionne de mani\u00e8re int\u00e9gr\u00e9e pour tous les \u00e9l\u00e8ves\u00a0; ce n\u2019est qu\u2019en derni\u00e8re ann\u00e9e de scolarit\u00e9 obligatoire qu\u2019une partie des \u00e9l\u00e8ves rejoint une fili\u00e8re pr\u00e9parant \u00e0 la formation gymnasiale.<\/p>\n<p>Tout porte donc \u00e0 croire que les syst\u00e8mes segment\u00e9s tendent \u00e0 renforcer les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acquis entre \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la fin de l\u2019enseignement obligatoire alors que les syst\u00e8mes int\u00e9gr\u00e9s ou mixtes g\u00e9n\u00e8rent moins d\u2019in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissage. La question qui se pose est alors de savoir quels sont les m\u00e9canismes qui produisent un tel r\u00e9sultat sur les in\u00e9galit\u00e9s de comp\u00e9tences. La litt\u00e9rature internationale sur la question pointe la s\u00e9gr\u00e9gation scolaire g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les syst\u00e8mes segment\u00e9s comme un puissant facteur d\u2019in\u00e9galit\u00e9s entre \u00e9l\u00e8ves et groupes d\u2019\u00e9l\u00e8ves (Gamoran et al., 1995\u00a0; Buchmann et al., 2016). En s\u00e9parant les \u00e9l\u00e8ves en fonction de leur niveau scolaire en fin de primaire, les fili\u00e8res les s\u00e9parent aussi en fonction de leurs caract\u00e9ristiques sociales, migratoires et culturelles. En cons\u00e9quence, l\u2019offre d\u2019\u00e9ducation adress\u00e9e aux \u00e9l\u00e8ves des diff\u00e9rents milieux sociaux varie d\u2019autant plus en qualit\u00e9 et en quantit\u00e9 que la s\u00e9gr\u00e9gation est marqu\u00e9e. Il est donc pertinent de tester cette hypoth\u00e8se sur la base de nos donn\u00e9es. Pour cela, nous consid\u00e9rons le degr\u00e9 de s\u00e9gr\u00e9gation sociale en fonction des fili\u00e8res ou des groupes de niveau pr\u00e9sents dans chaque canton. La figure 3 pr\u00e9sente la corr\u00e9lation entre l\u2019ampleur des in\u00e9galit\u00e9s sociales de comp\u00e9tences et la s\u00e9gr\u00e9gation sociale li\u00e9e aux modes de regroupement, en 2003 et 2012[6].<\/p>\n<p>En 2003 comme en 2012, plus la s\u00e9gr\u00e9gation sociale est forte, plus les in\u00e9galit\u00e9s sociales de comp\u00e9tences sont marqu\u00e9es dans chaque canton. Une lecture canton par canton nous permet de souligner les \u00e9volutions les plus pertinentes. Z\u00fcrich, Argovie et Saint-Gall ont des \u00e9volutions similaires\u00a0: entre les deux dates, on y observe moins de s\u00e9gr\u00e9gation et moins d\u2019in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissage. Le Jura et Gen\u00e8ve, bien que situ\u00e9s de fa\u00e7on tr\u00e8s diff\u00e9rente sur le plan de leur degr\u00e9 de s\u00e9gr\u00e9gation et d\u2019in\u00e9galit\u00e9s, pr\u00e9sentent le m\u00eame type d\u2019\u00e9volution, ce qui tend \u00e0 montrer qu\u2019une limitation de la s\u00e9gr\u00e9gation sociale entre les diff\u00e9rents groupes de niveau et fili\u00e8res tend \u00e0 limiter parall\u00e8lement l\u2019ampleur des in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acquis. Toutefois, certains cantons pr\u00e9sentent d\u2019autres mod\u00e8les d\u2019\u00e9volution. La s\u00e9gr\u00e9gation sociale \u00e0 l\u2019\u00e9cole dans le canton de Vaud tend \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement baisser, mais les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissage y augmentent nettement. Enfin, le cas de la partie francophone du canton de Fribourg est int\u00e9ressant puisque la s\u00e9gr\u00e9gation et les in\u00e9galit\u00e9s y augmentent de concert entre 2003 et 2012.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/FIgure_3.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1104\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/FIgure_3.png\" alt=\"FIgure_3\" width=\"684\" height=\"919\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/FIgure_3.png 684w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/FIgure_3-223x300.png 223w\" sizes=\"auto, (max-width: 684px) 100vw, 684px\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>\u00c0 partir des enqu\u00eates <em>PISA Suisse<\/em>, nous avons questionn\u00e9 la nature plus ou moins \u00e9quitable des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs cantonaux en Suisse. Bien qu\u2019\u00e9tant incompl\u00e8te \u2013 elle ne rassemble pas l\u2019ensemble des 26 cantons de la Conf\u00e9d\u00e9ration \u2013 cette enqu\u00eate est \u00e0 ce jour la seule qui produise des donn\u00e9es comparables d\u2019un canton \u00e0 l\u2019autre. Ces donn\u00e9es permettent de dessiner les \u00e9volutions des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs suisses et d\u2019en comprendre la logique. Elles permettent ainsi d\u2019\u00e9clairer les politiques \u00e9ducatives en identifiant les caract\u00e9ristiques des syst\u00e8mes d\u2019enseignement qui limitent les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissage entre \u00e9l\u00e8ves de milieux sociaux diff\u00e9rents. Pour cela, nous avons proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des comparaisons entre les cantons pr\u00e9sents dans les enqu\u00eates 2003 et 2012. Il ressort que les cantons qui choisissent une organisation segment\u00e9e de leur enseignement secondaire obligatoire sont ceux pour lesquels les acquis scolaires d\u00e9pendent le plus fortement de l\u2019origine sociale des \u00e9l\u00e8ves. Le choix d\u2019une organisation plus ouverte \u2013 selon un mod\u00e8le \u00ab\u00a0int\u00e9gr\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0mixte\u00a0\u00bb \u2013 permet en revanche de mieux r\u00e9aliser un principe d\u2019\u00e9quit\u00e9 sur le plan des acquis des \u00e9l\u00e8ves en fin de scolarit\u00e9 obligatoire. En termes d\u2019\u00e9volution, il faut noter qu\u2019un nombre croissant de cantons optent aujourd\u2019hui pour des syst\u00e8mes moins segment\u00e9s, voire totalement int\u00e9gr\u00e9s, sous la pression d\u2019une demande d\u2019\u00e9ducation soutenue de la part des familles et des attentes d\u2019une \u00e9conomie suisse dont les besoins en main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e sont en nette augmentation (SECO, 2016).<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] Schaffhouse et Z\u00fcrich \u00e9taient absents l\u2019enqu\u00eate <em>PISA Suisse<\/em> 2012. Nous donnons ici les r\u00e9sultats de 2009.<\/p>\n<p>[2]L\u2019ampleur des in\u00e9galit\u00e9s sociales de comp\u00e9tences est mesur\u00e9e par l\u2019intensit\u00e9 de la corr\u00e9lation entre l\u2019indice de statut socio\u00e9conomique et le score en math\u00e9matiques. Nous avons calcul\u00e9 le <em>coefficient de d\u00e9termination<\/em> () qui mesure le pourcentage de la variance du score en math\u00e9matiques qui est imputable au statut socio\u00e9conomique des \u00e9l\u00e8ves. Plus le coefficient de d\u00e9termination s\u2019approche de 100%, plus les in\u00e9galit\u00e9s sociales de comp\u00e9tences sont fortes.<\/p>\n<p>[3] La comparaison des cantons selon leur degr\u00e9 d\u2019efficacit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e dans Felouzis et al. (2011). Nous y montrons, sur la base de l\u2019enqu\u00eate <em>PISA Suisse<\/em> 2003, que l\u2019\u00e2ge moyen des \u00e9l\u00e8ves explique en partie les diff\u00e9rences d\u2019apprentissage entre cantons. \u00c0 titre d\u2019exemple, les \u00e9l\u00e8ves de Gen\u00e8ve, du Tessin et du Jura sont en moyenne tr\u00e8s proches de 15 ans, alors que ceux des cantons de Z\u00fcrich ou Argovie sont plus proches de 16 ans.<\/p>\n<p>[4] Les quatre cantons avec un syst\u00e8me \u00ab\u00a0mixte\u00a0\u00bb sont ceux o\u00f9 au moins un tiers du total des \u00e9l\u00e8ves est scolaris\u00e9 dans un syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 (Be(d)=47% ; VS(d)=37% ; VS(f)=71% ; Ge=37%). D\u2019autres cantons (SO, SG, ZH, SH) proposent aussi en parall\u00e8le un syst\u00e8me segment\u00e9 et int\u00e9gr\u00e9, mais avec une minorit\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e8ves dans le syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 (SO=3% ; SG=2%, SH=7%, ZH=16%). Ces cantons sont consid\u00e9r\u00e9s ici comme relevant d\u2019un syst\u00e8me segment\u00e9.<\/p>\n<p>[5] En 2012, le calcul de l\u2019indice de statut socio\u00e9conomique dans PISA a \u00e9t\u00e9 am\u00e9lior\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 s\u2019adapter aux \u00e9volutions des r\u00e9alit\u00e9s socioprofessionnelles. Il se pourrait qu\u2019une part des \u00e9volutions des in\u00e9galit\u00e9s observ\u00e9es entre 2003 et 2012 soient dues \u00e0 cette am\u00e9lioration. C\u2019est pour cette raison que nous ne comparons ici que la position de chaque canton par rapport aux autres pour 2003 et 2012.<\/p>\n<p>[6] Il s\u2019agit ici de l\u2019<em>\u00eata carr\u00e9 <\/em>entre le type de fili\u00e8re (fili\u00e8re \u00e0 exigences \u00e9lev\u00e9es, moyennes, \u00e9l\u00e9mentaires dans les syst\u00e8mes segment\u00e9s\u00a0; groupe de niveau \u00e0 exigences \u00e9lev\u00e9es, moyennes, \u00e9l\u00e9mentaires dans les syst\u00e8mes int\u00e9gr\u00e9s) et l\u2019indice de statut socio\u00e9conomique. L\u2019<em>\u00eata carr\u00e9 <\/em>varie entre 0 et 1. Plus il s\u2019approche de 1, plus la s\u00e9gr\u00e9gation sociale li\u00e9e aux modes de regroupement est forte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques contemporaines, la question des in\u00e9galit\u00e9s scolaires prend une dimension particuli\u00e8re. 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