{"id":1201,"date":"2017-06-29T09:59:13","date_gmt":"2017-06-29T07:59:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=1201"},"modified":"2024-08-27T14:51:08","modified_gmt":"2024-08-27T12:51:08","slug":"du-boom-de-lapres-guerre-au-miracle-de-lemploi-la-forte-diminution-du-temps-de-travail-en-suisse-depuis-1950","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=1201","title":{"rendered":"Du boom de l&#8217;apr\u00e8s-guerre au miracle de l&#8217;emploi \u2013 la forte diminution du temps de travail en Suisse depuis 1950"},"content":{"rendered":"<h2>Introduction<\/h2>\n<p>Le fait que l&#8217;on travaille beaucoup en Suisse est une \u00e9vidence pour les citoyens helv\u00e9tiques. Mais en disant cela on oublie que dans la Suisse d&#8217;il y a 60 ans, les gens travaillaient encore plus longtemps. En 1955, en effet, il n&#8217;\u00e9tait pas rare de travailler 48 heures par semaine dans l&#8217;industrie. Dans l&#8217;h\u00f4tellerie et la restauration, plus de la moiti\u00e9 de la main-d&#8217;\u0153uvre travaillait couramment 58 heures ou plus. Mais depuis lors, le temps de travail moyen des actifs en Suisse a beaucoup diminu\u00e9. Alors qu&#8217;en 1950, un actif travaillait en moyenne pr\u00e8s de 2&nbsp;400&nbsp;heures par an, son volume de travail n&#8217;atteignait plus que 1&nbsp;500&nbsp;heures en 2015. Les raisons de ce recul sont vari\u00e9es : le temps de travail hebdomadaire a diminu\u00e9, le travail \u00e0 temps partiel s&#8217;est beaucoup d\u00e9velopp\u00e9 et le nombre moyen de semaines de cong\u00e9s a augment\u00e9. Concr\u00e8tement, les 3,05 millions de personnes actives ont travaill\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s autant d&#8217;heures en 1964 que les 4,22 millions de personnes actives en 2007.<\/p>\n<p>Voici quelques r\u00e9sultats de nouvelles donn\u00e9es chronologiques sur l&#8217;\u00e9volution \u00e0 long terme du temps de travail en Suisse, r\u00e9unies dans le cadre d&#8217;un projet de recherche du Centre de recherches conjoncturelles (KOF) financ\u00e9 par le Fonds national suisse de la recherche scientifique. Les donn\u00e9es historiques relatives au temps de travail comblent ainsi une lacune dans les statistiques officielles, puisque les statistiques dans ce domaine pour l&#8217;ensemble des secteurs n&#8217;existent en Suisse que depuis 1991, avec le d\u00e9but des chiffres de la statistique du volume du travail (SVOLTA) de l&#8217;Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS). Les donn\u00e9es issues des r\u00e9cents calculs remontent quant \u00e0 elles jusqu&#8217;aux ann\u00e9es 1950.<\/p>\n<p>Cet article pr\u00e9sente tout d&#8217;abord les nouvelles donn\u00e9es et d\u00e9crit l&#8217;\u00e9volution du temps de travail. Il met ensuite en lumi\u00e8re deux r\u00e9sultats issus des nouvelles donn\u00e9es chronologiques sur les horaires de travail. Il mentionne en premier lieu l&#8217;ampleur du \u00ab miracle de l&#8217;emploi suisse \u00bb de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. Car l&#8217;augmentation du nombre d&#8217;heures de travail accomplies en Suisse a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement marqu\u00e9e apr\u00e8s 2005. Les donn\u00e9es chronologiques apportent en outre un nouvel \u00e9clairage sur un ancien d\u00e9bat : celui de la croissance de la productivit\u00e9 suisse, faible dans les ann\u00e9es 1980 et plus particuli\u00e8rement dans les ann\u00e9es 1990. Les nouvelles donn\u00e9es montrent que le d\u00e9ficit de productivit\u00e9 en Suisse \u00e0 cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 surestim\u00e9.<\/p>\n<h2>\u00c9volution du temps de travail depuis les ann\u00e9es 1950<\/h2>\n<p>Le projet de recherche avait pour principal objectif de pr\u00e9senter l&#8217;\u00e9volution du temps de travail en Suisse \u00e0 l&#8217;aide de donn\u00e9es chronologiques coh\u00e9rentes, portant sur une longue p\u00e9riode. Pour cela, il fallait \u00e9valuer toutes les composantes du concept \u2018temps de travail\u2019. On a donc \u00e9tabli des chiffres sur l&#8217;activit\u00e9 \u00e0 temps plein, sur le temps de travail annuel standard et sur le nombre d&#8217;heures suppl\u00e9mentaires, ainsi que des donn\u00e9es chronologiques sur l&#8217;absent\u00e9isme. Enfin, les chercheurs ont pris en compte l&#8217;\u00e9volution du droit aux cong\u00e9s et du nombre de jours f\u00e9ri\u00e9s l\u00e9galement reconnus. Pour constituer ces donn\u00e9es chronologiques, ils ont analys\u00e9 syst\u00e9matiquement la base des donn\u00e9es existantes, exploit\u00e9 les relev\u00e9s jusqu&#8217;alors inutilis\u00e9s, et enti\u00e8rement harmonis\u00e9 la base de donn\u00e9es ainsi obtenue (cf. Siegenthaler, 2014).<\/p>\n<p>Parmi les sources de s\u00e9ries historiques incluses dans les nouvelles donn\u00e9es sur le temps de travail, figure le recensement des entreprises en 1955, qui a permis de saisir le temps de travail standard couramment appliqu\u00e9 dans toutes les entreprises du pays. Les donn\u00e9es montrent \u00e0 quel point la dur\u00e9e normale du travail en entreprise pour les employ\u00e9s \u00e0 temps plein a diminu\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1950. D&#8217;apr\u00e8s les donn\u00e9es, un actif accomplissait en moyenne 48,4&nbsp;heures de travail par semaine. Il n&#8217;\u00e9tait pas rare de travailler plus de 50 heures, notamment pour les employ\u00e9s non concern\u00e9s par le travail de bureau classique. C&#8217;est ce qu&#8217;illustre la figure 1, qui compare le temps de travail normal en 1955 pour l&#8217;ensemble des secteurs \u00e9conomiques et pour certaines branches, au temps habituellement travaill\u00e9 aujourd&#8217;hui dans ces branches. Dans les branches employant beaucoup de personnel de bureau, telles que les banques ou les compagnies d&#8217;assurance, en 1955 d\u00e9j\u00e0 on ne travaillait en moyenne que 44 heures par semaine. Aujourd&#8217;hui, dans ces branches, le temps de travail n&#8217;a pas \u00e9norm\u00e9ment diminu\u00e9. En revanche, dans l&#8217;agriculture, le b\u00e2timent, l&#8217;h\u00f4tellerie et la restauration, la dur\u00e9e moyenne du travail d\u00e9passait largement les 50 heures, et il n&#8217;\u00e9tait pas rare qu&#8217;elle d\u00e9passe 55&nbsp;heures. Comme le montre la figure, les temps de travail hebdomadaires dans ces branches ont nettement diminu\u00e9 aujourd&#8217;hui. La longueur des semaines de travail au milieu des ann\u00e9es 1950 s&#8217;explique par le fait qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque on travaillait aussi le samedi. D&#8217;apr\u00e8s le recensement des entreprises, en 1955, un employ\u00e9 sur sept seulement b\u00e9n\u00e9ficiait d&#8217;une semaine de cinq jours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb1b_f.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1213\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb1b_f.png\" alt=\"Abb1b_f\" width=\"730\" height=\"573\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb1b_f.png 730w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb1b_f-300x235.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 730px) 100vw, 730px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Globalement, le temps de travail annuel des personnes actives a diminu\u00e9 de plus de 900 heures depuis 1950, pour passer d&#8217;environ 2400 heures en 1950 \u00e0 1500 aujourd&#8217;hui. Divers facteurs expliquent cette diminution. En 1950, un actif moyen avait droit \u00e0 une semaine et demie de cong\u00e9. Aujourd&#8217;hui, les employ\u00e9s suisses b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;au moins cinq semaines de cong\u00e9s en moyenne. Dans le m\u00eame temps, le nombre de jours f\u00e9ri\u00e9s l\u00e9galement reconnus a aussi augment\u00e9, passant de cinq en 1950 \u00e0 environ 9,5 aujourd&#8217;hui. Comme le montre d\u00e9j\u00e0 la figure 1, le temps de travail hebdomadaire des actifs \u00e0 temps plein a aussi diminu\u00e9. Pour l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9conomie, le nombre d&#8217;heures travaill\u00e9es par semaine dans les entreprises a recul\u00e9 de 49 au milieu des ann\u00e9es 1950 \u00e0 42,5 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Comme le montre la figure 2, c&#8217;est surtout vers la fin des ann\u00e9es 1950 que le temps de travail hebdomadaire a diminu\u00e9, une \u00e9volution li\u00e9e \u00e0 l&#8217;av\u00e8nement de la semaine de cinq jours. Apr\u00e8s une br\u00e8ve stabilisation pendant le boom du d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, le temps de travail hebdomadaire a de nouveau diminu\u00e9 fortement \u00e0 partir de la fin de la m\u00eame d\u00e9cennie. Ce recul a pris fin au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Depuis, le temps de travail hebdomadaire des actifs \u00e0 temps plein est rest\u00e9 pratiquement constant, \u00e0 environ 42 heures.<\/p>\n<p><strong>&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb2b_f.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1215\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb2b_f.png\" alt=\"Abb2b_f\" width=\"716\" height=\"506\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb2b_f.png 716w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb2b_f-300x212.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 716px) 100vw, 716px\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cela, le temps de travail moyen des actifs en Suisse a continu\u00e9 de diminuer depuis. Cette \u00e9volution est principalement due au d\u00e9veloppement du travail \u00e0 temps partiel. La tendance est apparue dans les ann\u00e9es 1960 et s&#8217;est intensifi\u00e9e au milieu des ann\u00e9es 1980, notamment sous l&#8217;effet de la participation croissante des femmes au march\u00e9 du travail. Aujourd&#8217;hui, pr\u00e8s de 60% de l&#8217;ensemble des femmes actives travaillent \u00e0 temps partiel.<\/p>\n<h2>\u00c9volution du temps de travail en Suisse en comparaison internationale<\/h2>\n<p>Si l&#8217;on compare l&#8217;\u00e9volution du temps de travail annuel de la population active suisse \u00e0 celle d&#8217;autres pays, sa similitude avec celle de l&#8217;Allemagne, et surtout avec celle de la France, est frappante (cf. figure&nbsp;3). En Autriche et aux \u00c9tats-Unis, le temps de travail annuel a beaucoup moins diminu\u00e9 et est aujourd&#8217;hui sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la Suisse, alors que dans les ann\u00e9es 1950 il \u00e9tait encore inf\u00e9rieur dans les deux pays.<\/p>\n<p>Il peut \u00eatre surprenant de constater que l&#8217;\u00e9volution du temps de travail annuel par actifs et le temps de travail annuel actuels soient semblables en Suisse et en France, la semaine de 35 heures ayant \u00e9t\u00e9 l\u00e9galis\u00e9e en France en 2002. Certes, en 2015, les actifs \u00e0 temps plein en Suisse travaillaient un peu moins de 43 heures par semaine, heures suppl\u00e9mentaires comprises, alors qu\u2019en France on n&#8217;en comptait que 40,4. En outre, les actifs \u00e0 temps plein fran\u00e7ais b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;environ dix jours de cong\u00e9s pay\u00e9s de plus que leurs homologues suisses. Cependant, le fait que le temps de travail annuel par personne active en France soit malgr\u00e9 tout tr\u00e8s proche de celui de la Suisse en 2015 s&#8217;explique par la plus grande importance du travail \u00e0 temps partiel en Suisse: la part des actifs qui travaillent \u00e0 temps partiel y est environ deux fois plus \u00e9lev\u00e9e qu&#8217;en France.<\/p>\n<p><strong>&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb3b_f.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1217\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb3b_f.png\" alt=\"Abb3b_f\" width=\"715\" height=\"578\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb3b_f.png 715w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb3b_f-300x242.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 715px) 100vw, 715px\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<h2>Depuis 2005, le miracle de l&#8217;emploi<\/h2>\n<p>Si l&#8217;on multiplie le temps de travail annuel des actifs par le nombre d&#8217;actifs, on obtient le volume de travail \u2013 soit le total des heures de travail accomplies par tous les actifs en un an. La figure 4 illustre l&#8217;\u00e9volution du volume de travail en Suisse depuis 1950. Elle pr\u00e9sente un r\u00e9sultat \u00e9tonnant : le volume de travail n&#8217;a gu\u00e8re progress\u00e9 entre 1960 et 2005. En fait, les nouvelles donn\u00e9es sur le temps de travail sugg\u00e8rent que les 3,05 millions d&#8217;actifs ont travaill\u00e9 autant d&#8217;heures en 1964 que les 4,22 millions en 2007. D&#8217;apr\u00e8s ces nouvelles donn\u00e9es, le temps globalement pass\u00e9 au travail en Suisse n&#8217;a donc pas augment\u00e9 pendant quatre bonnes d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Si l&#8217;on observe de plus pr\u00e8s l&#8217;\u00e9volution du volume de travail pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la figure 4, on remarque en outre un net recul entre 1973 et 1976. Ces ann\u00e9es-l\u00e0, la Suisse a v\u00e9cu une profonde r\u00e9cession suite au premier choc p\u00e9trolier. De nombreux travailleurs saisonniers (provenant d&#8217;Europe du sud) ont quitt\u00e9 la Suisse et une partie des femmes actives se sont retir\u00e9es du march\u00e9 du travail. Pendant cette p\u00e9riode, le nombre d&#8217;actifs a \u00e9norm\u00e9ment r\u00e9gress\u00e9 (-9,5%). Ce ph\u00e9nom\u00e8ne a perdur\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la fin du boom de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1980, avant que le volume de travail renoue avec son niveau d&#8217;avant-crise. Quelques ann\u00e9es plus tard, le volume de travail a de nouveau recul\u00e9 pour l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9conomie, avec l&#8217;explosion d&#8217;une bulle immobili\u00e8re au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 qui a replong\u00e9 l&#8217;\u00e9conomie helv\u00e9tique dans une nouvelle r\u00e9cession. Au milieu des ann\u00e9es 1990, le nombre de ch\u00f4meurs inscrits a atteint un niveau que l&#8217;on n&#8217;avait plus connu depuis la Grande D\u00e9pression de 1933. Pendant ces ann\u00e9es de r\u00e9cession, le nombre des actifs est rest\u00e9 pratiquement constant. Ce n&#8217;est qu&#8217;\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 que l&#8217;\u00e9conomie suisse est sortie de cette longue p\u00e9riode de stagnation.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des ann\u00e9es de hausses et de baisses, le volume de travail a commenc\u00e9 \u00e0 augmenter de mani\u00e8re spectaculaire en Suisse au milieu des ann\u00e9es 2000. Comme le montre la figure 4, la croissance du volume total du travail sur la p\u00e9riode 2005-2015 atteint le niveau de croissance des ann\u00e9es prosp\u00e8res d&#8217;apr\u00e8s-guerre, et ce malgr\u00e9 le fait que les taux de croissance du PIB r\u00e9el entre 2005 et 2015 se situent largement au-dessous de ceux des ann\u00e9es d&#8217;apr\u00e8s-guerre. Entre 2003 et 2015, malgr\u00e9 la crise \u00e9conomique mondiale de 2008, le nombre des personnes actives en Suisse est pass\u00e9 de 4,16 millions \u00e0 pr\u00e8s de 5 millions \u2013 une augmentation qui \u00e9quivaut \u00e0 deux fois la population de la ville de Zurich. Il va sans dire que cette croissance ne pouvait \u00eatre soutenue par le potentiel de main-d&#8217;\u0153uvre disponible. Certes, la participation des citoyens suisses au march\u00e9 du travail a augment\u00e9 en raison de l&#8217;importante demande de main-d&#8217;\u0153uvre. Mais l&#8217;essentiel de la hausse de l&#8217;emploi est \u00e0 imputer \u00e0 un nouveau type d&#8217;afflux substantiel d&#8217;actifs qualifi\u00e9s provenant des \u00c9tats de l&#8217;Union europ\u00e9enne. Force est de constater que les causes du \u00ab miracle de l&#8217;emploi \u00bb de cette p\u00e9riode, qui \u00e9clipse m\u00eame celui de l&#8217;Allemagne, n&#8217;ont pas encore fait l&#8217;objet de suffisamment de recherches (cf. Siegenthaler et al., 2016).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb4b_f.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1219\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb4b_f.png\" alt=\"Abb4b_f\" width=\"733\" height=\"552\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb4b_f.png 733w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Abb4b_f-300x225.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 733px) 100vw, 733px\" \/><\/a><\/p>\n<h2>L&#8217;\u00e9volution de la productivit\u00e9 du travail r\u00e9\u00e9valu\u00e9e pour l&#8217;ensemble de la Suisse<\/h2>\n<p>L&#8217;absence de donn\u00e9es chronologiques coh\u00e9rentes sur le temps de travail et couvrant une longue p\u00e9riode a aussi influenc\u00e9 les d\u00e9bats sur la croissance de la productivit\u00e9 suisse. Diverses \u00e9tudes ant\u00e9rieures attribuent \u00e0 la Suisse un d\u00e9ficit de productivit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 un faible taux de croissance de la productivit\u00e9 du travail pour l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9conomie en comparaison internationale. Les d\u00e9bats ont atteint leur paroxysme lorsque Bodmer et Borner (2004) ont diagnostiqu\u00e9 pour la Suisse un retard de croissance \u00e0 traiter par des r\u00e9formes cibl\u00e9es.<\/p>\n<p>Ici, les nouvelles statistiques \u00e9valu\u00e9es ont leur importance, car on mesure habituellement la productivit\u00e9 du travail de l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9conomie en rapportant la cr\u00e9ation de valeur r\u00e9elle (le PIB r\u00e9el) au nombre des heures de travail accomplies. Comme il n&#8217;existe pas de donn\u00e9es coh\u00e9rentes \u00e0 long terme qui permettraient de calculer le nombre total d&#8217;heures travaill\u00e9es en Suisse, les chercheurs ont d\u00fb composer avec des donn\u00e9es chronologiques parcellaires sur l&#8217;\u00e9volution du temps de travail. Les rapports de croissance du Secr\u00e9tariat d&#8217;\u00c9tat \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie (SECO 2002, 2008) concluent notamment, \u00e0 partir de ces donn\u00e9es, que la croissance de la productivit\u00e9 du travail n&#8217;a cess\u00e9 de reculer en Suisse depuis 1960.[1]<\/p>\n<p>Nos nouvelles donn\u00e9es montrent cependant que la productivit\u00e9 du travail en Suisse a un peu plus augment\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980, et plus particuli\u00e8rement dans les ann\u00e9es 1990, que ce que sugg\u00e8rent ces autres jeux de donn\u00e9es (cf. tableau A.1 en annexe). Qui plus est, nos donn\u00e9es laissent \u00e0 penser que la croissance de la productivit\u00e9 n&#8217;a pas diminu\u00e9 de mani\u00e8re constante depuis le milieu des ann\u00e9es 1970, mais qu&#8217;elle est rest\u00e9e relativement stable de 1973 jusqu&#8217;\u00e0 2000 \u00e0 peu pr\u00e8s, \u00e0 environ 1,3%. Des analyses plus pr\u00e9cises r\u00e9v\u00e8lent que ces constats divergents sont dus \u00e0 des incoh\u00e9rences et \u00e0 des erreurs dans les autres s\u00e9ries de donn\u00e9es disponibles. L&#8217;incoh\u00e9rence de ces donn\u00e9es chronologiques relatives au temps de travail a conduit \u00e0 surestimer le volume de travail, et par voie de cons\u00e9quence \u00e0 sous-estimer la croissance de la productivit\u00e9 suisse.<\/p>\n<p>Ces consid\u00e9rations montrent que les discussions entourant l&#8217;\u00e9volution de la productivit\u00e9 du travail suisse se heurtent depuis toujours \u00e0 des probl\u00e8mes fondamentaux, car il n&#8217;existe en Suisse pas de s\u00e9ries temporelles incontest\u00e9es portant sur l&#8217;\u00e9volution du temps de travail sur une longue p\u00e9riode. Si l&#8217;on tient compte des nouvelles donn\u00e9es chronologiques et des autres probl\u00e8mes associ\u00e9s \u00e0 la mesure de la productivit\u00e9 du travail pour l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9conomie suisse (cf. Kaiser et Siegenthaler, 2015, et Siegenthaler, 2014), on arrive au constat suivant : la Suisse n&#8217;a pas connu de retard de productivit\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990 et 2000, en particulier par rapport \u00e0 l&#8217;Allemagne, \u00e0 la France, \u00e0 l&#8217;Italie et au Japon.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] Les donn\u00e9es chronologiques de la Total Economy Database du Groningen Growth and Development Centre (GGDC), utilis\u00e9e dans diverses \u00e9tudes comparatives sur l&#8217;\u00e9volution \u00e0 long terme du temps de travail (p. ex. Rogerson, 2006), mais \u00e9galement dans des \u00e9tudes de cas sur la productivit\u00e9 du travail en Suisse (Abrahamsen et al. 2005, Dreher und Sturm 2005, Z\u00fcrcher 2008), a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement utile. Les deuxi\u00e8mes s\u00e9ries temporelles ont \u00e9t\u00e9 calcul\u00e9 par Christoffel (1995) dans un article pour la \u00ab Volkswirtschaft\u00bb. Les troisi\u00e8mes s\u00e9ries concernent l&#8217;\u00e9volution de la productivit\u00e9 du travail disponible dans la banque de donn\u00e9es de l&#8217;OCDE. Ces donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 reprises, par exemple, dans l&#8217;\u00e9tude de Borner et Bodmer (2004) mentionn\u00e9e ici.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Annexe<\/h2>\n<h2><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Tab1_f1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1207\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Tab1_f1.png\" alt=\"Tab1_f\" width=\"706\" height=\"340\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Tab1_f1.png 706w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Tab1_f1-300x144.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 100vw, 706px\" \/><\/a><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Le fait que l&#8217;on travaille beaucoup en Suisse est une \u00e9vidence pour les citoyens helv\u00e9tiques. Mais en disant cela on oublie que dans la Suisse d&#8217;il y a 60 ans, les gens travaillaient encore plus longtemps. En 1955, en effet, il n&#8217;\u00e9tait pas rare de travailler 48 heures par semaine dans l&#8217;industrie. Dans l&#8217;h\u00f4tellerie [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[],"class_list":["post-1201","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-travail"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1201","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1201"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1201\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4064,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1201\/revisions\/4064"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1201"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1201"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1201"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}