{"id":1348,"date":"2017-12-04T15:48:22","date_gmt":"2017-12-04T13:48:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=1348"},"modified":"2022-12-23T12:17:19","modified_gmt":"2022-12-23T10:17:19","slug":"la-classe-moyenne-nest-pas-en-declin-mais-en-croissance-levolution-de-la-structure-des-emplois-en-suisse-depuis-1970","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=1348","title":{"rendered":"La classe moyenne n\u2019est pas en d\u00e9clin, mais en croissance. L\u2019\u00e9volution de la structure des emplois en Suisse depuis 1970"},"content":{"rendered":"<h2>Introduction<\/h2>\n<p>Depuis la r\u00e9volution industrielle et Karl Marx, les observateurs du changement social sont fascin\u00e9s par la question de l\u2019\u00e9volution de la structure des emplois: le march\u00e9 du travail cr\u00e9e-t-il essentiellement des postes hautement qualifi\u00e9s et bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, ou cro\u00eet-il sur sa frange inf\u00e9rieure, dans les professions peu qualifi\u00e9es et mal pay\u00e9es? La question se pose si le progr\u00e8s technologique engendre une classe moyenne importante ou, au contraire, s\u2019il la r\u00e9duit en entra\u00eenant ainsi une polarisation de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Dans l\u2019apr\u00e8s-guerre, la r\u00e9ponse paraissait claire. Partout en Europe de l\u2019Ouest, l\u2019emploi a diminu\u00e9 dans les professions peu qualifi\u00e9es de l\u2019agriculture et de l\u2019industrie. Parall\u00e8lement, de nombreux postes hautement qualifi\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s dans le domaine des services aux entreprises, de la sant\u00e9 et de la formation. Le r\u00e9sultat de cette \u00e9volution fut une pouss\u00e9e vers le haut de la structure des emplois et la croissance de la classe moyenne.<\/p>\n<p>Ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, la croyance en une am\u00e9lioration continuelle de la structure des emplois s\u2019est affaiblie. Dans l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique, ce ne sont plus seulement les ouvriers agricoles et les assembleurs de l\u2019industrie qui sont touch\u00e9s par l&#8217;automatisation, mais \u00e9galement les employ\u00e9s de commerce et les employ\u00e9s postaux. Des sociologues am\u00e9ricains mettent en garde contre un sc\u00e9nario dans lequel l\u2019emploi ne cro\u00eetrait plus qu\u2019aux marges \u2013 dans les professions acad\u00e9miques bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es d\u2019une part et dans les services aux particuliers mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s (comme les aides-soignants et coursiers) d\u2019autre part (Wright et Dwyer 2003).<\/p>\n<p>Notre article contribue \u00e0 ce d\u00e9bat en analysant l\u2019\u00e9volution de la structure des emplois en Suisse entre 1970 et 2016. Il fait ainsi suite \u00e0 des \u00e9tudes ant\u00e9rieures de la structure sociale suisse (Levy et al. 1997, Levy 2010). En s\u2019appuyant sur des donn\u00e9es tir\u00e9es du Recensement de la population et de l\u2019Enqu\u00eate suisse sur la population active, il illustre comment l\u2019emploi a \u00e9volu\u00e9 dans diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de m\u00e9tiers.<\/p>\n<p>Nos r\u00e9sultats contredisent la th\u00e8se de la polarisation. L\u2019am\u00e9lioration de la structure des emplois se poursuit en Suisse. Au cours de ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, l\u2019emploi a continu\u00e9 de progresser surtout dans les professions bien pay\u00e9es et hautement qualifi\u00e9es, tout en reculant dans les postes mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s et peu qualifi\u00e9s. Par cons\u00e9quent, nous ne notons aucune \u00e9rosion de la classe moyenne.<\/p>\n<h2>D\u00e9bats autour de l\u2019\u00e9rosion de la classe moyenne<\/h2>\n<p>Jusque dans les ann\u00e9es 1990, le consensus dans les sciences sociales s\u2019attendait \u00e0 ce que le progr\u00e8s technologique entra\u00eene une diminution constante des emplois peu qualifi\u00e9s au profit des emplois hautement qualifi\u00e9s. Ce consensus fut \u00e9branl\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 par deux \u00e9tudes montrant une tendance \u00e0 la polarisation aux \u00c9tats-Unis et en Grande-Bretagne (Wright et Dwyer 2003, Goos et Manning 2007). Dans les deux pays, ce n\u2019est pas seulement le nombre d\u2019emplois hautement qualifi\u00e9s qui a progress\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990, mais aussi le nombre de postes \u00e0 bas salaires, notamment dans le commerce de d\u00e9tail et les services aux particuliers.<\/p>\n<p>En r\u00e9action, une nouvelle th\u00e8se s\u2019est r\u00e9pandue dans les sciences \u00e9conomiques, selon laquelle la mutation technologique aurait une influence polarisante sur la structure des emplois (Autor et al. 2003). L\u2019id\u00e9e centrale en est que les ordinateurs automatisent les activit\u00e9s pr\u00e9visibles et donc programmables \u2013 et touchent donc les emplois dans la fabrication industrielle et le traitement des donn\u00e9es en rempla\u00e7ant des postes aux revenus moyens comme les m\u00e9caniciens de machines et les employ\u00e9s de commerce. Par contre, les ordinateurs ne sont pas en mesure de remplacer les d\u00e9cideurs et les experts, et ils \u00e9chouent aussi dans les services aux particuliers peu qualifi\u00e9s, mais difficile \u00e0 pr\u00e9voir. Ainsi, un robot peut construire une voiture, mais il est incapable de nettoyer une villa, de faire la toilette d\u2019un patient ou de servir un client.<\/p>\n<p>Alors que la th\u00e8se du progr\u00e8s technologique polarisant jouit d\u2019une grande popularit\u00e9 dans les sciences \u00e9conomiques, la recherche en sciences sociales a trouv\u00e9 peu d\u2019indices pour la polarisation en dehors des deux grands pays anglo-saxons. Pour l\u2019Europe de l\u2019Ouest en g\u00e9n\u00e9ral (Eurofound 2015, Oesch 2013) et la Suisse en particulier (Murphy et Oesch 2017, Sheldon 2005), les r\u00e9sultats sugg\u00e8rent que la structure des emplois continue \u00e0 progresser vers le haut. Ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, le march\u00e9 du travail a enregistr\u00e9 une croissance surtout dans les emplois hautement qualifi\u00e9s n\u00e9cessitant un dipl\u00f4me d\u2019une haute \u00e9cole. La question qui se pose est de savoir si le nombre de postes a davantage recul\u00e9 dans les professions aux exigences de qualification moyennes ou basses.<\/p>\n<p>Quel impact a l\u2019\u00e9volution de la structure des emplois sur la classe moyenne? Clarifions pour cela au pr\u00e9alable le concept de classe moyenne. En Suisse, elle est souvent d\u00e9finie comme le groupe au revenu interm\u00e9diaire. \u00c0 titre d&#8217;exemple, pour l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique la classe moyenne r\u00e9unit les personnes (ou les m\u00e9nages respectivement) qui gagnent entre 70% et 150% du revenu m\u00e9dian. D\u2019apr\u00e8s cette d\u00e9finition, la classe moyenne n\u2019englobe pas ce cinqui\u00e8me de la population qui touche moins de 70 % du revenu m\u00e9dian et qui se situe ainsi pr\u00e8s du seuil de pauvret\u00e9 en vivant majoritairement des prestations sociales, notamment de l\u2019AVS, de l\u2019assurance-ch\u00f4mage ou de l\u2019aide sociale. Une classe ouvri\u00e8re n\u2019existe plus dans cette d\u00e9finition: soit on est pauvre ou on appartient \u00e0 la classe moyenne. N\u2019appartient pas non plus \u00e0 la classe moyenne le cinqui\u00e8me de la population qui gagne plus de 150% du revenu m\u00e9dian. On obtient donc une classe sup\u00e9rieure hypertrophi\u00e9e, incluant notamment le personnel enseignant du secondaire sup\u00e9rieur, les ing\u00e9nieurs et les pharmaciens.<\/p>\n<p>D\u2019un point de vue historique et sociologique, cette d\u00e9finition n\u2019a pas de sens. Le concept de classe moyenne n\u2019a jamais d\u00e9crit le centre arithm\u00e9tique de la structure sociale, mais son centre hi\u00e9rarchique. Il s\u2019utilisait, au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, pour un groupe restreint de travailleurs tirant leur revenu non de t\u00e2ches manuelles, mais de leurs facult\u00e9s intellectuelles (Hobsbawm 1995: 86). Dans la hi\u00e9rarchie des classes, la classe moyenne se situait <em>au-dessous<\/em> de la classe sup\u00e9rieure, encore plus petite, des nobles et des grands propri\u00e9taires terriens vivant de leur capital et n\u2019ayant pas besoin de travailler. En m\u00eame temps, elle se situait <em>au-dessus<\/em> de la grande masse des travailleurs agricoles et ouvriers industriels, des artisans et des domestiques vivant de leur travail manuel.<\/p>\n<p>Le gros de la classe moyenne \u00e9tait traditionnellement constitu\u00e9 par des professions comme les banquiers, les fabricants et les entrepreneurs ainsi que les m\u00e9decins, les avocats, les professeurs et les hauts fonctionnaires (Kocka 1995: 784).[1] La grande majorit\u00e9 des personnes actives travaillait en revanche, jusque dans le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, dans des m\u00e9tiers simples de l\u2019agriculture, de la production et des services, que l\u2019on a toujours consid\u00e9r\u00e9s comme faisant partie de la classe ouvri\u00e8re. Par cons\u00e9quent, la classe moyenne ne se situait <em>justement pas<\/em> au milieu de la r\u00e9partition des revenus.[2]<\/p>\n<h2>Donn\u00e9es et m\u00e9thode<\/h2>\n<p>Nous examinons l\u2019\u00e9volution de la structure des emplois d\u2019abord avec les recensements de la population de 1970, 1980, 1990, 2000 et 2010 ainsi que le relev\u00e9 structurel 2010. Ensuite, \u00e0 l\u2019aide de l\u2019Enqu\u00eate suisse sur la population active (ESPA), nous analyserons comment la part de l\u2019emploi des diff\u00e9rentes classes sociales a \u00e9volu\u00e9 entre 1991 et 2016.<\/p>\n<p>Notre analyse du recensement de la population comprend tous les actifs \u2013 salari\u00e9s et ind\u00e9pendants <em>de tous les<\/em> secteurs \u2013 de 22 \u00e0 63 ans (pour les femmes) et 22 \u00e0 64 ans (pour les hommes). Nous distinguons leurs professions aussi pr\u00e9cis\u00e9ment que possible (sur la base d\u2019ISCO 4-digit) et d\u00e9terminons la qualit\u00e9 d\u2019une profession sur la base de son salaire m\u00e9dian pendant les ann\u00e9es 1990 (en nous appuyant sur l\u2019ESPA 1993-98). Par am\u00e9lioration de la structure des emploi, nous entendons que l\u2019emploi cro\u00eet plus fortement dans les professions au salaire \u00e9lev\u00e9 que dans les professions dont le salaire est bas. D\u2019autres indicateurs, comme le niveau de formation d\u2019une profession, sont corr\u00e9l\u00e9s avec le salaire et d\u00e9bouchent sur les m\u00eames conclusions (Murphy et Oesch 2017).<\/p>\n<p>Nous classons les professions du salaire m\u00e9dian le plus bas au salaire m\u00e9dian le plus haut et les regroupons, sur la base de ce classement, en cinq quintiles de m\u00eame taille. Au d\u00e9but de la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e, chaque quintile englobe 20% de l\u2019emploi total. Le quintile inf\u00e9rieur (Q1), regroupe le cinqui\u00e8me des employ\u00e9s travaillant dans les professions au salaire m\u00e9dian le plus bas (p. ex. serveurs, aides domestiques et nettoyeurs), tandis que le quintile sup\u00e9rieur (Q5) regroupe le cinqui\u00e8me des actifs travaillant dans les professions au salaire m\u00e9dian le plus \u00e9lev\u00e9 (p. ex. avocats, m\u00e9decins et conseillers aux entreprises).<\/p>\n<p>Cette m\u00e9thode nous produit cinq cat\u00e9gories professionnelles (\u00e0 ne pas confondre avec des cat\u00e9gories de revenus) class\u00e9es dans un ordre hi\u00e9rarchique. Les quintiles 1 et 2 correspondent \u00e0 la classe ouvri\u00e8re. Dans le quintile 3, nous trouvons des m\u00e9tiers de la classe ouvri\u00e8re et de la classe moyenne inf\u00e9rieure. Le quintile 4 appartient \u00e0 la classe moyenne, et le quintile 5 r\u00e9unit la classe moyenne sup\u00e9rieure et une petite classe sup\u00e9rieure.<\/p>\n<h2>\u00c9volution de la structure de l\u2019emploi en Suisse, 1970-2010<\/h2>\n<p>Le graphique 1 illustre l\u2019\u00e9volution de la structure des emplois pour la p\u00e9riode s\u2019\u00e9tendant de 1970 \u00e0 2010.[3] \u00c0 chaque d\u00e9cennie, l\u2019emploi dans le quintile 5 \u2013 et donc dans les professions les mieux pay\u00e9es \u2013 a fortement augment\u00e9. La croissance dans ce quintile sup\u00e9rieur s\u2019est renforc\u00e9e de d\u00e9cennie en d\u00e9cennie, avec une augmentation de 136\u2019000 emplois dans les ann\u00e9es 1970, 261\u2019000 dans les ann\u00e9es 1980, 325\u2019000 dans les ann\u00e9es 1990 et 348\u2019000 dans les ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig1_f3.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1374\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig1_f3.png\" alt=\"Fig1_f\" width=\"701\" height=\"451\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig1_f3.png 701w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig1_f3-300x193.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig1_f3-600x386.png 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 701px) 100vw, 701px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Tandis que de nombreux postes ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s dans le quintile 5, l\u2019emploi a recul\u00e9 dans le quintile 1. Ce recul a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement prononc\u00e9 dans les p\u00e9riodes de crise des ann\u00e9es 1970 (avec le choc p\u00e9trolier de 1973) et 1990 (avec la longue r\u00e9cession de 1991 \u00e0 1996). Pendant le boom de la construction et de la consommation des ann\u00e9es 1980, l\u2019emploi a connu une nouvelle croissance vigoureuse dans les professions \u00e0 bas salaires du quintile 1. Les ann\u00e9es 1980 sont par cons\u00e9quent la seule d\u00e9cennie au cours de laquelle nous observons une polarisation de la structure de l\u2019emploi. Dans les deux d\u00e9cennies suivantes, en revanche, aucun autre quintile ne s\u2019est distingu\u00e9 par une si faible croissance de l\u2019emploi que le quintile 1. Depuis 1990, nous ne notons donc aucun signe de polarisation de la structure des emplois. Au contraire: dans les ann\u00e9es 1990 et 2000, l\u2019emploi a connu sa plus forte croissance dans le quintile sup\u00e9rieur (5), suivi par le quintile 4, et a enregistr\u00e9 sa baisse la plus importante dans le quintile inf\u00e9rieur (1), suivi du quintile 2.<\/p>\n<p>Pendant les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, le march\u00e9 suisse du travail a surtout cr\u00e9\u00e9 de l\u2019emploi dans les m\u00e9tiers bien pay\u00e9s, et perdu des postes dans les m\u00e9tiers \u00e0 bas salaires. En m\u00eame temps, le taux d\u2019activit\u00e9 en Suisse est rest\u00e9 constant entre 1991 et 2010 (\u00e0 environ 82%). Le taux de ch\u00f4mage, quant \u00e0 lui, s\u2019\u00e9levait en moyenne \u00e0 3,5 % entre 1991 et 2000, et \u00e0 3,1 % entre 2000 et 2010 (cf. Korber et Oesch 2016).<\/p>\n<p>Comment est-il possible que l\u2019emploi a cr\u00fb disproportionnellement dans les m\u00e9tiers bien pay\u00e9s et diminu\u00e9s dans les m\u00e9tiers peu pay\u00e9s \u2013 sans&nbsp; que cela entra\u00eene une hausse du ch\u00f4mage ou un recul du taux d\u2019activit\u00e9? La r\u00e9ponse r\u00e9side dans le changement du profil de qualification des salari\u00e9s en Suisse. Il y a eu non seulement un recul de l\u2019emploi dans les m\u00e9tiers peu qualifi\u00e9s, mais \u00e9galement, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019expansion du niveau de formation, moins de personnes peu qualifi\u00e9es en \u00e2ge de travailler. Tandis que la mutation technologique augmente la demande des entreprises pour les collaborateurs qualifi\u00e9s, l\u2019expansion de la formation accroit quant \u00e0 elle l\u2019offre de chercheurs d\u2019emploi qualifi\u00e9s.<\/p>\n<p>Le graphique 2 montre que l\u2019expansion de la formation en Suisse a suivi l\u2019allure de la mutation technologique. L\u2019augmentation des postes dans le quintile sup\u00e9rieur (Q5) est presque exclusivement due \u00e0 la croissance des employ\u00e9s au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un dipl\u00f4me tertiaire. Parall\u00e8lement, la diminution des postes dans les quintiles Q1 \u00e0 Q3 a touch\u00e9 majoritairement la cat\u00e9gorie d\u00e9croissante des personnes sans dipl\u00f4me post-obligatoire et, apr\u00e8s 2000, \u00e9galement de plus en plus de personnes au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une formation secondaire II (apprentissage).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig2_f1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1365\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig2_f1.png\" alt=\"Fig2_f\" width=\"703\" height=\"439\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig2_f1.png 703w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig2_f1-300x187.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig2_f1-600x374.png 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 703px) 100vw, 703px\" \/><\/a><\/p>\n<p>En Suisse, l\u2019offre de travail \u2013 le profil des employ\u00e9s \u2013 est influenc\u00e9e non seulement par le syst\u00e8me de formation, mais \u00e9galement par la politique migratoire et la participation croissante des femmes sur le march\u00e9 du travail. C\u2019est la raison pour laquelle nous illustrons, dans le graphique 3, l\u2019\u00e9volution de la structure des emplois selon la nationalit\u00e9 et le sexe.<\/p>\n<p>Si l\u2019on se penche sur les travailleurs \u00e9trangers, on voit que leur activit\u00e9, pendant la d\u00e9cennie de crise des ann\u00e9es 1970, a recul\u00e9 surtout dans le quintile inf\u00e9rieur Q1, le choc p\u00e9trolier ayant co\u00fbt\u00e9 leur poste \u00e0 de nombreux travailleurs immigr\u00e9s italiens. \u00c0 l\u2019inverse, le boom immobilier des ann\u00e9es 1980 a favoris\u00e9 une nouvelle croissance vigoureuse dans les professions peu qualifi\u00e9es du quintile 1, avec l\u2019embauche d\u2019hommes \u00e9trangers surtout. Pendant la r\u00e9cession des ann\u00e9es 1990, le sc\u00e9nario de la crise p\u00e9troli\u00e8re s\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9, avec une forte baisse de l\u2019emploi dans le quintile 1, qui a touch\u00e9 pour moiti\u00e9 des travailleurs \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Pour la derni\u00e8re p\u00e9riode de 2000 \u00e0 2010, nous observons un changement de tendance. Les travailleurs \u00e9trangers contribuent pour la premi\u00e8re fois de mani\u00e8re substantielle \u00e0 la croissance de l\u2019emploi dans les professions bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es du quintile 5. La progression du nombre d\u2019immigr\u00e9s bien form\u00e9s se refl\u00e8te donc aussi dans l\u2019\u00e9volution de la structure des emplois depuis 2000. Notons toutefois que les femmes \u00e9trang\u00e8res participent \u00e9galement \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re augmentation des postes dans les deux quintiles inf\u00e9rieurs (Q1 et Q2). C\u2019est dans la population active \u00e9trang\u00e8re que nous observons ce qui pourrait ressembler le plus \u00e0 une polarisation: sa part cro\u00eet l\u00e9g\u00e8rement tout en bas de la hi\u00e9rarchie professionnelle (o\u00f9 l\u2019emploi des Suisses recule) et fortement tout en haut de la hi\u00e9rarchie (ou l\u2019emploi des Suisses cro\u00eet \u00e9galement).<\/p>\n<p>La contribution des femmes suisses au changement structurel se transforme au fil des d\u00e9cennies et se concentre de plus en plus dans les professions en croissance du quintile 5. Apr\u00e8s 2000, aucune autre cat\u00e9gorie ne contribue autant \u00e0 la croissance de l\u2019emploi dans les professions hautement qualifi\u00e9es du quintile 5 que les femmes suisses. Celles-ci ont gagn\u00e9 du terrain non seulement du point de vue des dipl\u00f4mes obtenus, mais elles occupent aussi plus fr\u00e9quemment des emplois hautement qualifi\u00e9s. Les hommes suisses ont eux aussi profit\u00e9 du changement structurel en travaillent en plus grand nombre dans le quintile sup\u00e9rieur Q5.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig3_f1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1369\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig3_f1.png\" alt=\"Fig3_f\" width=\"705\" height=\"471\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig3_f1.png 705w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig3_f1-300x200.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Fig3_f1-600x400.png 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 705px) 100vw, 705px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Quels secteurs \u00e9conomiques se cachent derri\u00e8re les quintiles en r\u00e9gression et en croissance? Dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, le recul dans les trois quintiles inf\u00e9rieurs s\u2019est effectu\u00e9 essentiellement au d\u00e9triment de l\u2019industrie, de la construction et de l\u2019agriculture (cf. graphique A.1 en annexe). Dans les ann\u00e9es 1990, et surtout dans les ann\u00e9es 2000, les services peu qualifi\u00e9s ont \u00e9galement perdu des postes dans le quintile 1. En revanche, la croissance de l\u2019emploi en haut de la structure des emplois a surtout \u00e9t\u00e9 due \u00e0 deux secteurs: l\u2019administration publique (secteurs de la sant\u00e9, de la formation, et secteur social) et les services aux entreprises (avec les prestations financi\u00e8res et juridiques, l\u2019immobilier, la recherche et l\u2019informatique).<\/p>\n<h2>\u00c9volution de la structure de classes en Suisse de 1991 \u00e0 2016<\/h2>\n<p>Pour une derni\u00e8re analyse, nous utilisons l\u2019Enqu\u00eate suisse sur la population active afin d\u2019examiner le changement dans la structure de classes entre 1991 et 2016. Nous utilisons \u00e0 cet effet un sch\u00e9ma de classes reposant sur deux dimensions (cf. Oesch 2006). Le crit\u00e8re vertical se r\u00e9f\u00e8re au niveau d\u2019exigence d&#8217;une profession, c\u2019est-\u00e0-dire la formation requise, et est \u00e9troitement corr\u00e9l\u00e9 avec le degr\u00e9 d\u2019avantages mat\u00e9riels qu\u2019offre une profession. Le crit\u00e8re horizontal distingue quatre logiques de travail: une logique interpersonnelle, technique, administrative et ind\u00e9pendante. La combinaison des deux crit\u00e8res donne lieu au sch\u00e9ma de classes illustr\u00e9 par le tableau 1.<\/p>\n<p>Trois cat\u00e9gories forment la colonne vert\u00e9brale de la nouvelle classe moyenne des salari\u00e9s: les experts socioculturels (tel que les enseignants, travailleurs sociaux, physioth\u00e9rapeutes), les experts techniques (tel que les ing\u00e9nieurs, informaticiens, architectes), et les cadres et collaborateurs de projet (\u00ab&nbsp;les managers&nbsp;\u00bb). Une quatri\u00e8me cat\u00e9gorie r\u00e9unit les deux composantes traditionnelles de l\u2019ancienne classe moyenne et sup\u00e9rieure: les entrepreneurs et les professions lib\u00e9rales. Deux cat\u00e9gories appartiennent \u00e0 la classe moyenne inf\u00e9rieure: les petits entrepreneurs et les agriculteurs ainsi que le personnel administratif de bureau. Dans les deux derni\u00e8res cat\u00e9gories, nous trouvons les professions ordinairement attribu\u00e9es \u00e0 la classe ouvri\u00e8re: des ouvriers de production et des employ\u00e9s des services aux particuliers.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Tab1_f.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1373\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Tab1_f.png\" alt=\"Tab1_f\" width=\"708\" height=\"434\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Tab1_f.png 708w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Tab1_f-300x183.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Tab1_f-600x367.png 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 708px) 100vw, 708px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le tableau 1 montre la part de chaque classe dans la population active. L\u2019am\u00e9lioration de la structure des emplois est due \u00e0 la forte croissance de la classe moyenne salari\u00e9e. Ainsi, la part de l\u2019emploi des cadres et collaborateurs de projet a augment\u00e9 de 8.5% entre 1991 et 2016, et celle des experts socioculturels et techniques de 3.3% et 2.1%, respectivement. Par cons\u00e9quent, la nouvelle classe moyenne est pass\u00e9e de 34 \u00e0 48% de la population active ces 25 derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>En revanche, deux cat\u00e9gories professionnelles ont perdu de l\u2019importance entre 1991 et 2016. La part de l\u2019emploi des ouvriers de production s\u2019est r\u00e9duite de 7%, et celle du personnel de bureau de 8%. Ces cat\u00e9gories professionnelles en recul ne constituent pas le c\u0153ur de la classe moyenne: il s\u2019agit d\u2019une part de la classe ouvri\u00e8re traditionnelle, et d\u2019autre part de la classe moyenne inf\u00e9rieure, au statut social moins solide.<\/p>\n<p>Seule une cat\u00e9gorie de la classe ouvri\u00e8re a pris de l\u2019ampleur apr\u00e8s 1991, celle des employ\u00e9s des services aux particuliers, qui a augment\u00e9 de 2%. Cette croissance a cependant \u00e9t\u00e9 trop faible pour compenser la suppression des postes peu qualifi\u00e9s dans l\u2019agriculture, l\u2019industrie et le back office. Contrairement \u00e0 la th\u00e8se de la polarisation, ce sont surtout des postes dans les professions tertiaires hautement qualifi\u00e9es qui ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s en Suisse: chez les programmeurs, les m\u00e9decins et les conseillers, et non pas chez les nettoyeurs, le personnel de vente ou les barmen.<\/p>\n<h2>Conclusions<\/h2>\n<p>Deux th\u00e8ses dominent les d\u00e9bats sur l\u2019emploi au XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle dans l\u2019opinion publique: la polarisation du march\u00e9 du travail et la disparition de la classe moyenne. Ces deux th\u00e8ses soul\u00e8vent des probl\u00e8mes importants, notamment la stagnation des revenus des m\u00e9nages moyens ainsi que l\u2019augmentation de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 salariale dans de nombreux pays. Toutefois, une autre \u00e9volution du march\u00e9 du travail a probablement davantage marqu\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9: l\u2019am\u00e9lioration de la structure des emplois.<\/p>\n<p>Ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, &nbsp;un bien plus grand nombre d\u2019emplois ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s en Suisse dans les professions bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es \u2013 du management, de la sant\u00e9, de la formation et du social \u2013 que dans les m\u00e9tiers \u00e0 bas salaires. Contrairement aux \u00c9tats-Unis, nous ne notons en Suisse aucun signe de polarisation croissante de la structure de l\u2019emploi. La mutation technologique de ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies n&#8217;a pas \u00e9rod\u00e9 la classe moyenne, mais a clairsem\u00e9 les rangs des ouvriers de l\u2019industrie et du personnel de bureau. C\u2019est la taille de la classe ouvri\u00e8re qui a diminu\u00e9. Elle n\u2019a pas disparu pour autant. Aujourd\u2019hui encore, nous trouvons dans le salaire m\u00e9dian des m\u00e9tiers d\u2019ouvrier typiques comme des ma\u00e7ons, des m\u00e9caniciens sur machines ou des conducteurs de camions.<\/p>\n<p>Notons que l\u2019am\u00e9lioration de la structure des emplois n\u2019a pas entra\u00een\u00e9 une hausse du ch\u00f4mage ou un recul du taux d\u2019occupation. Cela est d\u00fb au fait que le syst\u00e8me de formation a produit un nombre croissant de dipl\u00f4m\u00e9s des formations sup\u00e9rieures ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, satisfaisant ainsi la demande croissante des entreprises pour les travailleurs qualifi\u00e9s. Par cons\u00e9quent, nos r\u00e9sultats contredisent l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle les \u00e9conomies postindustrielles ne peuvent atteindre le plein-emploi que si elles ouvrent leur structure salariale vers le bas et cr\u00e9ent de nombreux postes de services peu r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019am\u00e9lioration de la structure des emplois ne va toutefois pas de soi. Pour que ce processus se poursuive, des mesures sont n\u00e9cessaires aux deux extr\u00e9mit\u00e9s du march\u00e9 du travail. \u00c0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 sup\u00e9rieure, des investissements publics dans les hautes \u00e9coles et la formation professionnelle sup\u00e9rieure permettent de former des travailleurs qualifi\u00e9s en nombre suffisant et de profiter ainsi pleinement du progr\u00e8s technologique. \u00c0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 inf\u00e9rieure, le renforcement de la formation professionnelle ainsi que les salaires minimaux fix\u00e9s par les conventions collectives stimulent les entreprises \u00e0 investir dans la productivit\u00e9 de leurs employ\u00e9s au lieu de miser sur une main d\u2019\u0153uvre stagnante \u00e0 faible r\u00e9mun\u00e9ration.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] La d\u00e9finition la plus large de la classe moyenne anglaise au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle regroupe, selon Eric Hobsbawm, les personnes qui employaient des domestiques (le personnel de maison).<\/p>\n<p>[2] Raison pour laquelle Thomas Piketty (2015) d\u00e9finit la classe moyenne comme le groupe dont les revenus se situe dans la r\u00e9partition au-dessous des 10% les plus hauts revenus (<em>top 10%<\/em>) et au-dessus des 50% des revenus les plus bas (<em>bottom 50%<\/em>). Tandis que les personnes se situant dans la moiti\u00e9 inf\u00e9rieure de la r\u00e9partition des salaires (0 \u00e0 50 %) ne poss\u00e8dent pratiquement aucune fortune nette, la classe moyenne (50 \u00e0 90 %) dispose de certaines \u00e9conomies la prot\u00e9geant des crises de march\u00e9 et des al\u00e9as de la vie.<\/p>\n<p>[3] Au d\u00e9but de chaque p\u00e9riode, les cinq quintiles sont de m\u00eame taille et comprennent 20% de l\u2019emploi total. Nos r\u00e9sultats montrent par cons\u00e9quent l\u2019\u00e9volution nette de l\u2019emploi pour chaque d\u00e9cennie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 class=\"Titrebibliographie\"><span lang=\"FR-CH\">Annexe<\/span><\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/FigA1_f.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1371\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/FigA1_f.png\" alt=\"FigA1_f\" width=\"694\" height=\"389\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/FigA1_f.png 694w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/FigA1_f-300x168.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/FigA1_f-600x336.png 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 694px) 100vw, 694px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Depuis la r\u00e9volution industrielle et Karl Marx, les observateurs du changement social sont fascin\u00e9s par la question de l\u2019\u00e9volution de la structure des emplois: le march\u00e9 du travail cr\u00e9e-t-il essentiellement des postes hautement qualifi\u00e9s et bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, ou cro\u00eet-il sur sa frange inf\u00e9rieure, dans les professions peu qualifi\u00e9es et mal pay\u00e9es? 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