{"id":1674,"date":"2019-03-05T09:54:34","date_gmt":"2019-03-05T07:54:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=1674"},"modified":"2022-12-23T12:06:57","modified_gmt":"2022-12-23T10:06:57","slug":"les-opposes-ne-sattirent-pas-le-role-de-la-formation-et-du-revenu-dans-la-mise-en-couple-en-suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=1674","title":{"rendered":"Les oppos\u00e9s ne s\u2019attirent pas \u2013 le r\u00f4le de la formation et du revenu dans la mise en couple en Suisse"},"content":{"rendered":"<h2>Introduction<\/h2>\n<p><em>Appariement s\u00e9lectif et homogamie<\/em><\/p>\n<p>Diverses disciplines scientifiques abordent le sujet de la s\u00e9lection des partenaires. Les biologistes ont regard\u00e9 les caract\u00e9ristiques qui d\u00e9terminent le choix d\u2019un partenaire et la perp\u00e9tuation de l\u2019esp\u00e8ce dans le monde animal (les lions doivent-ils \u00eatre agressifs ou avoir une belle crini\u00e8re pour dominer un troupeau de lionnes&nbsp;?). Les psychologues ont \u00e9tudi\u00e9 quels traits de personnalit\u00e9 nous recherchons dans un partenaire id\u00e9al (une personne n\u00e9vrotique cherche-t-elle plut\u00f4t une personne patiente ou une personne avec le m\u00eame niveau de n\u00e9vrose&nbsp;?). Et, enfin, les sociologues et \u00e9conomistes ont regard\u00e9 comment le statut social des individus influence leur choix d\u2019un partenaire (pr\u00e9f\u00e9rons-nous un partenaire avec le m\u00eame niveau de formation&nbsp;? les m\u00eames origines&nbsp;? la m\u00eame religion&nbsp;? le m\u00eame niveau de salaire&nbsp;?).<\/p>\n<p>Les couples form\u00e9s par des individus ayant, par exemple, le m\u00eame niveau de formation ou le m\u00eame revenu sont appel\u00e9s couples homogames. L\u2019augmentation de couples homogames peut \u00eatre le r\u00e9sultat d\u2019une transformation dans la composition de la population ou d&#8217;un changement de pr\u00e9f\u00e9rences pour un certain type de partenaire. Si le choix d&#8217;un partenaire avec des caract\u00e9ristiques similaires aux n\u00f4tres, tel que le m\u00eame niveau de formation ou le m\u00eame revenu, est plus fr\u00e9quent que ce \u00e0 quoi on pourrait s&#8217;attendre avec un mod\u00e8le d&#8217;accouplement al\u00e9atoire, il s&#8217;agit d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne que les chercheurs en sciences sociales appellent appariement s\u00e9lectif. L\u2019appariement s\u00e9lectif est donc le choix du conjoint au-del\u00e0 de ce qui est exig\u00e9 par les transformations structurelles dans la composition de la population. Cet appariement s\u00e9lectif est souvent bas\u00e9 sur plusieurs caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques simultan\u00e9es. Comme le montrent Falcon et Joye (2017), en Suisse et en Allemagne les partenaires avec le m\u00eame niveau de formation ont plus souvent aussi un statut d\u2019activit\u00e9 identique sur le march\u00e9 du travail. Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, Potarca et Bernardi (2017) montrent qu\u2019en Suisse le choix du partenaire est li\u00e9 \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019origine migratoire et au niveau de formation. M\u00eame si choisir un partenaire similaire semble augmenter la stabilit\u00e9 du couple (Kessler 2017), cette homogamie pourrait en m\u00eame temps \u00eatre nuisible au niveau soci\u00e9tal en maintenant, voire en accroissant les in\u00e9galit\u00e9s&nbsp;entre les m\u00e9nages : une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les riches se marient entre eux est une soci\u00e9t\u00e9 plus in\u00e9gale qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les riches se marieraient avec les pauvres.<\/p>\n<p>En regardant des cohortes diff\u00e9rentes (Falcon &amp; Joye 2017)<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> ou des ann\u00e9es diff\u00e9rentes (Becker &amp; Jann 2017)<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, nous pouvons conclure qu\u2019en Suisse l\u2019appariement s\u00e9lectif selon le niveau de formation est historiquement rest\u00e9 assez stable et n\u2019a pas augment\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s de revenu entre les couples de mani\u00e8re significative (Wise &amp; Zangger 2017). L\u2019impact de l\u2019homogamie sur les in\u00e9galit\u00e9s de revenu ne d\u00e9pend pas que du niveau de formation ou de la capacit\u00e9 \u00e0 gagner un salaire plus ou moins \u00e9lev\u00e9, mais aussi de la participation au march\u00e9 de travail. Dans une soci\u00e9t\u00e9 fictive o\u00f9 toutes les femmes resteraient \u00e0 la maison, l\u2019homogamie selon le niveau de formation aurait peu d\u2019influence sur les in\u00e9galit\u00e9s de revenu. Dans la r\u00e9alit\u00e9, les partenaires adaptent leur participation au march\u00e9 du travail pendant leur vie en couple. Cette adaptation est forte en Suisse et concerne surtout les femmes (Kuhn &amp; Ravazzini 2017a).<\/p>\n<p><em>La rencontre d\u2019un partenaire<\/em><\/p>\n<p>Le choix d\u2019un partenaire peut se faire sciemment selon des caract\u00e9ristiques plus ou moins visibles (argent, beaut\u00e9, statut social, etc.), mais, souvent, l\u2019endroit de la rencontre est involontairement d\u00e9terminant quant aux caract\u00e9ristiques du partenaire choisi. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la formation est un facteur d\u00e9terminant, non seulement pour l\u2019acquisition d\u2019un certain statut social, mais aussi pour la rencontre et la s\u00e9lection d\u2019un partenaire. Dans la plupart des cas, cette s\u00e9lection se fait notamment entre \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l\u2019\u00e9cole, entre coll\u00e8gues au travail ou encore au sein de cercles d\u2019amis communs.<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><\/p>\n<p>Le nombre de personnes ayant un dipl\u00f4me de formation tertiaire a enregistr\u00e9 une forte augmentation au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies en Suisse. Dans la population active, la part de d\u00e9tenteurs de dipl\u00f4mes tertiaires dont la plupart sont des titres universitaires est ainsi pass\u00e9e de 8% en 1992 \u00e0 27% en 2014 pour les femmes, et de 23% \u00e0 45% pour les hommes sur la m\u00eame p\u00e9riode (Ravazzini, Kuhn &amp; Suter 2017). Un plus grand nombre de dipl\u00f4mes d&#8217;\u00e9tudes sup\u00e9rieures, ainsi que l\u2019immigration de personnes hautement qualifi\u00e9es (Wanner &amp; Steiner 2018) ont contribu\u00e9 \u00e0 cette expansion. A souligner \u00e9galement que dans les cohortes les plus r\u00e9centes en Suisse, le niveau de formation global des femmes est d\u00e9sormais le m\u00eame que celui des hommes (Becker &amp; Zangger 2013).<\/p>\n<p>L\u2019effet conjoint de cette expansion du niveau de formation et de son \u00e9galisation entre hommes et femmes a automatiquement conduit \u00e0 une proportion plus \u00e9lev\u00e9e de couples homogames, dont les deux partenaires ont un niveau de formation \u00e9lev\u00e9. Un exemple classique est celui des m\u00e9decins&nbsp;: jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, les m\u00e9decins hommes rencontraient surtout des femmes infirmi\u00e8res au travail&nbsp;; maintenant, ils rencontrent \u00e9galement des femmes m\u00e9decins.<\/p>\n<p><em>Le r\u00f4le des femmes et l\u2019appariement s\u00e9lectif<\/em><\/p>\n<p>Le fait que les jeunes femmes en Suisse ont un niveau de formation \u00e9quivalent \u00e0 celui des hommes et qu\u2019elles ont un taux d\u2019activit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9 que leurs ain\u00e9es pourrait avoir un impact sur la s\u00e9lection d\u2019un partenaire. Dans le pass\u00e9, le statut socio-\u00e9conomique des femmes \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 en grande partie par leurs \u00e9poux. A pr\u00e9sent, il leur est possible d\u2019\u00eatre plus ind\u00e9pendantes et proactives dans la poursuite d\u2019une activit\u00e9 \u00e9conomique. On pourrait donc imaginer que l\u2019\u00e9ducation ou le revenu soient devenus moins importants dans le choix d\u2019un partenaire.<\/p>\n<p>Une hausse du taux de femmes actives sur le march\u00e9 du travail a eu lieu au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies en Suisse. En 1991, 68% des femmes entre 20 et 50 ans travaillaient, contre le 79% en 2014, dont une grande partie \u00e0 temps partiel (Kuhn &amp; Ravazzini 2017b). A noter que les hommes ne travaillent pas \u00e0 temps partiel. Cette division du travail au sein des couples o\u00f9 la femme travaille \u00e0 temps partiel et l\u2019homme \u00e0 temps plein prend souvent place apr\u00e8s la naissance du premier enfant (Le Goff &amp; Levy 2016). En cons\u00e9quence, la majorit\u00e9 des m\u00e8res r\u00e9duisent ou interrompent leur activit\u00e9 professionnelle, tandis que les p\u00e8res maintiennent leur taux d\u2019activit\u00e9 inchang\u00e9, voire l\u2019augmentent (Giudici &amp; Schumacher 2017). M\u00eame si les diff\u00e9rences de revenu entre les hommes et les femmes existent d\u00e9j\u00e0 avant les enfants (Meyer 2018), ces diff\u00e9rences de revenu augmentent avec la diff\u00e9rence du nombre d\u2019heures travaill\u00e9es apr\u00e8s la naissance des enfants. Dans une perspective de parcours de vie, un nombre d\u2019heures travaill\u00e9es moindre se traduit sur le long terme par une exp\u00e9rience cumul\u00e9e plus r\u00e9duite, et par des salaires horaires plus bas. Contrairement \u00e0 l\u2019homogamie \u00e9ducative qui reste plus ou moins fig\u00e9e tout au long de la vie, l\u2019homogamie des revenus d\u00e9pend donc non seulement du choix du partenaire, mais aussi de la r\u00e9partition du travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 et domestique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du couple. \u00c9tant donn\u00e9 que les hommes sont les principaux pourvoyeurs des ressources du m\u00e9nage dans la plupart des familles, on peut supposer que l&#8217;\u00e9ducation et le revenu continuent \u00e0 \u00eatre des crit\u00e8res importants pour le choix d\u2019un partenaire.<\/p>\n<h2>Donn\u00e9es et m\u00e9thodes<\/h2>\n<p>Nous analysons l\u2019\u00e9volution de l\u2019appariement s\u00e9lectif selon le niveau de formation et les revenus en Suisse, en mobilisant des donn\u00e9es tir\u00e9es de l\u2019Enqu\u00eate Suisse sur la Population Active (ESPA) 1992, 2000 et 2014 pour l\u2019\u00e9ducation, et du Panel Suisse de M\u00e9nages (PSM) de 2000 et 2014 pour les revenus. L\u2019\u00e9chantillon se compose de couples h\u00e9t\u00e9rosexuels, dont les partenaires sont \u00e2g\u00e9s de 25 \u00e0 64 ans, qui habitent ensemble sans forc\u00e9ment \u00eatre mari\u00e9s. Nous avons inclus les personnes qui vivent seules pour mesurer le processus de s\u00e9lection \u00e0 vivre en couple.<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> Nous avons restreint l\u2019analyse aux personnes ayant la capacit\u00e9 d\u2019exercer une activit\u00e9 r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e&nbsp;: nous excluons donc de l\u2019analyse les personnes qui ne peuvent pas travailler pour des raisons d\u2019handicap ou de maladie. Selon l\u2019ann\u00e9e, l\u2019\u00e9chantillon inclut entre 13\u2019170 et 57\u2019604 m\u00e9nages avec l\u2019ESPA et entre 3\u2019343 et 5\u2019497 m\u00e9nages avec le PSM.<\/p>\n<p>Pour mesurer l\u2019homogamie \u00e9ducative, l\u2019analyse se base sur des tableaux crois\u00e9s avec trois niveaux de formation&nbsp;: (i)&nbsp;obligatoire (\u00e9cole obligatoire), (ii) sup\u00e9rieur II (maturit\u00e9 ou dipl\u00f4me de formation professionnelle, tertiaire B, incluant d\u2019une \u00e9cole professionnelle ou technique sup\u00e9rieure (ESCEA, ESAA, ESTS, ETS)) et (iii) tertiaire<em> (<\/em>tertiaire A, incluant un dipl\u00f4me universitaire ou f\u00e9d\u00e9ral (EPF), d\u2019une haute \u00e9cole sp\u00e9cialis\u00e9e (HES) ou p\u00e9dagogique (HEP)). L\u2019homogamie de revenu est mesur\u00e9e selon la position de chaque personne dans la distribution des revenus divis\u00e9e en trois parts \u00e9gales&nbsp;: un revenu bas, interm\u00e9diaire ou haut. Selon cette approche m\u00e9thodologique, si la proportion de personnes dans les diff\u00e9rents niveaux de formation peut changer au fil du temps, la proportion de personnes dans les \u00e9chelons de revenu est constante. Les revenus utilis\u00e9s indiquent les salaires horaires de chaque personne. Pour l\u2019appariement s\u00e9lectif selon les revenus, les donn\u00e9es \u00e0 disposition restreignent l\u2019analyse \u00e0 la p\u00e9riode allant de 2000 \u00e0 2014.<\/p>\n<p>Afin d\u2019isoler l\u2019effet des pr\u00e9f\u00e9rences pour un certain type de partenaire et donc pour mesurer l\u2019appariement s\u00e9lectif, nous avons utilis\u00e9 les fr\u00e9quences relatives en tenant compte de la proportion des trois niveaux de formation lors des diff\u00e9rentes ann\u00e9es. La fr\u00e9quence relative li\u00e9e au revenu reste constante dans les diff\u00e9rentes ann\u00e9es.<\/p>\n<h2>R\u00e9sultats<\/h2>\n<p><em>Une hausse des dipl\u00f4m\u00e9s et des couples homogames<\/em><\/p>\n<p>Sur l\u2019ensemble des m\u00e9nages, les couples homogames avec une formation tertiaire sont proportionnellement pass\u00e9s de 3% en 1992 \u00e0 13% en 2014, alors que la proportion de couples homogames avec une formation sup\u00e9rieure II a diminu\u00e9, passant de 36% en 1992 \u00e0 27% en 2014 (voir Figure 1). La proportion des couples homogames avec une formation obligatoire, quant \u00e0 elle, est rest\u00e9e stable&nbsp;: autour des 8%. Au total, sur l\u2019ann\u00e9e 2014, les couples homogames constituent 48% des m\u00e9nages et les personnes seules 20%. Les autres types de m\u00e9nages sont des couples dont l\u2019homme a un niveau de formation sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la femme (20%) ou des couples o\u00f9 la femme a un niveau de formation sup\u00e9rieur \u00e0 celui de l\u2019homme (12%).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Fig1_f_2.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1692 size-full\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Fig1_f_2.png\" alt=\"\" width=\"722\" height=\"423\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Fig1_f_2.png 722w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Fig1_f_2-300x176.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 722px) 100vw, 722px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>L\u2019appariement s\u00e9lectif augmente parmi les personnes avec peu de formation <\/em><\/p>\n<p>En tenant compte de la proportion des trois niveaux de formation lors des diff\u00e9rentes ann\u00e9es, la Figure 2 repr\u00e9sente la pr\u00e9f\u00e9rence pour un partenaire selon son niveau de formation et donc l\u2019appariement s\u00e9lectif. Cette figure montre que l\u2019appariement s\u00e9lectif selon l\u2019\u00e9ducation est pr\u00e9dominant en Suisse dans toutes les ann\u00e9es analys\u00e9es. Malgr\u00e9 l\u2019expansion du nombre de personnes et des couples avec un dipl\u00f4me de formation tertiaire, l\u2019appariement s\u00e9lectif le plus fort se retrouve entre personnes avec une formation obligatoire. Ceci implique que plus de personnes avec une formation obligatoire se marient entre eux m\u00eame s\u2019ils y a moins de personnes avec une formation obligatoire dans la population en gen\u00e8rale. Cette tendance ne peut pas \u00eatre li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge ni \u00e0 l\u2019origine migratoire de ces personnes, ces caract\u00e9ristiques se retrouvant dans des proportions similaires \u00e0 celles des autres groupes de la population. C\u2019est \u00e0 travers les pratiques de mariage et d\u2019appariement s\u00e9lectif que les personnes avec une formation basse sont donc plus s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9es que les autres groupes de la population.<\/p>\n<p>A un niveau moindre, l\u2019appariement s\u00e9lectif est \u00e9galement visible entre les personnes ayant une formation tertiaire et, de fa\u00e7on plus faible encore, entre les personnes ayant une formation sup\u00e9rieure II. M\u00eame si entre 1992 et 2014 l\u2019appariement s\u00e9lectif a diminu\u00e9 parmi les personnes hautement qualifi\u00e9es, l\u2019appariement s\u00e9lectif en g\u00e9n\u00e9ral a augment\u00e9 pour l\u2019ensemble de la population, et cela \u00e0 cause des couples homogames parmi les personnes avec une formation obligatoire et sup\u00e9rieure II.<\/p>\n<p>De plus, si nous regardons en premier lieu la formation des couples, nous constatons que les personnes ayant une formation obligatoire ou sup\u00e9rieure II ont une probabilit\u00e9 de vivre seules plus faible que les personnes avec une formation tertiaire. Sur la p\u00e9riode allant de 1992 \u00e0 2014, la probabilit\u00e9 de vivre seul a toutefois diminu\u00e9 parmi les femmes et les hommes hautement qualifi\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Fig2_f.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1698 size-full\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Fig2_f.png\" alt=\"\" width=\"756\" height=\"655\"><\/a><\/p>\n<p><em>L\u2019\u00e9volution de l\u2019appariement s\u00e9lectif selon les revenus <\/em><\/p>\n<p>La Figure 3 montre l\u2019appariement s\u00e9lectif selon les revenus. L\u00e0 encore, nous relevons la pr\u00e9sence de l\u2019appariement s\u00e9lectif dans toutes les couches \u00e9conomiques. Cependant, contrairement \u00e0 l\u2019appariement s\u00e9lectif selon le niveau de formation, l\u2019appariement s\u00e9lectif selon le revenu a augment\u00e9 tant pour les bas que pour les hauts revenus.<\/p>\n<p>La probabilit\u00e9 de vivre seul est aussi r\u00e9partie diff\u00e9remment que pour les niveaux de formation : les hommes avec un bas revenu ont plus de probabilit\u00e9 de vivre seuls que les hommes dont le revenu est \u00e9lev\u00e9. M\u00eame si les femmes avec un haut revenu avaient plus de probabilit\u00e9 de vivre seules en 2000, elles ne se distinguent plus des femmes aux revenus moyens en 2014.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Fig3_f.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1701 size-full\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Fig3_f.png\" alt=\"\" width=\"754\" height=\"585\"><\/a><\/p>\n<p>Il est \u00e9galement int\u00e9ressant d\u2019\u00e9tudier la combinaison entre le niveau de formation et le revenu. En analysant cette combinaison, nous pouvons souligner que le groupe o\u00f9 les couples sont le plus similaires en termes de revenu n\u2019est pas compos\u00e9 par des personnes ayant le m\u00eame niveau de formation, mais que les femmes y ont une formation plus \u00e9lev\u00e9e que leurs partenaires masculins. On peut donc dire que si les femmes choisissent un partenaire avec un niveau de formation inf\u00e9rieur, cet homme a tendance \u00e0 avoir un salaire \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>En outre, en consid\u00e9rant l\u2019\u00e2ge et la dur\u00e9e de la relation entre les deux partenaires, nous pouvons affirmer que l\u2019homogamie des revenus est plus grande au d\u00e9but de la relation et lorsque les partenaires sont jeunes. Ceci est d\u00fb \u00e0 la diversification des choix de carri\u00e8re et \u00e0 la r\u00e9duction de taux de travail des femmes \u00e0 l\u2019arriv\u00e9 des enfants.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Le nombre de couples avec le m\u00eame niveau de formation a augment\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990. Notre analyse montre que l\u2019appariement s\u00e9lectif se concentre parmi les couples ayant un bas niveau de formation et non pas parmi les couples avec un haut niveau de formation, comme nous aurions pu l\u2019imaginer. Les couples au bas niveau de formation sont donc plus s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9s qu\u2019ils ne l\u2019\u00e9taient il y a plus de vingt ans. En partant du principe que les salaires augmentent avec le niveau de formation, ces couples peuvent donc repr\u00e9senter un groupe vuln\u00e9rable de la soci\u00e9t\u00e9 suisse.<\/p>\n<p>Notre analyse a \u00e9galement montr\u00e9 que les hommes et les femmes avec un haut niveau de formation ont une probabilit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e de vivre seul. Cependant, cette probabilit\u00e9 est en train de diminuer avec le temps. La probabilit\u00e9 de vivre seul est aussi li\u00e9e au revenu, mais cette fois-ci de mani\u00e8re diff\u00e9renci\u00e9e selon le sexe de la personne. Si les hommes avec un bas revenu ont plus de probabilit\u00e9 de vivre seuls, ce sont les femmes avec un haut revenu qui sont les plus sujettes \u00e0 vivre seules. M\u00eame si les femmes sont devenues plus ind\u00e9pendantes sur le plan \u00e9conomique, celles qui n\u2019ont pas de revenus \u00e9l\u00e9v\u00e9s semblent toujours attacher une grande importance au revenu de leur partenaire.<\/p>\n<p>Le niveau de formation est, de fait, devenu une caract\u00e9ristique moins importante pour la mise en couple h\u00e9t\u00e9rosexuel au fil du temps. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne a pour cons\u00e9quence d\u2019avoir diminu\u00e9 l\u2019appariement s\u00e9lectif entre personnes hautement form\u00e9es, mais de l\u2019avoir augment\u00e9 entre personnes \u00e0 haut revenu. Le fort appariement s\u00e9lectif entre personnes \u00e0 haut revenu indique que le statut social reste un crit\u00e8re important dans la s\u00e9lection d\u2019un partenaire. Des analyses plus fines sur la base de donn\u00e9es d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es pourraient d\u00e9terminer si l\u2019appariement s\u00e9lectif d\u00e9pend du type d\u2019universit\u00e9, du dipl\u00f4me ou de la discipline \u00e9tudi\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur la base de l\u2019ESPA et du PSM, cette analyse a pu en outre montrer que les hommes et les femmes dans des couples homogames avec une formation tertiaire ne sont pas paritaires en termes de revenu. Enfin, cette \u00e9tude a \u00e9galement mis \u00e0 jour la diminution de l\u2019homogamie de revenu pendant la vie en couple . Ceci pourrait \u00eatre expliqu\u00e9 par les diff\u00e9rents choix de carri\u00e8re r\u00e9alis\u00e9s et les diff\u00e9rentes responsabilit\u00e9s prises vis-\u00e0-vis de la parentalit\u00e9 par les hommes et les femmes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du couple.<\/p>\n<p>L\u2019homogamie se r\u00e9v\u00e8le donc \u00eatre un ph\u00e9nom\u00e8ne important pour comprendre non seulement les cons\u00e9quences de l\u2019expansion scolaire, mais aussi pour suivre et \u00e9tudier les in\u00e9galit\u00e9s sociales, de revenu et de genre pr\u00e9sentes dans la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> La comparaison est faite ici entre les cohortes n\u00e9es dans les ann\u00e9es 50 et les cohortes n\u00e9es dans les ann\u00e9es suivantes jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 80. L\u2019observation se fait selon le niveau d\u2019\u00e9ducation obtenu et le statut d\u2019activit\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 par ces personnes entre 1999 et 2015.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Les ann\u00e9es \u00e9tudi\u00e9es sont 1970, 1980, 1990 et 2000.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Avoir des amis similaires \u00e0 soi-m\u00eame est encore un autre ph\u00e9nom\u00e8ne que les sciences sociales appellent homophilie. L\u2019homophilie peut donc g\u00e9n\u00e9rer de l\u2019homogamie.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Il est possible que les personnes seules aient un partenaire qui n\u2019habite pas avec eux, mais elles ont une probabilit\u00e9 moindre de partager les frais d\u2019habitation et le revenu. Les personnes dans une relation amoureuse qui ne vivent pas avec leur partenaire sont donc d\u00e9finies comme seules pour nos analyses.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Appariement s\u00e9lectif et homogamie Diverses disciplines scientifiques abordent le sujet de la s\u00e9lection des partenaires. Les biologistes ont regard\u00e9 les caract\u00e9ristiques qui d\u00e9terminent le choix d\u2019un partenaire et la perp\u00e9tuation de l\u2019esp\u00e8ce dans le monde animal (les lions doivent-ils \u00eatre agressifs ou avoir une belle crini\u00e8re pour dominer un troupeau de lionnes&nbsp;?). 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