{"id":2310,"date":"2021-07-05T15:41:35","date_gmt":"2021-07-05T13:41:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=2310"},"modified":"2022-12-19T16:55:34","modified_gmt":"2022-12-19T14:55:34","slug":"levolution-du-stress-en-suisse-la-premiere-vague-de-la-pandemie-une-pause-pour-les-personnes-stressees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=2310","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9volution du stress en Suisse \u2013 la premi\u00e8re vague de la pand\u00e9mie, une pause pour les personnes stress\u00e9es"},"content":{"rendered":"<h2>Introduction<\/h2>\n<p>Au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, l\u2019augmentation du stress est devenue une pr\u00e9occupation croissante pour le syst\u00e8me de sant\u00e9 et l&#8217;\u00e9conomie suisse. Un niveau de stress \u00e9lev\u00e9 favorise de nombreuses maladies chroniques physiques, comme les maladies cardiovasculaires ou l\u2019ob\u00e9sit\u00e9, et psychiques comme la d\u00e9pression ou le burnout (Thoits, 2010). De plus, les individus qui se sentent fr\u00e9quemment stress\u00e9s adoptent davantage de comportements \u00e0 risque pour leur sant\u00e9&nbsp;: ils ont tendance \u00e0 avoir une alimentation peu saine, consomment plus fr\u00e9quemment de l\u2019alcool ou des drogues. Ind\u00e9pendamment de l\u2019impact n\u00e9gatif du stress sur le bien-\u00eatre des individus et de ses co\u00fbts pour le syst\u00e8me de sant\u00e9, un niveau de stress \u00e9lev\u00e9 r\u00e9duit la productivit\u00e9 au travail. Les maladies li\u00e9es au stress ont de multiples implications&nbsp;: elles entrainent des absences, une r\u00e9duction du taux de travail, des retraites anticip\u00e9es ou du \u00ab&nbsp;pr\u00e9sent\u00e9isme&nbsp;\u00bb,&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire le fait de travailler avec une productivit\u00e9 r\u00e9duite (OFSP, 2020).<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que le stress, et quand est-ce que cet \u00e9tat devient dangereux&nbsp;? Un individu tend \u00e0 se sentir stress\u00e9.e.s quand il a l\u2019impression de ne pas avoir assez de ressources pour faire face aux demandes de son environnement, par exemple quand il a de la peine \u00e0 faire face aux attentes du monde professionnel ou de la famille, ou en p\u00e9riode de changement ou d\u2019incertitude (Bruchon-Schweitzer &amp; Boujut, 2014). Dans un premier temps, le sentiment de stress peut avoir un effet stimulant sur l\u2019organisme et est n\u00e9cessaire pour son fonctionnement \u00e0 court terme, par exemple pour activer des r\u00e9actions du syst\u00e8me immunitaire, lors d\u2019activit\u00e9s sportives ou pour inciter \u00e0 apprendre. Le stress peut alors \u00eatre per\u00e7u comme quelque chose d\u2019habituel et de positif. En revanche, quand le stress est un sentiment fr\u00e9quent et persiste pendant des p\u00e9riodes plus longues, il devient \u00e9puisant et probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>Afin de mieux comprendre ce ph\u00e9nom\u00e8ne, nous avons dans un premier temps observ\u00e9 l\u2019\u00e9volution du stress en Suisse sur plusieurs ann\u00e9es et les facteurs qui en favorisent l\u2019augmentation ou la diminution. Dans un deuxi\u00e8me temps, nous avons examin\u00e9 l\u2019impact de la pand\u00e9mie sur le niveau de stress. Les trois principales questions auxquelles cet article r\u00e9pond sont les suivantes : Le stress est-il en train d\u2019augmenter ? Quels facteurs influencent le niveau de stress&nbsp;? Comment la premi\u00e8re vague de la pand\u00e9mie a-t-elle influenc\u00e9 le niveau de stress, et est-ce un effet temporaire&nbsp;?<\/p>\n<h2>Les caract\u00e9ristiques influant sur le niveau de stress<\/h2>\n<p>Diff\u00e9rentes enqu\u00eates suisses montrent une augmentation du stress li\u00e9e au travail pour les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies (SECO, 2020&nbsp;; Promotion Sant\u00e9 Suisse, 2020). Par exemple, le job-stress-index, qui suit la population active depuis 2014, observe qu\u2019un tiers des individus indiquent ne pas avoir assez de ressources pour faire face aux exigences professionnelles, et cette tendance est \u00e0 la hausse. Une des limites importantes de ce genre d\u2019\u00e9tudes est de se concentrer principalement sur le stress professionnel en ignorant d\u2019autres sources de stress, comme celles li\u00e9es \u00e0 la formation, \u00e0 la situation financi\u00e8re ou familiale ou encore aux relations personnelles. De plus, ces \u00e9tudes ne suivent pas les m\u00eames personnes au cours du temps pour \u00e9tudier les facteurs qui contribuent \u00e0 une augmentation ou une baisse du niveau de stress. Afin de pallier ces lacunes, nous analysons les donn\u00e9es de l\u2019enqu\u00eate \u00ab&nbsp;Panel Suisse de m\u00e9nages&nbsp;\u00bb qui suit les m\u00eames individus dans le temps et collecte des informations sur le stress per\u00e7u depuis 2016.<\/p>\n<p>Le stress et ses cons\u00e9quences se distribuent selon un <em>gradient social<\/em>, ce qui signifie que les groupes de la population sont expos\u00e9s au stress \u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s (Thoits, 2010). Toutefois, la relation entre le stress et le statut social peut aller dans deux directions. D\u2019une part, les individus vivant plus d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique, comme la pr\u00e9carit\u00e9 professionnelle ou des probl\u00e8mes financiers, ont tendance \u00e0 subir davantage de stress. Pour cette raison, nous pourrions nous attendre \u00e0 ce que les personnes qui ont une formation qui s\u2019est arr\u00eat\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole obligatoire ou qui ont un faible revenu soient davantage concern\u00e9es par le stress. Mais, d\u2019autre part, le stress est aussi li\u00e9 \u00e0 la charge de travail, qui est souvent plus \u00e9lev\u00e9e dans les postes \u00e0 plus grandes responsabilit\u00e9s et qui impliquent de longues journ\u00e9es de travail (SECO, 2010). Cela signifierait que les personnes ayant fait des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, ayant un revenu \u00e9lev\u00e9 ou occupant des postes \u00e0 responsabilit\u00e9s, seraient plus stress\u00e9es. Le stress et le burnout ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s comme maladies \u00ab&nbsp;typiques&nbsp;\u00bb pour les personnes au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un haut niveau d\u2019\u00e9ducation, alors que les personnes avec un niveau d\u2019\u00e9ducation et un statut professionnel plus bas ont tendance \u00e0 exprimer davantage de probl\u00e8mes de sant\u00e9 ou de troubles physiques (H\u00e4mmig &amp; Bauer, 2013).<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes ant\u00e9rieures montrent aussi des effets du genre et de l\u2019\u00e2ge. Les femmes rapportent un niveau de stress plus \u00e9lev\u00e9 que les hommes&nbsp;: les femmes expriment plus de difficult\u00e9s \u00e0 concilier le travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 et non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 car elles prennent en charge la majeure partie des responsabilit\u00e9s des t\u00e2ches domestiques et de l\u2019organisation familiale. De ce fait, elles accumulent un plus grand nombre d\u2019heures de travail que les hommes (Ruppanner, Perales, &amp; Baxter, 2019). Un autre r\u00e9sultat r\u00e9current concerne la diminution du stress avec l\u2019\u00e2ge. Des phases du parcours de vie sont typiquement associ\u00e9es \u00e0 des niveaux de stress \u00e9lev\u00e9s&nbsp;: le d\u00e9but de la carri\u00e8re professionnelle, le cumul des charges professionnelles et familiales au milieu de la vie et la transition \u00e0 la retraite (Pearlin &amp; Skaff, 1996).<\/p>\n<p>A priori, l\u2019effet attendu de la pand\u00e9mie sur le niveau de stress est ambigu. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, une diminution du revenu, une plus grande ins\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;emploi, la fermeture des \u00e9coles et des structures de gardes ou encore les craintes li\u00e9es \u00e0 un risque d\u2019infection pourraient augmenter le niveau de stress. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, le ralentissement de la vie publique et \u00e9conomique pourrait contribuer \u00e0 une r\u00e9duction du stress due \u00e0 une diminution du nombre d\u2019heures de travail ou une plus grande flexibilit\u00e9 du travail \u2013 ou parce que la suppression de nombreuses activit\u00e9s a permis de r\u00e9duire la pression du temps, augmentant le temps disponible pour les proches ou les loisirs.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9volution du stress entre 2016 et 2020<\/h2>\n<p>Notre analyse se base sur les donn\u00e9es de l\u2019enqu\u00eate \u00ab Panel suisse de m\u00e9nages \u00bb (PSM) (Tillmann et al. 2016). Cette enqu\u00eate interroge, depuis 1999, tous les membres \u00e2g\u00e9s de 14 ans et plus d\u2019un \u00e9chantillon de m\u00e9nages vivant en Suisse. Suite \u00e0 la premi\u00e8re vague de Covid-19, une enqu\u00eate additionnelle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e entre mai et juin 2020 (pour une description d\u00e9taill\u00e9e voir Refle et al., 2020&nbsp;ainsi que Kuhn et al., 2020).<\/p>\n<p>Dans cet article, nous nous int\u00e9ressons exclusivement aux individus \u00e2g\u00e9s de 18 ans et plus. Le stress est mesur\u00e9 depuis 2016 par une question sur la fr\u00e9quence d\u2019un sentiment de stress au cours des quatre semaines pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019entretien, allant de 1 \u00abjamais\u00bb \u00e0 5 \u00abtr\u00e8s souvent\u00bb. Les analyses pour les ann\u00e9es 2016-2019 se basent sur 11500 personnes. L\u2019enqu\u00eate Covid-19 en mai\/juin 2020 se base sur un \u00e9chantillon de 5598 r\u00e9pondant.e.s, dont 5462 ont aussi particip\u00e9 \u00e0 l\u2019enqu\u00eate annuelle fin 2020\/d\u00e9but 2021. Les analyses sur les facteurs influen\u00e7ant le stress sont bas\u00e9es sur un mod\u00e8le de r\u00e9gression lin\u00e9aire multiple qui inclut diff\u00e9rents facteurs socio-d\u00e9mographiques et \u00e9conomiques et permet de d\u00e9terminer l\u2019influence nette d\u2019une caract\u00e9ristique donn\u00e9e. Pour les repr\u00e9sentations graphiques, seuls des variables m\u00e9thodologiques (mode d\u2019enqu\u00eate et pond\u00e9ration) ont \u00e9t\u00e9 prises en compte pour corriger des biais \u00e9ventuels.<\/p>\n<p>La Figure 1 montre l\u2019\u00e9volution du stress per\u00e7u entre 2016 et fin 2020\/d\u00e9but 2021. Durant les cinq ann\u00e9es d\u2019observation, environ la moiti\u00e9 de la population vivant en Suisse d\u00e9clare n\u2019\u00eatre jamais ou rarement stress\u00e9e. La proportion des individus qui se d\u00e9clarent souvent ou tr\u00e8s souvent stress\u00e9s a l\u00e9g\u00e8rement augment\u00e9 de 20% \u00e0 24% entre 2016 et 2019, mais \u2013 \u00e0 notre surprise \u2013 est retomb\u00e9e lors du printemps 2020 \u00e0 14%. L\u2019arriv\u00e9 de la pand\u00e9mie a donc sensiblement r\u00e9duit la part de personnes souvent stress\u00e9es de 10 points de pourcentage. Cependant, en analysant les donn\u00e9es de l\u2019\u00e9chantillon qui a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la premi\u00e8re vague de la pand\u00e9mie jusqu\u2019\u00e0 fin 2020\/d\u00e9but 2021, nous pouvons voir que le pourcentage des personnes qui se d\u00e9clarent souvent ou tr\u00e8s souvent stress\u00e9s a de nouveau augment\u00e9 et est similaire au niveau mesur\u00e9 avant la pand\u00e9mie.<\/p>\n<p>Figure 1 : \u00e9volution du stress per\u00e7u 2016-2020<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-2312\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_1-1024x605.png\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"384\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_1-1024x605.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_1-300x177.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_1-768x454.png 768w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_1.png 1360w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Source&nbsp;: Panel suisse de m\u00e9nages<br \/>\n2016: <em>N<\/em> = 9502, 2017: <em>N<\/em> = 9041, 2018: <em>N<\/em> = 8897, 2019: <em>N<\/em> = 8437; Mai\/Juin 2020: <em>N<\/em> = 5598; Fin 2020: <em>N<\/em> = 5462<\/p>\n<p>Nous pouvons alors constater deux mouvements&nbsp;: une augmentation qui \u00e9tait suivie par une diminution temporaire du stress. Quels facteurs augmentent le stress&nbsp;? Les individus qui sont expos\u00e9s \u00e0 davantage d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique sont plus stress\u00e9s avant et pendant la pand\u00e9mie&nbsp;: le fait d\u2019\u00eatre au ch\u00f4mage, inactif ou en formation augmente le stress. L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 li\u00e9e au poste de travail ou un contrat \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e sont \u00e9galement li\u00e9s \u00e0 davantage de stress. En outre, le stress ressenti est plus \u00e9lev\u00e9 si la situation financi\u00e8re d\u2019un individu se d\u00e9t\u00e9riore, si son m\u00e9nage doit puiser dans ses \u00e9conomies ou contracter des dettes. Les changements de la situation \u00e9conomique des personnes pr\u00e9sentent ainsi un facteur tr\u00e8s important pour expliquer l\u2019augmentation ou la diminution du niveau de stress d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<h2>Effet de l\u2019\u00e9ducation, du genre et de l\u2019\u00e2ge sur le stress<\/h2>\n<p>La Figure 2 montre la relation entre le stress et le niveau d\u2019\u00e9ducation. Avant la pand\u00e9mie, les personnes avec un niveau d\u2019\u00e9ducation tertiaire se sentent davantage stress\u00e9es par rapport \u00e0 celles avec un niveau d\u2019\u00e9ducation obligatoire. Nos analyses expliquent pourquoi les personnes avec une formation plus haute et de plus hauts revenus sont plus stress\u00e9es. Elles ont tendance \u00e0 travailler plus d\u2019heures et \u00e0 avoir davantage de difficult\u00e9s \u00e0 concilier la vie professionnelle et la vie priv\u00e9e. De surcro\u00eet, elles ont plus souvent des emplois o\u00f9 elles ont des pouvoirs d\u00e9cisionnels coupl\u00e9s \u00e0 un rythme intense de travail, ce qui augmente aussi les niveaux de stress.<\/p>\n<p>Figure 2 : niveau de stress selon le niveau d&#8217;\u00e9ducation avant et pendant la pand\u00e9mie (printemps 2020)<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-06-a\u0300-10.52.44.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-2362\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-06-a\u0300-10.52.44-300x114.png\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"248\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-06-a\u0300-10.52.44-300x114.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-06-a\u0300-10.52.44-1024x390.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-06-a\u0300-10.52.44-768x293.png 768w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-06-a\u0300-10.52.44.png 1438w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Source : Panel suisse de m\u00e9nages ; <em>N<\/em> = 5598 ; Niveau de stress : 1 \u00abjamais\u00bb \u00e0 5 \u00abtr\u00e8s souvent\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019effet de la pand\u00e9mie sur le stress d\u00e9pend du niveau d\u2019\u00e9ducation (voir Figure 2). Les personnes au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une formation tertiaire ont r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9duire leur niveau de stress davantage, tandis que le stress per\u00e7u des personnes avec un niveau d\u2019\u00e9ducation obligatoire n\u2019a pas chang\u00e9. Cela peut s\u2019expliquer en partie par la nette augmentation du t\u00e9l\u00e9travail durant la pand\u00e9mie qui concernait 71% des personnes avec un niveau d\u2019\u00e9ducation tertiaire, tandis que ce n\u2019est le cas de seulement 26% des personnes avec un niveau d\u2019\u00e9ducation obligatoire (Refle et al., 2020). Nos analyses montrent aussi que la difficult\u00e9 de concilier travail et famille pour les personnes avec un haut niveau d\u2019\u00e9ducation s\u2019\u00e9tait am\u00e9lior\u00e9e pendant la pand\u00e9mie.<\/p>\n<p>En outre, nous observons que les m\u00e9nages avec un revenu \u00e9lev\u00e9 profitaient \u00e9galement d\u2019une r\u00e9duction du stress, ainsi que les individus dont la situation financi\u00e8re ne s\u2019\u00e9tait pas d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e \u00e0 cause de la pand\u00e9mie. Avoir un pouvoir d\u00e9cisionnel au travail r\u00e9duisait le stress \u00e9galement et semblait impliquer la possibilit\u00e9 de pouvoir faire des choix sur l\u2019organisation du travail et son propre agenda. La m\u00eame tendance existe pour les personnes qui rapportent \u00eatre soumises \u00e0 un rythme intense dans leur travail&nbsp;: tandis qu\u2019elles \u00e9taient plus stress\u00e9es avant la pand\u00e9mie, elles ont pu r\u00e9duire leur niveau de stress. Par contre, pour les personnes qui avaient un rythme de travail moins soutenu, la pand\u00e9mie n\u2019a eu aucune implication sur le stress ressenti.<\/p>\n<p>En ce qui concerne le genre, les r\u00e9sultats montrent que les femmes se sentent plus stress\u00e9es que les hommes (voir Figure 3). M\u00eame en tenant compte des conditions de vie comme la situation professionnelle ou familiale, les niveaux de stress des femmes sont de 11% plus \u00e9lev\u00e9 que ceux des hommes. Par contre, nos analyses montrent que la pand\u00e9mie n\u2019a ni creus\u00e9 ni diminu\u00e9 cette diff\u00e9rence. M\u00eame si la tendance qui se dessine est que les hommes semblent davantage avoir r\u00e9duit leur niveau de stress (voir partie droite de la Figure 3), cette diff\u00e9rence n\u2019est pas significative dans nos analyses.<\/p>\n<p>Figure 3 : niveau de stress selon le genre avant et pendant la pand\u00e9mie (printemps 2020)<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_3.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-2314\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_3-300x106.png\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"230\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_3-300x106.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_3-1024x362.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_3-768x272.png 768w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Figure_3.png 1380w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Source : Panel suisse de m\u00e9nages ; <em>N<\/em> = 5598 ; Niveau de stress : 1 \u00abjamais\u00bb \u00e0 5 \u00abtr\u00e8s souvent\u00bb<\/p>\n<p>Ce constat est en accord avec un faisceau de r\u00e9sultats issus de la recherche scientifique, qui montrent que les femmes rapportent une moins bonne sant\u00e9 psychique que les hommes (Schuler et al. 2020). Les raisons sont \u00e0 rechercher dans une plus grande charge de travail pour les femmes, qui cumulent organisation familiale, t\u00e2ches domestiques et travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 et en cons\u00e9quence ont moins d\u2019heures de temps libre. Les femmes se trouvent aussi souvent dans des professions avec des charges physiques et \u00e9motionnelles \u00e9lev\u00e9es comme dans le domaine de la sant\u00e9, par exemple.<\/p>\n<p>En ce qui concerne l\u2019effet de l\u2019\u00e2ge sur le stress, le niveau de stress exprim\u00e9 par les individus diminue en g\u00e9n\u00e9ral avec les ann\u00e9es. Comme l\u2019illustre la partie gauche de la Figure 4, les jeunes adultes se sentent plus stress\u00e9es que les personnes au milieu de leur carri\u00e8re (\u00e2g\u00e9es entre 36-55 ans). Cette tendance est la m\u00eame avant (bleu fonc\u00e9) et pendant (bleu clair) la pand\u00e9mie. Les raisons possibles sont une plus grande implication dans la planification et le choix de leur carri\u00e8re (Promotion Sant\u00e9 Suisse, 2020). Les jeunes rapportent aussi davantage une intensification du rythme de travail. Or, pendant la pand\u00e9mie, nous constatons une diminution du stress pour tous les groupes d\u2019\u00e2ge en dessous de 65 ans (partie droite de la Figure 4). Pour les personnes \u00e2g\u00e9es, par contre, le stress a l\u00e9g\u00e8rement augment\u00e9. Cela est probablement li\u00e9 au fait qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9finis comme groupe \u00e0 risque et, pour une part d\u2019entre eux, se sont sentis stigmatis\u00e9s. Il est important de pr\u00e9ciser que, m\u00eame si le niveau de stress des jeunes a diminu\u00e9 durant la pand\u00e9mie, c\u2019est le seul groupe d\u2019\u00e2ge qui a vu son niveau de satisfaction de vie diminuer (Kuhn et al., 2020).<\/p>\n<p>Figure 4 : niveau de stress selon les groupes d&#8217;\u00e2ge avant et pendant la pand\u00e9mie (printemps 2020)<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Figure_4_fr.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-2378\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Figure_4_fr-300x100.png\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"217\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Figure_4_fr-300x100.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Figure_4_fr-1024x342.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Figure_4_fr-768x256.png 768w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Figure_4_fr-1536x513.png 1536w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Figure_4_fr-2048x684.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Source : Panel suisse de m\u00e9nages ; <em>N<\/em> = 5598 ; Niveau de stress : 1 \u00abjamais\u00bb \u00e0 5 \u00abtr\u00e8s souvent\u00bb<\/p>\n<h2><\/h2>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Nos analyses men\u00e9es sur la base des donn\u00e9es de l\u2019enqu\u00eate \u00ab&nbsp;Panel suisse de m\u00e9nages \u00bb permettent de mieux comprendre la distribution du stress per\u00e7u et son \u00e9volution pendant les derni\u00e8res ann\u00e9es en Suisse.<\/p>\n<p>Entre 2016 et 2019, nous constatons que le stress augmentait l\u00e9g\u00e8rement. Trois aspects expliquent pourquoi certains individus sont davantage stress\u00e9s que d\u2019autres. Premi\u00e8rement, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique augmente le stress. Ce sont les individus qui ont un revenu bas ou dont la situation financi\u00e8re se d\u00e9t\u00e9riore, les personnes en formation, et les personnes sans emploi ou pr\u00e9caires professionnellement qui souffrent davantage de stress. Deuxi\u00e8mement, la charge et la responsabilit\u00e9 professionnelle augmentent le stress, m\u00eame si les personnes concern\u00e9es ne craignent pas une pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique. Se sentent ainsi plus stress\u00e9s les individus avec un haut niveau d\u2019\u00e9ducation, les individus vivant dans un m\u00e9nage \u00e0 haut revenu, les individus travaillant davantage d\u2019heures par semaine, enfin les individus ayant un rythme intense de travail ou assumant ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e davantage de t\u00e2ches d\u00e9cisionnelles dans leur emploi. Ce sont ces personnes qui rapportent davantage de difficult\u00e9s \u00e0 concilier la vie priv\u00e9e et la vie professionnelle, ph\u00e9nom\u00e8ne qui est fortement li\u00e9 au stress ressenti. Finalement, notre analyse montre aussi que, plus g\u00e9n\u00e9ralement, les jeunes adultes et les femmes se sentent davantage stress\u00e9s.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la premi\u00e8re vague de la pand\u00e9mie de Covid-19 n\u2019a pas fait que des perdants&nbsp;: \u00e0 court terme, le pourcentage de personnes stress\u00e9es en Suisse a baiss\u00e9 de 24% \u00e0 14%, ce qui est consid\u00e9rable. Il semble que le premier semi-confinement a privil\u00e9gi\u00e9 les personnes avec un niveau d\u2019\u00e9ducation tertiaire, un haut revenu, avec un rythme de travail intense ou qui ont un pouvoir d\u00e9cisionnel au sein de leur travail. Les gagnants \u00e9taient les personnes qui ont pu profiter d\u2019une plus grande flexibilit\u00e9 dans l\u2019organisation de leur travail, par exemple en faisant du t\u00e9l\u00e9travail, et qui avaient plus de ressources \u00e9conomiques et financi\u00e8res \u00e0 disposition pour mieux s\u2019adapter \u00e0 la situation et ainsi concilier plus ais\u00e9ment travail et vie priv\u00e9e. La r\u00e9duction du stress se concentre dans les groupes qui ont vu leur vie professionnelle ralentir, tout en gardant une s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Cependant, \u00e0 la fin de 2020, le niveau de stress a de nouveau augment\u00e9. Une premi\u00e8re explication est le caract\u00e8re exceptionnel du premier semi-confinement qui a engendr\u00e9 un ralentissement des activit\u00e9s et a ainsi r\u00e9duit le stress pour une partie des personnes. Par la suite, les activit\u00e9s ont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es de nouveau, ou les gens se sont simplement habitu\u00e9s \u00e0 un rythme de vie moins soutenu. En psychologie, ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019habituation est bien connu et a pour cons\u00e9quence que les gens retrouvent rapidement le m\u00eame niveau de stress comme avant un \u00e9v\u00e8nement. En effet, les personnes semblent s\u2019adapter plus vite \u00e0 des effets positifs d\u2019un \u00e9v\u00e9nement, dans le cas pr\u00e9sent \u00e0 un ralentissement du rythme de vie, qu\u2019\u00e0 des \u00e9v\u00e9nements n\u00e9gatifs (Luhmann et al., 2012).<\/p>\n<p>La pand\u00e9mie ne semble pas d\u00e8s lors avoir chang\u00e9 les dynamiques du stress. Une grande charge de travail, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique, des difficult\u00e9s \u00e0 concilier la vie priv\u00e9e et professionnelle pr\u00e9sentent des risques majeurs en terme de stress. Dans la mesure o\u00f9 les conditions ext\u00e9rieures de travail ont chang\u00e9 pendant la premi\u00e8re vague de la pand\u00e9mie, certains groupes ont pu r\u00e9duire leur charge professionnelle et psychologique et donc les facteurs impliqu\u00e9s dans le stress. D\u00e8s lors que la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique \u00e9tait assur\u00e9e, une plus grande possibilit\u00e9 et flexibilit\u00e9 dans la conciliation de la vie priv\u00e9e et professionnelle semble avoir \u00e9t\u00e9 un avantage crucial qui ressort de l\u2019exp\u00e9rience de la pand\u00e9mie. Reste \u00e0 voir comment transposer cet acquis en temps post-pand\u00e9mie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, l\u2019augmentation du stress est devenue une pr\u00e9occupation croissante pour le syst\u00e8me de sant\u00e9 et l&#8217;\u00e9conomie suisse. Un niveau de stress \u00e9lev\u00e9 favorise de nombreuses maladies chroniques physiques, comme les maladies cardiovasculaires ou l\u2019ob\u00e9sit\u00e9, et psychiques comme la d\u00e9pression ou le burnout (Thoits, 2010). 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