{"id":3880,"date":"2024-05-23T06:33:04","date_gmt":"2024-05-23T04:33:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=3880"},"modified":"2024-06-13T13:39:37","modified_gmt":"2024-06-13T11:39:37","slug":"comment-les-depenses-courantes-accentuent-les-inegalites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=3880","title":{"rendered":"Comment les d\u00e9penses courantes accentuent les in\u00e9galit\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tudes sur les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques se concentrent g\u00e9n\u00e9ralement sur les diff\u00e9rences de r\u00e9partition du revenu et du patrimoine. Les d\u00e9penses courantes sont souvent n\u00e9glig\u00e9es, alors que les possibilit\u00e9s p\u00e9cuniaires de consommation repr\u00e9sentent une mesure pertinente pour une analyse du bien-\u00eatre \u00e9conomique (OCDE, 2013; Nations Unies, 2011). La prise en compte des d\u00e9penses courantes est particuli\u00e8rement pertinente pour la Suisse. Selon Eurostat, la Suisse est le pays de l&#8217;UE ayant les salaires les plus \u00e9lev\u00e9s. Ainsi, une personne en Suisse per\u00e7oit en moyenne 107&nbsp;000&nbsp;\u20ac de salaire net annuel, soit nettement plus que le pays en deuxi\u00e8me position, l&#8217;Islande, o\u00f9 une personne gagne en moyenne environ 82&nbsp;000&nbsp;\u20ac (Eurostat, 2023a; Lahiri, 2023). Dans le m\u00eame temps, les d\u00e9penses courantes en Suisse sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es. Le niveau des prix en lien avec les d\u00e9penses des m\u00e9nages en Suisse est environ 75% plus \u00e9lev\u00e9 que la moyenne de l&#8217;UE (Eurostat, 2023b). La Suisse occupe donc \u00e9galement la premi\u00e8re place en ce qui concerne les d\u00e9penses courantes, ce qui relativise quelque peu les salaires \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;Enqu\u00eate suisse sur le budget des m\u00e9nages (EBM) indique en outre les d\u00e9penses qui p\u00e8sent particuli\u00e8rement sur le budget de la population suisse (OFS, 2023). Un m\u00e9nage suisse consacre la majeure partie de ses revenus au logement et \u00e0 l&#8217;\u00e9nergie, avec en moyenne 14% de son revenu brut. Avec 12%, les imp\u00f4ts directs repr\u00e9sentent le deuxi\u00e8me poste de co\u00fbts le plus important, suivis par les primes d&#8217;assurance maladie dans l&#8217;assurance de base (7%). Arrivent ensuite d&#8217;autres d\u00e9penses telles que l&#8217;alimentation (6,8%), les transports (6,8%), les loisirs et la culture (4,1%) ainsi que l\u2019habillement (1,5%). Au final, en moyenne, un m\u00e9nage suisse dispose encore librement de 17,5% de son revenu brut. Cette valeur moyenne ne donne cependant aucune indication sur la mani\u00e8re dont le poids des d\u00e9penses courantes et le revenu librement disponible diff\u00e8rent selon la classe de revenus, ni sur les cons\u00e9quences que cela a sur les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les d\u00e9penses courantes dans les \u00e9tudes sur les in\u00e9galit\u00e9s<\/h2>\n\n\n\n<p>Des \u00e9tudes men\u00e9es aux \u00c9tats-Unis (Albouy et al., 2016; Argente &amp; Lee, 2021) ou en Allemagne Kr\u00f6ger et al., 2022; Priem et al. 2022) ont montr\u00e9 que les d\u00e9penses courantes sont tr\u00e8s pertinentes du point de vue des in\u00e9galit\u00e9s. En outre, l&#8217;int\u00e9r\u00eat pour cet aspect a fortement augment\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es en raison de la forte inflation (OCDE, 2022). Ainsi, les statistiques et les \u00e9tudes disponibles \u00e0 ce jour sugg\u00e8rent que les populations \u00e0 faible revenu ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement touch\u00e9es par l&#8217;inflation.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&#8217;existe actuellement que peu d&#8217;\u00e9tudes \u00e0 ce sujet concernant la Suisse. Or on y observe depuis 2021 une augmentation du niveau des prix avec des taux de croissance annuels compris entre 1 et 3,5% (OFS, 2024a), ce qui appara\u00eet certes comme bien plus mod\u00e9r\u00e9 que dans la zone euro, mais qui, du fait du cumul au fil des ans, a \u00e9galement entra\u00een\u00e9 une augmentation des d\u00e9penses courantes. Le rapport sur la r\u00e9partition des revenus 2023 de l&#8217;Union syndicale suisse met en lumi\u00e8re deux autres \u00e9volutions (Lampart et al., 2023). Tout d&#8217;abord, selon l&#8217;Administration f\u00e9d\u00e9rale des contributions, la charge fiscale est, depuis 1984, rest\u00e9e constante pour les revenus modestes ou moyens, avec environ 13% du revenu annuel, mais une baisse a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e pour les revenus tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s (\u00e0 partir d&#8217;un million), passant de pr\u00e8s de 39% \u00e0 32,5%. Les derni\u00e8res d\u00e9cennies montrent donc que l&#8217;all\u00e8gement a \u00e9t\u00e9 in\u00e9gal sur le plan des imp\u00f4ts. Deuxi\u00e8mement, les statistiques de l&#8217;Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique (OFSP) montrent que depuis 1997, les co\u00fbts r\u00e9els des primes moyennes d&#8217;assurance maladie ont augment\u00e9 de plus de 140%, tandis que la r\u00e9duction des primes n&#8217;a \u00e9t\u00e9 que de 41%, soit un niveau nettement inf\u00e9rieur \u00e0 l&#8217;augmentation des co\u00fbts des primes d&#8217;assurance maladie. Cela se refl\u00e8te \u00e9galement dans les in\u00e9galit\u00e9s en termes de revenu disponible \u00e9quivalent, puisque selon les statistiques de l&#8217;EBM, qui mesurent \u00e9galement les effets de disparit\u00e9 li\u00e9s aux imp\u00f4ts directs et aux primes d&#8217;assurance maladie (OFS, 2024c), les in\u00e9galit\u00e9s ont augment\u00e9 de 26 \u00e0 30&nbsp;points de Gini de 2001 \u00e0 2021.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 long terme, on remarque \u00e9galement une hausse constante des loyers (BFS, 2024b), lesquels ne sont pas pris en compte dans le calcul des in\u00e9galit\u00e9s de l&#8217;OFS. Entre 2016 et 2023, les loyers ont certes augment\u00e9 d&#8217;environ 8%, mais dans un contexte de baisse des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat de r\u00e9f\u00e9rence, ce qui a compens\u00e9 l&#8217;augmentation du co\u00fbt du logement (OFL, 2023). Le taux hypoth\u00e9caire de r\u00e9f\u00e9rence a doubl\u00e9 en 2023, ce qui va se traduire m\u00e9caniquement par de nouvelles augmentations des loyers.<\/p>\n\n\n\n<p>D&#8217;autres \u00e9tudes sugg\u00e8rent que de telles \u00e9volutions peuvent varier consid\u00e9rablement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un m\u00eame pays. Par exemple, Azzoni et Servo (2002) pour le Br\u00e9sil, et Hillringhaus et Peichl (2010) pour l&#8217;Allemagne, ont montr\u00e9 qu\u2019ignorer les co\u00fbts de la vie diff\u00e9renci\u00e9s au niveau r\u00e9gional est g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9 \u00e0 une surestimation des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques, car les r\u00e9gions plus fortes du point de vue \u00e9conomique ont tendance \u00e0 verser des salaires plus \u00e9lev\u00e9s, mais les d\u00e9penses courantes y sont aussi plus \u00e9lev\u00e9es que dans les r\u00e9gions \u00e9conomiquement plus faibles. Ces aspects se retrouvent \u00e9galement en Suisse. Les calculs de simulation sugg\u00e8rent que dans les cantons ruraux, comme Uri et Glarus, le budget des m\u00e9nages est moins grev\u00e9 en raison de co\u00fbts de logement et d&#8217;imp\u00f4ts plus faibles que dans les cantons urbains tels que Gen\u00e8ve et B\u00e2le-Ville, o\u00f9 le co\u00fbt du logement est particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9 (Sch\u00fcpbach et al., 2021). Des diff\u00e9rences cantonales apparaissent \u00e9galement dans la structure des instruments de l&#8217;\u00c9tat-providence, notamment en ce qui concerne les imp\u00f4ts directs et les r\u00e9ductions de primes (H\u00fcmbelin, Farys, Jann, et al., 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que des \u00e9tudes men\u00e9es dans d&#8217;autres pays soulignent l&#8217;importance des d\u00e9penses courantes pour \u00e9valuer les diff\u00e9rences \u00e9conomiques, aucune \u00e9tude n&#8217;a encore \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e pour la Suisse. Dans ce contexte, nous avons d&#8217;abord cherch\u00e9 \u00e0 savoir comment int\u00e9grer les d\u00e9penses courantes dans une analyse des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques, puis nous avons calcul\u00e9 les effets associ\u00e9s sur les in\u00e9galit\u00e9s en nous basant sur des donn\u00e9es fiscales provenant de six grands cantons suisses. Une comparaison de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 des revenus avant et apr\u00e8s d\u00e9duction des d\u00e9penses courantes montre une hausse de 10,9&nbsp;points du coefficient de Gini. Les d\u00e9penses courantes sont donc associ\u00e9es \u00e0 une aggravation significative des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques. La structure cantonale des imp\u00f4ts et le syst\u00e8me de r\u00e9duction des primes amortissent certes cet impact, mais renforcent les diff\u00e9rences r\u00e9gionales au sein de la Suisse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Donn\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour les analyses, nous nous appuyons sur des donn\u00e9es fiscales. Il s&#8217;agit d&#8217;un moyen valable de mesurer la situation financi\u00e8re de toutes les couches de la population (H\u00fcmbelin &amp; Farys, 2016). Concr\u00e8tement, nous utilisons les donn\u00e9es des cantons d&#8217;Argovie, de Berne, de Gen\u00e8ve, de Lucerne, de Saint-Gall et du Valais pour l&#8217;ann\u00e9e 2015, lesquelles ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9es et harmonis\u00e9es pour la base de donn\u00e9es WiSiER (Wanner, 2019). Dans le cadre du projet <em>inequalities<\/em><sup><a id=\"post-3880-footnote-ref-2\" href=\"#post-3880-footnote-2\">[1]<\/a><\/sup>, nous avons compl\u00e9t\u00e9 ces donn\u00e9es avec des informations individuelles sur les imp\u00f4ts directs, les r\u00e9ductions de primes d&#8217;assurance maladie et d&#8217;autres prestations sp\u00e9cifiques aux cantons. Les analyses portent sur les personnes en \u00e2ge de travailler et leurs enfants (c&#8217;est-\u00e0-dire les personnes de moins de 65&nbsp;ans). Nous pouvons ainsi repr\u00e9senter la situation financi\u00e8re de plus de 3&nbsp;millions de personnes, soit environ 45% de la population suisse de moins de 65&nbsp;ans. Il est \u00e9galement possible d&#8217;obtenir les revenus des m\u00e9nages gr\u00e2ce aux liens avec le registre de la population. Nous disposons de l&#8217;ensemble des revenus nets, apr\u00e8s d\u00e9ductions fiscales, de tous les membres du m\u00e9nage exer\u00e7ant une activit\u00e9 ind\u00e9pendante ou salari\u00e9e, ainsi que de leurs revenus du patrimoine. Nous avons \u00e9galement des informations sur les versements des assurances sociales et les transferts priv\u00e9s entre m\u00e9nages. Les prestations li\u00e9es aux besoins, telles que l&#8217;aide sociale \u00e9conomique, etc., sont \u00e9galement connues.<sup><a id=\"post-3880-footnote-ref-3\" href=\"#post-3880-footnote-3\">[2]<\/a> <\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&#8217;exception des imp\u00f4ts directs ayant \u00e9t\u00e9 pay\u00e9s, les informations sur les d\u00e9penses courantes individuelles r\u00e9elles en Suisse ne sont pas exhaustives, et ne peuvent donc pas \u00eatre directement li\u00e9es aux donn\u00e9es sur les revenus. C&#8217;est pourquoi, dans les analyses ci-dessous, nous d\u00e9duisons <em>les d\u00e9penses courantes minimales <\/em>en fonction d&#8217;un niveau de vie minimum n\u00e9cessaire pour vivre en Suisse, et nous nous basons \u00e0 cet \u00e9gard sur les normes de la Conf\u00e9rence suisse des institutions d&#8217;action sociale (CSIAS). Nous ne repr\u00e9sentons donc pas les d\u00e9penses r\u00e9elles des m\u00e9nages, mais d\u00e9finissons les d\u00e9penses n\u00e9cessaires en fonction du minimum vital. Les d\u00e9penses minimales \u00e9num\u00e9r\u00e9es ci-dessous repr\u00e9sentent les postes de co\u00fbts les plus importants support\u00e9s par un m\u00e9nage en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p><em>D\u00e9penses quotidiennes: <\/em>nous nous appuyons ici sur le forfait pour l&#8217;entretien d&#8217;un m\u00e9nage selon les normes du CSIAS, lequel s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 986&nbsp;CHF par mois (en 2015) pour un m\u00e9nage d&#8217;une personne. Pour chaque personne suppl\u00e9mentaire dans le m\u00e9nage, le suppl\u00e9ment par personne diminue selon l&#8217;\u00e9chelle d&#8217;\u00e9quivalence de la CSIAS. Par exemple, le forfait d&#8217;entretien pour deux personnes est de 1509&nbsp;CHF. Le forfait pour l&#8217;entretien d\u00e9fini dans les normes de la CSIAS doit couvrir l&#8217;ensemble des d\u00e9penses quotidiennes, \u00e0 l&#8217;exception des frais de logement et de sant\u00e9. Stutz et al. (2018) ont \u00e9valu\u00e9 le montant du forfait d&#8217;entretien dans l&#8217;aide sociale, et soulignent que les d\u00e9penses alimentaires et les frais de transport r\u00e9els sont sous-estim\u00e9s, et que les besoins de base, qui sont en grande partie fixes par nature, rec\u00e8lent peu de potentiels d\u2019\u00e9conomies, et que celles-ci impliquent d&#8217;accepter de fortes restrictions susceptibles de provoquer des risques pour la sant\u00e9. Nous partons donc d&#8217;un standard minimal absolu.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Frais de logement: <\/em>nous estimons le co\u00fbt du logement \u00e0 l&#8217;aide de l&#8217;enqu\u00eate structurelle, qui fait partie du syst\u00e8me de recensement et est la seule source d&#8217;information sur les loyers nets pay\u00e9s en Suisse (OFS, 2024). Les loyers sont particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9s dans les grandes agglom\u00e9rations et leurs environs. Cela est le cas dans les r\u00e9gions de Zurich, Gen\u00e8ve, le canton de Vaud et la r\u00e9gion de B\u00e2le. En revanche, le canton du Jura et certaines r\u00e9gions de Neuch\u00e2tel affichent un niveau de loyer inf\u00e9rieur \u00e0 la moyenne. Pour les analyses ci-dessous, nous disposons d&#8217;informations provenant d&#8217;environ 191&nbsp;000&nbsp;observations (jeu de donn\u00e9es 2011\u20132015 mises en commun). Sur cette base, nous d\u00e9veloppons un mod\u00e8le statistique qui estime les loyers locaux pour chaque commune. Le mod\u00e8le s&#8217;appuie sur la taille du m\u00e9nage et le revenu moyen de chaque commune pour pr\u00e9dire les loyers recens\u00e9s dans l&#8217;enqu\u00eate structurelle. Les param\u00e8tres du mod\u00e8le nous permettent ensuite de d\u00e9terminer la valeur attendue pour le percentile 20% des loyers locaux. Cela signifie que, pour chaque commune, nous calculons un niveau de loyer abordable, inf\u00e9rieur au loyer moyen concern\u00e9. Pour les analyses, nous appliquons aux loyers nets un forfait de 20% pour les charges, ce qui correspond aux d\u00e9penses moyennes d&#8217;un m\u00e9nage suisse selon les chiffres de l&#8217;EBM.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Primes de l&#8217;assurance maladie obligatoire: <\/em>nous utilisons les statistiques de l\u2019OFSP pour d\u00e9terminer la prime moyenne selon l&#8217;\u00e2ge. Le montant de la prime d\u00e9pend non seulement de facteurs individuels tels que l\u2019\u00e2ge et la franchise choisie, mais aussi du lieu de r\u00e9sidence. Parmi les six cantons \u00e9tudi\u00e9s, les d\u00e9penses sont particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9es pour les primes d&#8217;assurance maladie dans les cantons de Berne (374&nbsp;CHF par mois en moyenne) et de Gen\u00e8ve (420&nbsp;CHF par mois). Les co\u00fbts sont nettement inf\u00e9rieurs dans les cantons du Valais (301&nbsp;CHF), de Lucerne (313&nbsp;CHF), d&#8217;Argovie (320&nbsp;CHF) et de Saint-Gall (328&nbsp;CHF). En g\u00e9n\u00e9ral, les primes d&#8217;assurance maladie sont plus \u00e9lev\u00e9es au Tessin et en Suisse occidentale, en particulier par rapport \u00e0 la Suisse centrale. Conform\u00e9ment \u00e0 l&#8217;OFSP, nous nous basons sur les frais d&#8217;assurance maladie en fonction de la commune et de l&#8217;\u00e2ge, mais nous appliquons une remise de 10% par personne, car cela refl\u00e8te l&#8217;attente qu&#8217;ont les autorit\u00e9s sociales vis-\u00e0-vis des b\u00e9n\u00e9ficiaires de choisir une assurance maladie moins ch\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, le syst\u00e8me suisse soulage de fa\u00e7on cibl\u00e9e les assur\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 des <em>contributions aux r\u00e9ductions individuelles de primes (RIP)<\/em> vers\u00e9es par les cantons. Les cantons fixent des conditions d&#8217;\u00e9ligibilit\u00e9 concr\u00e8tes, d\u00e9cident des montants et d\u00e9terminent les proc\u00e9dures et les modalit\u00e9s de versement. Nous tenons compte de ces r\u00e9ductions de primes sp\u00e9cifiques aux cantons sur la base des donn\u00e9es de paiement effectives des autorit\u00e9s cantonales. Il existe ici des diff\u00e9rences entre les cantons: le canton de Berne offre des prestations \u00e0 un nombre relativement \u00e9lev\u00e9 de personnes, mais \u00e0 un niveau comparativement inf\u00e9rieur \u00e0 celui de Gen\u00e8ve, qui pr\u00e9voit des prestations nettement plus \u00e9lev\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Imp\u00f4ts directs sur le revenu et le patrimoine: <\/em>pour \u00e9valuer l&#8217;impact des imp\u00f4ts directs, nous pouvons, comme nous l&#8217;avons mentionn\u00e9, nous r\u00e9f\u00e9rer directement aux montants d&#8217;imp\u00f4ts r\u00e9ellement pay\u00e9s. Dans le canton de Gen\u00e8ve, le montant moyen est de 24&nbsp;500&nbsp;CHF. Dans le canton de Berne, un montant d&#8217;imp\u00f4t de 14&nbsp;400&nbsp;CHF est per\u00e7u, tandis que les montants d&#8217;imp\u00f4t sont un peu plus faibles dans les cantons du Valais (11&nbsp;800&nbsp;CHF) et de l&#8217;Argovie (11&nbsp;400&nbsp;CHF). Cela est d\u00fb, d&#8217;une part, \u00e0 la structure diff\u00e9rente des revenus et, d&#8217;autre part, \u00e0 la structure diff\u00e9rente du syst\u00e8me fiscal. Les taux d&#8217;imposition cantonaux ainsi que les d\u00e9ductions fiscales autoris\u00e9es diff\u00e8rent consid\u00e9rablement (H\u00fcmbelin, Farys, Jann, et al., 2021; H\u00fcmbelin, Farys, &amp; Richard, 2021; H\u00fcmbelin &amp; Farys, 2018; SSK CSI et AFC, 2021).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">M\u00e9thodes et strat\u00e9gie d&#8217;analyse<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&#8217;aide de deux techniques d&#8217;analyse, nous quantifions le poids des d\u00e9penses courantes sur les m\u00e9nages de diff\u00e9rentes classes de revenus, et l&#8217;impact qui en d\u00e9coule sur les in\u00e9galit\u00e9s en mati\u00e8re de revenu librement disponible. Nous effectuons dans un premier temps les analyses pour les six cantons, puis, dans un second temps, nous ventilons les r\u00e9sultats par canton.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Charge sur le revenu li\u00e9e aux d\u00e9penses courantes: <\/em>nous calculons la charge proportionnelle de diff\u00e9rents postes de co\u00fbts sur le revenu du m\u00e9nage pour diff\u00e9rentes classes de revenus. Dans les graphiques&nbsp;1 et 3 ci-dessous, la charge li\u00e9e aux d\u00e9penses courantes est exprim\u00e9e en pourcentage du revenu total du m\u00e9nage sur l&#8217;axe vertical, tandis que les classes de revenus se trouvent sur l&#8217;axe horizontal. Celles-ci apparaissent comme des d\u00e9ciles de revenus, form\u00e9s \u00e0 partir du revenu d&#8217;\u00e9quivalence du m\u00e9nage avant les prestations li\u00e9es aux besoins (la capacit\u00e9 \u00e9conomique d&#8217;un m\u00e9nage est mieux repr\u00e9sent\u00e9e en fonction du revenu avant les prestations li\u00e9es aux besoins). Les m\u00e9nages \u00e0 faibles revenus se trouvent \u00e0 gauche sur le graphique, tandis que les groupes ayant les revenus les plus \u00e9lev\u00e9s se trouvent \u00e0 droite.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Comparaison des coefficients de Gini: <\/em>nous utilisons le coefficient de Gini comme mesure des in\u00e9galit\u00e9s. Le coefficient de Gini est de 100 en cas d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 totale, et de 0 en cas d&#8217;\u00e9galit\u00e9 parfaite. En comparant le coefficient de Gini des revenus avant et apr\u00e8s la prise en compte des diff\u00e9rents postes de co\u00fbts, nous pouvons quantifier l&#8217;\u00e9volution des in\u00e9galit\u00e9s li\u00e9e directement aux d\u00e9penses courantes. Si le coefficient de Gini (axe vertical) augmente, cela signifie que les in\u00e9galit\u00e9s sont en hausse, tandis que s&#8217;il diminue, cela correspond \u00e0 une baisse des in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les effets sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des d\u00e9penses courantes<\/h2>\n\n\n\n<p>Le graphique&nbsp;1 montre que les 10% de personnes ayant les revenus les plus faibles de la population sont fortement affect\u00e9s par les d\u00e9penses quotidiennes et les frais de logement. Environ un tiers de leur revenu est consacr\u00e9 aux biens de consommation courante (d\u00e9penses quotidiennes), et un tiers encore est occup\u00e9 par les frais de logement. En raison de la progressivit\u00e9 de l&#8217;imp\u00f4t, les revenus faibles sont tr\u00e8s peu tax\u00e9s. Cependant, dans de nombreux cantons, le minimum vital n\u2019est pas lib\u00e9r\u00e9 de l\u2019imp\u00f4t. Ainsi, le groupe ayant les revenus les plus bas consacre 3% de son revenu \u00e0 l&#8217;imp\u00f4t. Les primes d&#8217;assurance maladie p\u00e8sent \u00e9galement. Le groupe dont les revenus sont les plus faibles y consacre 21%, dont un tiers est compens\u00e9 par des r\u00e9ductions individuelles de primes (RIP). Cet all\u00e8gement diminue \u00e0 mesure que les revenus augmentent, mais s&#8217;\u00e9tend \u00e9galement aux tranches de revenus moyens. Au total, le groupe ayant les revenus les plus bas consacre environ 82% du revenu de son m\u00e9nage \u00e0 subvenir aux d\u00e9penses courantes minimales. Plus les revenus augmentent, plus la charge financi\u00e8re li\u00e9e aux d\u00e9penses courantes minimales diminue. Les 10% les plus riches consacrent ainsi environ 31% de leur revenu aux d\u00e9penses courantes. Avec 19%, les imp\u00f4ts repr\u00e9sentent pour eux la part la plus importante, tandis que les d\u00e9penses courantes pour les besoins quotidiens (4,5%), les primes d&#8217;assurance maladie (3%) et le logement (4,5%) (ce d&#8217;apr\u00e8s un niveau de vie minimum), ne repr\u00e9sentent au total que 12% de leurs d\u00e9penses.<\/p>\n\n\n\n<p>Figure&nbsp;1: Poids des d\u00e9penses courantes sur les revenus des m\u00e9nages<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1431\" height=\"715\" class=\"wp-image-3881\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-1.png\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-1.png 1431w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-1-300x150.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-1-1024x512.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-1-768x384.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1431px) 100vw, 1431px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p>Donn\u00e9es: Donn\u00e9es WiSiER 2015 (AG, BE, LU, SG, VS, GE) associ\u00e9es \u00e0 d&#8217;autres informations, calculs propres<\/p>\n\n\n\n<p>La prise en compte des d\u00e9penses courantes entra\u00eene une augmentation significative des in\u00e9galit\u00e9s en mati\u00e8re de revenu librement disponible (voir graphique&nbsp;2). Le coefficient de Gini passe de 31,3 avant la prise en compte de ces d\u00e9penses, \u00e0 42,2 apr\u00e8s la prise en compte des d\u00e9penses courantes. Les frais li\u00e9s aux d\u00e9penses quotidiennes (+5,7&nbsp;points) et au logement (+6,0&nbsp;points) p\u00e8sent tout particuli\u00e8rement. Les primes d&#8217;assurance maladie sont \u00e9galement associ\u00e9es \u00e0 une augmentation des in\u00e9galit\u00e9s, m\u00eame si l&#8217;on tient compte de l&#8217;effet des r\u00e9ductions des primes qui fait baisser les in\u00e9galit\u00e9s. Les imp\u00f4ts directs r\u00e9duisent les in\u00e9galit\u00e9s de revenus (-3,7&nbsp;points).<\/p>\n\n\n\n<p>Figure&nbsp;2: Variation des in\u00e9galit\u00e9s de revenus en tenant compte des d\u00e9penses courantes<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1428\" height=\"714\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3882\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-2.png 1428w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-2-300x150.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-2-1024x512.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-2-768x384.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1428px) 100vw, 1428px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Donn\u00e9es: Donn\u00e9es WiSiER 2015 (AG, BE, LU, SG, VS, GE) associ\u00e9es \u00e0 d&#8217;autres informations, calculs propres<\/p>\n\n\n\n<p>Une derni\u00e8re \u00e9tape de l&#8217;analyse permet d&#8217;\u00e9tudier les diff\u00e9rences au sein de la Suisse. La figure&nbsp;3 pr\u00e9sente les diff\u00e9rences entre les cantons. Le budget des m\u00e9nages des cantons du Valais et de Gen\u00e8ve est grev\u00e9 de mani\u00e8re l\u00e9g\u00e8rement plus in\u00e9gale. Dans ces cantons, les d\u00e9penses courantes, en particulier le logement, sont difficiles \u00e0 g\u00e9rer pour le groupe ayant les revenus les plus faibles. L&#8217;efficacit\u00e9 des mesures sociales des cantons varie \u00e9galement. Par exemple, dans le canton de Lucerne, le groupe aux revenus les plus faibles est soulag\u00e9 de mani\u00e8re tr\u00e8s cibl\u00e9e par des r\u00e9ductions de primes. La charge fiscale totale est beaucoup plus importante dans le canton de Berne. En revanche, dans le canton de Gen\u00e8ve, la progressivit\u00e9 de l&#8217;imp\u00f4t p\u00e8se fortement sur les groupes de revenus les plus \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Figure&nbsp;3: Poids des d\u00e9penses courantes sur le revenu des m\u00e9nages par canton<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1428\" height=\"714\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3883\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-3.png 1428w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-3-300x150.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-3-1024x512.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/word-image-3880-3-768x384.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1428px) 100vw, 1428px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Donn\u00e9es: donn\u00e9es WiSiER 2015 enrichies (AG, BE, LU, SG, VS, GE), calculs propres<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le montre le tableau&nbsp;1, les cantons partent d&#8217;un niveau d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 diff\u00e9rent, mais dans tous les cantons, on observe un effet similaire des d\u00e9penses courantes sur les in\u00e9galit\u00e9s en mati\u00e8re de revenu librement disponible. Les principales diff\u00e9rences entre les cantons concernent le poids des primes et les imp\u00f4ts directs. Les primes d&#8217;assurance maladie entra\u00eenent une augmentation nettement plus importante des in\u00e9galit\u00e9s dans le canton de Gen\u00e8ve (+4,8), que dans les cantons de Lucerne (+3,1) et du Valais (+3,0). \u00c0 Gen\u00e8ve, les imp\u00f4ts contribuent \u00e0 une diminution plus importante des in\u00e9galit\u00e9s de revenus (-6,1) que dans les deux cantons al\u00e9maniques d&#8217;Argovie (-2,5) et de Berne (-3,1).<\/p>\n\n\n\n<p>Tableau&nbsp;1: In\u00e9galit\u00e9 de revenu avant et apr\u00e8s les d\u00e9penses courantes<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td>&nbsp;<\/td><td>\n<p>Pre-Gini<\/p>\n<\/td><td>\n<p>D\u00e9penses quotidiennes<\/p>\n<\/td><td>\n<p>Logement<\/p>\n<\/td><td>\n<p>Primes d&#8217;AM brutes<\/p>\n<\/td><td>\n<p>R\u00e9duction de prime<\/p>\n<\/td><td>\n<p>Imp\u00f4ts<\/p>\n<\/td><td>\n<p>Post-Gini<\/p>\n<\/td><\/tr><tr><td>\n<p>BE<\/p>\n<\/td><td>\n<p>29,2<\/p>\n<\/td><td>\n<p>6<\/p>\n<\/td><td>\n<p>6,5<\/p>\n<\/td><td>\n<p>4,1<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-0,7<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-3,1<\/p>\n<\/td><td>\n<p>42<\/p>\n<\/td><\/tr><tr><td>\n<p>LU<\/p>\n<\/td><td>\n<p>29,2<\/p>\n<\/td><td>\n<p>5,4<\/p>\n<\/td><td>\n<p>5,5<\/p>\n<\/td><td>\n<p>3,1<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-0,8<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-3,3<\/p>\n<\/td><td>\n<p>39,1<\/p>\n<\/td><\/tr><tr><td>\n<p>SG<\/p>\n<\/td><td>\n<p>28,7<\/p>\n<\/td><td>\n<p>6,1<\/p>\n<\/td><td>\n<p>6,2<\/p>\n<\/td><td>\n<p>3,5<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-0,7<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-4,1<\/p>\n<\/td><td>\n<p>39,8<\/p>\n<\/td><\/tr><tr><td>\n<p>AG<\/p>\n<\/td><td>\n<p>28,9<\/p>\n<\/td><td>\n<p>4,5<\/p>\n<\/td><td>\n<p>5,1<\/p>\n<\/td><td>\n<p>3,1<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-0,8<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-2.5<\/p>\n<\/td><td>\n<p>38,3<\/p>\n<\/td><\/tr><tr><td>\n<p>VS<\/p>\n<\/td><td>\n<p>27,6<\/p>\n<\/td><td>\n<p>5,9<\/p>\n<\/td><td>\n<p>5,8<\/p>\n<\/td><td>\n<p>3<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-0,8<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-3,9<\/p>\n<\/td><td>\n<p>37,6<\/p>\n<\/td><\/tr><tr><td>\n<p>GE<\/p>\n<\/td><td>\n<p>41,7<\/p>\n<\/td><td>\n<p>5,7<\/p>\n<\/td><td>\n<p>6,1<\/p>\n<\/td><td>\n<p>4,8<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-0,9<\/p>\n<\/td><td>\n<p>-6,1<\/p>\n<\/td><td>\n<p>51,3<\/p>\n<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusions<\/h2>\n\n\n\n<p>L&#8217;analyse des d\u00e9penses courantes est un aspect important, en particulier dans un pays cher comme la Suisse. En outre, il existe d&#8217;importantes diff\u00e9rences au sein de la Suisse, notamment en ce qui concerne les frais de logement. Gen\u00e8ve et Zurich font ainsi partie des villes les plus ch\u00e8res au monde, tandis que le logement dans les r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques est nettement moins cher. Enfin, en raison de la structure f\u00e9d\u00e9rale de la Suisse, il existe d&#8217;autres diff\u00e9rences cantonales, par exemple en ce qui concerne les imp\u00f4ts directs sur le revenu et le patrimoine, ainsi que la mise en \u0153uvre de r\u00e9duction des primes d\u2019assurance maladie, ce qui soulage ou gr\u00e8ve les revenus de la population de mani\u00e8re cibl\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos analyses montrent que les d\u00e9penses courantes aggravent consid\u00e9rablement les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques (+10,9&nbsp;points de Gini). La principale raison est le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 du logement, des primes d&#8217;assurance maladie et des biens de consommation courante, qui p\u00e8se de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e sur les revenus faibles par rapport aux revenus moyens et aux personnes ais\u00e9es. Selon nos calculs, le premier d\u00e9cile le plus faible de la population doit consacrer 82% de son revenu aux besoins de base. Le fait que les d\u00e9penses courantes en Suisse soient \u00e9lev\u00e9es pour certains groupes est \u00e9galement illustr\u00e9 par le fait que les co\u00fbts moyens des d\u00e9penses quotidiennes, des frais de logement et des primes d&#8217;assurance maladie ne pourraient pas \u00eatre support\u00e9s par les 20% de la population ayant les revenus les plus faibles<sup><a id=\"post-3880-footnote-ref-4\" href=\"#post-3880-footnote-4\">[3]<\/a><\/sup>. En revanche, le dernier d\u00e9cile le plus riche est beaucoup moins affect\u00e9 par les d\u00e9penses courantes n\u00e9cessaires. Alors que ce groupe paie un montant d&#8217;imp\u00f4ts \u00e9lev\u00e9, les d\u00e9penses li\u00e9es aux primes d&#8217;assurance maladie, au logement et aux biens de consommation courante posent peu de probl\u00e8me, de sorte qu&#8217;une grande partie de ses revenus est disponible pour la consommation ou la constitution de patrimoine.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9ductions de primes r\u00e9\u00e9quilibrent l\u00e9g\u00e8rement (-0,8&nbsp;point de Gini) en soulageant les groupes \u00e0 faibles revenus. N\u00e9anmoins, les primes d&#8217;assurance maladie accentuent les in\u00e9galit\u00e9s (+3,7&nbsp;points Gini), car les groupes \u00e0 revenus moyens et \u00e9lev\u00e9s paient les m\u00eames montants.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;effet de compensation des imp\u00f4ts (-3,7&nbsp;points de Gini) s&#8217;accro\u00eet au fur et \u00e0 mesure de la progressivit\u00e9 et favorise une compensation \u00e9conomique imm\u00e9diate. En outre, les biens publics sont bas\u00e9s sur les imp\u00f4ts, et profitent \u00e0 toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9. Bien que les imp\u00f4ts r\u00e9duisent les in\u00e9galit\u00e9s en mati\u00e8re de revenu librement disponible, l&#8217;effet associ\u00e9 est relativement faible par rapport aux autres \u00e9l\u00e9ments des d\u00e9penses courantes. Avec 21,4%, le taux d&#8217;imposition<sup><a id=\"post-3880-footnote-ref-5\" href=\"#post-3880-footnote-5\">[4]<\/a><\/sup> suisse est inf\u00e9rieur \u00e0 la moyenne de l&#8217;OCDE (25,3%). Des pays comme le Danemark (44,4%) et la Su\u00e8de (34,3%) affichent des taux d&#8217;imposition nettement plus \u00e9lev\u00e9s (AFC, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>Nos analyses montrent \u00e9galement qu&#8217;il existe des diff\u00e9rences importantes entre les cantons \u00e9tudi\u00e9s, tant en ce qui concerne la r\u00e9partition des revenus que les d\u00e9penses courantes. Dans le canton frontalier de Gen\u00e8ve, les diff\u00e9rences de revenus sont nettement plus importantes, ce qui est en partie d\u00fb \u00e0 la nature urbaine du canton. Le co\u00fbt de la vie est \u00e9galement relativement \u00e9lev\u00e9, ce qui entra\u00eene une aggravation suppl\u00e9mentaire des in\u00e9galit\u00e9s. Les plus grandes diff\u00e9rences cantonales se retrouvent au niveau de l&#8217;effet des primes d&#8217;assurance maladie et des imp\u00f4ts directs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9penses obligatoires, qui sont directement support\u00e9es par les revenus des m\u00e9nages, entra\u00eenent donc une forte augmentation des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques. Les statistiques officielles sur les in\u00e9galit\u00e9s de la Conf\u00e9d\u00e9ration ne tiennent pas compte notamment des d\u00e9penses li\u00e9es aux besoins quotidiens (alimentation, hygi\u00e8ne, mobilit\u00e9, etc.), ni des frais de logement. Selon l&#8217;OFS (2024c), l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 de revenus \u00e9tait en 2015 (apr\u00e8s d\u00e9duction des imp\u00f4ts et des primes d&#8217;assurance maladie) de 29&nbsp;points de Gini. Dans nos donn\u00e9es, une d\u00e9finition similaire aboutit \u00e0 une valeur similaire de 30,5&nbsp;points de Gini. Mais lorsque nous incluons les d\u00e9penses quotidiennes et les frais de logement dans le calcul des in\u00e9galit\u00e9s, cela fait \u00e0 lui seul augmenter les in\u00e9galit\u00e9s de 11,7&nbsp;points de Gini, ce qui correspond \u00e0 une augmentation de 38%. Si les statistiques officielles incluaient davantage les d\u00e9penses courantes, les in\u00e9galit\u00e9s constat\u00e9es seraient donc beaucoup plus marqu\u00e9es. En outre, il convient de noter que les \u00e9volutions du march\u00e9 immobilier mentionn\u00e9es au d\u00e9but, et la r\u00e9cente pouss\u00e9e inflationniste, laquelle est all\u00e9e de pair avec une baisse des salaires r\u00e9els, n&#8217;apparaissent pas dans nos donn\u00e9es. Aujourd&#8217;hui, ces aspects devraient avoir un effet encore plus important et exacerber les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques li\u00e9es aux d\u00e9penses courantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&#8217;est donc pas \u00e9tonnant que les interventions politiques actuelles visent une am\u00e9lioration g\u00e9n\u00e9rale du pouvoir d&#8217;achat (13<sup>e<\/sup> rente AVS), ou un all\u00e8gement cibl\u00e9 des postes de co\u00fbts importants tels que les primes d&#8217;assurance maladie. Concr\u00e8tement, l&#8217;initiative d\u2019all\u00e8gement des primes demande que les m\u00e9nages ne consacrent pas plus de 10% de leur revenu disponible aux primes, apr\u00e8s d\u00e9duction des r\u00e9ductions de primes. Selon nos donn\u00e9es, cette exigence serait satisfaite, en grande partie, uniquement dans le canton de Lucerne. D\u2019apr\u00e8s nos calculs, 40% de la population a consacr\u00e9 plus de 10% de son revenu aux primes en 2015, et ce malgr\u00e9 les r\u00e9ductions de celles-ci. Un \u00e9largissement cibl\u00e9 ou un financement plus important des primes en fonction des revenus entra\u00eenerait naturellement une r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&#8217;ensemble, les analyses montrent que les d\u00e9penses courantes sont un sujet extr\u00eamement pertinent du point de vue des in\u00e9galit\u00e9s, et qu&#8217;elles devraient faire l&#8217;objet d&#8217;une attention accrue tant dans la recherche qu&#8217;en politique.<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li> https:\/\/inequalities.unibe.ch\/ <a href=\"#post-3880-footnote-ref-2\">\u2191<\/a><\/li>\n\n\n\n<li> Vous trouverez de plus amples informations sur la base de donn\u00e9es et les d\u00e9finitions des revenus dans H\u00fcmbelin et al. (2023) <a href=\"#post-3880-footnote-ref-3\">\u2191<\/a> <\/li>\n\n\n\n<li> Cf. H\u00fcmbelin et al. (\u00e0 venir) <a href=\"#post-3880-footnote-ref-4\">\u2191<\/a> <\/li>\n\n\n\n<li> Imp\u00f4ts par rapport au PIB hors cotisations sociales. <a href=\"#post-3880-footnote-ref-5\">\u2191<\/a> <\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Les \u00e9tudes sur les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques se concentrent g\u00e9n\u00e9ralement sur les diff\u00e9rences de r\u00e9partition du revenu et du patrimoine. Les d\u00e9penses courantes sont souvent n\u00e9glig\u00e9es, alors que les possibilit\u00e9s p\u00e9cuniaires de consommation repr\u00e9sentent une mesure pertinente pour une analyse du bien-\u00eatre \u00e9conomique (OCDE, 2013; Nations Unies, 2011). 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