{"id":4514,"date":"2025-04-14T13:01:48","date_gmt":"2025-04-14T11:01:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=4514"},"modified":"2025-04-14T13:04:46","modified_gmt":"2025-04-14T11:04:46","slug":"deux-enfants-sinon-aucun-la-fecondite-en-suisse-entre-1946-et-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=4514","title":{"rendered":"Deux enfants, sinon aucun : la f\u00e9condit\u00e9 en Suisse entre 1946 et 2022"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Un r\u00e9cent rapport de l\u2019OCDE (2024), s&#8217;inscrivant dans la continuit\u00e9 de plusieurs \u00e9tudes ant\u00e9rieures, met en lumi\u00e8re une baisse de la f\u00e9condit\u00e9 dans la majorit\u00e9 des r\u00e9gions du monde, et plus particuli\u00e8rement sur le continent Europ\u00e9en. Parall\u00e8lement \u00e0 cette diminution g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, une tendance croissante \u00e0 la maternit\u00e9 tardive s\u2019y dessine (Billari et al., 2007&nbsp;; Mills et al. 2011&nbsp;; van Wijk, &amp; Billari, 2024). La Suisse ne fait pas exception \u00e0 ces constats&nbsp;: depuis le milieu des ann\u00e9es 1970, les indicateurs de f\u00e9condit\u00e9 voisinent 1,5 enfants par femme et restent syst\u00e9matiquement inf\u00e9rieurs au seuil de remplacement des g\u00e9n\u00e9rations, avec cependant des variations au fil des ann\u00e9es. Une augmentation de l&#8217;\u00e2ge au premier enfant est \u00e9galement observ\u00e9e, qui, en atteignant 31,2 ans en 2022, est l&#8217;un des plus \u00e9lev\u00e9s d&#8217;Europe. Sans un solde migratoire positif depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les seules transformations de la natalit\u00e9 auraient consid\u00e9rablement intensifi\u00e9 le vieillissement d\u00e9mographique en Suisse et entra\u00een\u00e9 une stagnation de la population.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 des variations r\u00e9gionales, la f\u00e9condit\u00e9 en Europe demeure faible (UN, 2025), avec des taux de natalit\u00e9 souvent inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux de mortalit\u00e9, et une f\u00e9condit\u00e9 qui reste globalement en dessous du seuil de remplacement des g\u00e9n\u00e9rations depuis longtemps. L\u2019Italie affiche le taux de f\u00e9condit\u00e9 le plus bas d&#8217;Europe, tandis qu&#8217;en Allemagne, la natalit\u00e9 s\u2019est mise \u00e0 baisser malgr\u00e9 des politiques familiales mises en place au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 pour aider les femmes \u00e0 concilier vie familiale et vie professionnelle (Sobotka, et al. 2019). Par ailleurs, les pays scandinaves, pionniers en mati\u00e8re de politiques familiales et d\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres, ont \u00e9galement observ\u00e9 une baisse de leur f\u00e9condit\u00e9 (Sobotka &amp; Berghammer, 2021). De m\u00eame, bien que la France, dont le pro-natalisme fait consensus dans l\u2019ensemble de la classe politique depuis la guerre de 1870 contre la Prusse, puisse encore se targuer d\u2019avoir le plus haut taux de natalit\u00e9 dans l\u2019Union europ\u00e9enne, une acc\u00e9l\u00e9ration de la baisse de la natalit\u00e9 y est observ\u00e9e depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es (Br\u00e9e &amp; Breton, 2023).<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs cadres th\u00e9oriques ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s pour comprendre ces changements r\u00e9cents en mati\u00e8re de dynamique familiale et de comportements de f\u00e9condit\u00e9. La th\u00e8se de la seconde transition d\u00e9mographique (SDT) (Lesthaeghe, 1995) met en \u00e9vidence les changements culturels et id\u00e9ologiques li\u00e9s \u00e0 la mont\u00e9e de l\u2019individualisme et du consum\u00e9risme durant la seconde moiti\u00e9 du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui ont progressivement conduit \u00e0 une transformation des comportements familiaux et reproductifs. Les changements dans les comportements reproducteurs seraient \u00e9galement influenc\u00e9s par l&#8217;incertitude \u00e9conomique et les risques du march\u00e9 du travail, qui poussent les jeunes adultes \u00e0 retarder la formation de la famille et \u00e0 privil\u00e9gier des formes de vie plus flexibles et moins stables.<\/p>\n\n\n\n<p>Un cadre th\u00e9orique alternatif \u00e0 celui de la SDT, la r\u00e9volution du genre, s\u2019est impos\u00e9 dans les ann\u00e9es 2010 (Esping-Andersen &amp; Billari, 2015). Ce cadre, emprunt\u00e9 \u00e0 des travaux de sociologie nord-am\u00e9ricaine, souligne l\u2019importance de l&#8217;ind\u00e9pendance \u00e9conomique croissante des femmes et de leur participation accrue au march\u00e9 du travail depuis les ann\u00e9es 60 et 70, alors que les in\u00e9galit\u00e9s entre les hommes et les femmes n\u2019ont pas n\u00e9cessairement baiss\u00e9 dans la sph\u00e8re domestique. La baisse de la f\u00e9condit\u00e9 r\u00e9sulterait donc d\u2019une incompatibilit\u00e9 entre, d&#8217;une part, l&#8217;accroissement du niveau d&#8217;\u00e9ducation des femmes et, d&#8217;autre part, des r\u00f4le traditionnels des m\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, l\u2019objectif de notre \u00e9tude est d\u2019analyser l&#8217;\u00e9volution de la f\u00e9condit\u00e9 en Suisse depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui. Notre objectif est de rep\u00e9rer les tendances \u00e9mergentes et mieux comprendre les dynamiques futures qui se dessinent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Strat\u00e9gies analytiques<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019indice conjoncturel de f\u00e9condit\u00e9 (ICF) est sans doute l\u2019indicateur le plus m\u00e9diatis\u00e9 et le plus comment\u00e9 dans le domaine de la f\u00e9condit\u00e9, en \u00e9tant souvent rebaptis\u00e9 \u00ab&nbsp;taux de f\u00e9condit\u00e9&nbsp;\u00bb. Il exprime le nombre moyen d\u2019enfants par femme et repr\u00e9sente la somme des taux de f\u00e9condit\u00e9 par \u00e2ge pour une ann\u00e9e donn\u00e9e. Chacun de ces taux selon l\u2019\u00e2ge est calcul\u00e9 en rapportant le nombre de naissances de femmes ayant l\u2019\u00e2ge x sur l\u2019ensemble des femmes ayant cet \u00e2ge x durant l\u2019ann\u00e9e prise en compte. L\u2019avantage majeur de l\u2019ICF est qu\u2019il offre une mesure de l\u2019intensit\u00e9 de la f\u00e9condit\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 (Calot, 1990).<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, il pr\u00e9sente l\u2019immense d\u00e9faut de confondre, pour une ann\u00e9e donn\u00e9e, plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de femmes, le terme de g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tant d\u00e9fini ici par l\u2019ensemble des personnes n\u00e9es une m\u00eame ann\u00e9e. La mesure de l\u2019ICF peut intervenir \u00e0 un moment o\u00f9 les femmes appartenant aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations retardent la naissance de leur enfant alors que celles appartenant aux g\u00e9n\u00e9rations les plus \u00e2g\u00e9es ont d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9 leur descendance, conduisant ainsi \u00e0 une mesure de l\u2019ICF basse.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour pallier les limites de l\u2019ICF, nous consid\u00e9rerons dans notre analyse un deuxi\u00e8me indicateur, la descendance finale (DF) qui correspond \u00e0 la somme des taux de f\u00e9condit\u00e9 par \u00e2ge pour une g\u00e9n\u00e9ration donn\u00e9e. Comme l\u2019ICF, il s\u2019exprime en nombre moyen d\u2019enfants par femme. Cet indicateur est insensible aux effets de calendrier des naissances, puisqu\u2019il exprime le nombre moyen de naissances des femmes d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration lorsqu\u2019elles ont 50 ans, que ces enfants soient n\u00e9s alors qu\u2019elles avaient entre 20 et 29 ans ou entre 30 et 39 ans. En revanche l\u2019indice de DF n\u00e9cessite pour son calcul un certain recul temporel, puisque ce calcul ne peut \u00eatre fait que dans les g\u00e9n\u00e9rations de femmes ayant (quasiment) termin\u00e9 leur vie f\u00e9conde.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Donn\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p>Notre analyse de l\u2019\u00e9volution de la f\u00e9condit\u00e9 sur une p\u00e9riode de pr\u00e8s de 80 ans requiert l\u2019utilisation de trois bases de donn\u00e9es compl\u00e9mentaires&nbsp;: la <em>Human Fertility Database<\/em> (Human Fertility Database, 2024), l\u2019IPUMS International (Ruggles et al., 2024) et le Panel Suisse de M\u00e9nages \u2013 PSM (Tillmann et al., 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>Les s\u00e9ries temporelles de l\u2019indice conjoncturel de f\u00e9condit\u00e9 (ICF) et de la descendance finale (DF) pour la Suisse sont disponibles dans la <em>Human Fertility Database<\/em>. Les calculs reposent sur les statistiques annuelles de naissances, d\u2019\u00e2ge \u00e0 la naissance des m\u00e8res et de nombre de femmes selon l\u2019\u00e2ge, qui sont collect\u00e9es chaque ann\u00e9e par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique. L\u2019indice de f\u00e9condit\u00e9 est calcul\u00e9 depuis 1932, alors que les descendances finales sont disponibles \u00e0 partir de la g\u00e9n\u00e9ration des femmes n\u00e9es en 1917.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les g\u00e9n\u00e9rations n\u00e9es avant 1960, nous utiliserons aussi les donn\u00e9es suisses de l\u2019IPUMS International. Ces donn\u00e9es sont issues d&#8217;un sondage repr\u00e9sentant un vingti\u00e8me des donn\u00e9es du recensement suisse de 2000. Lors de ce recensement, les r\u00e9pondants, hommes et femmes, devaient indiquer le nombre d\u2019enfants auxquels ils et elles avaient donn\u00e9 naissance. Cette base de donn\u00e9es recense un grand nombre de femmes par g\u00e9n\u00e9ration et nous permet de calculer les probabilit\u00e9s d\u2019agrandissement des familles pour les g\u00e9n\u00e9rations de femmes n\u00e9es avant 1960. Pour l\u2019analyse des probabilit\u00e9s d\u2019agrandissement de la famille dans le cas des femmes n\u00e9es apr\u00e8s 1960, nous utiliserons le Panel Suisse de M\u00e9nages. Il s\u2019agit d\u2019une enqu\u00eate longitudinale principalement t\u00e9l\u00e9phonique, qui suit depuis 1999 un grand nombre d\u2019individus issus de plusieurs \u00e9chantillons repr\u00e9sentatifs de m\u00e9nages \u00e0 travers l\u2019ensemble du territoire suisse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Six phases d\u2019\u00e9volution de la f\u00e9condit\u00e9 depuis 1945<\/h2>\n\n\n\n<p>Notre premi\u00e8re analyse compare l\u2019\u00e9volution de l\u2019indice conjoncturel de f\u00e9condit\u00e9 (ICF) et de la descendance finale (DF). Les deux s\u00e9ries temporelles sont repr\u00e9sent\u00e9es dans la Figure 1, avec la m\u00eame \u00e9chelle chronologique. La Figure 1 prolonge celles ayant d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es pour la Suisse par Calot (1998, p. 97) et Van Bavel et Reher (2013, p. 261). Cette confrontation permet de distinguer six phases diff\u00e9rentes d\u2019\u00e9volution de la f\u00e9condit\u00e9 en Suisse depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Baby-boom et plus particuli\u00e8rement second pic du baby-boom<\/em> (1946 \u2013 1962)\u00a0: L\u2019ICF fluctue amplement mais se situe largement au-dessus de la DF, qui est stabilis\u00e9e aux alentours de 2,2 enfants par femme chez les femmes n\u00e9es entre 1917 et 1935. Ce r\u00e9sultat refl\u00e8te l\u2019avancement de l\u2019\u00e2ge moyen \u00e0 la naissance, qui passe de 29,9 ans chez les femmes n\u00e9es en 1917 \u00e0 27,9 ans chez celles n\u00e9es en 1935.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"890\" height=\"559\" class=\"wp-image-4515\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/word-image-4514-1.png\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/word-image-4514-1.png 890w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/word-image-4514-1-300x188.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/word-image-4514-1-768x482.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 890px) 100vw, 890px\" \/> Figure 1&nbsp;: Indicateur conjoncturel de f\u00e9condit\u00e9 et descendance finale en Suisse<\/p>\n\n\n\n<p><em>Note<\/em>&nbsp;: Les indices conjoncturels de f\u00e9condit\u00e9 (ICF) ICF sont repr\u00e9sent\u00e9s par ann\u00e9e, tandis que les descendances finales (DF) tiennent compte de l&#8217;\u00e2ge moyen des femmes lors de la naissance des enfants. La Figure 1 reporte la DF \u00e0 40 ans pour les g\u00e9n\u00e9rations n\u00e9es entre 1960 et 1980 (courbe verte). Cet indicateur permet de suivre notamment les femmes n\u00e9es apr\u00e8s 1972, n\u2019ayant pas 50 ans en 2022, en consid\u00e9rant que la f\u00e9condit\u00e9 est faible apr\u00e8s cet \u00e2ge. De m\u00eame, sont report\u00e9s \u00e0 partir de 1990, les ICF \u00e0 40 ans (courbe orange), calcul\u00e9s \u00e0 partir des taux de f\u00e9condit\u00e9 de 15 \u00e0 40 ans. Source&nbsp;: Human Fertility Database<\/p>\n\n\n\n<p><em>Phase de post baby-boom<\/em> (1962-1978)&nbsp;: Cette phase montre une diminution prononc\u00e9e de la f\u00e9condit\u00e9 au fil des g\u00e9n\u00e9rations, la descendance finale passant de 2,2 \u00e0 1,8 enfant par femme entre les femmes n\u00e9es en 1935 et celles n\u00e9es en 1950. Cette diminution se r\u00e9percute sur l\u2019ICF qui diminue grandement et passe en dessous de la courbe de la descendance finale (DF). Au cours de cette p\u00e9riode, nous observons une l\u00e9g\u00e8re diminution de l&#8217;\u00e2ge moyen des femmes \u00e0 la maternit\u00e9, passant de 27,9 ans pour celles n\u00e9es en 1935 \u00e0 27,2 ans pour celles n\u00e9es en 1950.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Phase de retardement de l\u2019\u00e2ge \u00e0 la naissance des enfants<\/em> (1978-1990)&nbsp;: La DF se stabilise aux alentours de 1,7 \u2013 1,8 enfants par femme chez les g\u00e9n\u00e9rations de femmes n\u00e9es entre 1950 et 1960, alors que l\u2019ICF est stabilis\u00e9 \u00e0 1,5 enfants (Figure 1). A cette stabilisation de la DF et de l\u2019ICF correspond un retardement de l\u2019\u00e2ge \u00e0 la naissance des enfants. L\u2019\u00e2ge \u00e0 la naissance des enfants recule de 27,4 ans \u00e0 28,7 ans pour les g\u00e9n\u00e9rations n\u00e9es entre 1950 et 1960.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Nouvelle phase de diminution de la f\u00e9condit\u00e9<\/em> (1990-2000)&nbsp;: Les g\u00e9n\u00e9rations n\u00e9es entre 1960 et 1970 diminuent leur f\u00e9condit\u00e9. La DF passe de 1,8 enfant par femme \u00e0 1,64. Les femmes de ces g\u00e9n\u00e9rations ont continu\u00e9 \u00e0 reporter la naissance de leurs enfants, l\u2019\u00e2ge moyen \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 passant de 28,7 ans chez les femmes n\u00e9es en 1960 \u00e0 30,3 ans pour celles n\u00e9es en 1970.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Nouvelle augmentation de l\u2019\u00e2ge \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9<\/em>&nbsp;: Le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 voit une diminution des ICF \u00e0 40 et 50 ans. L\u2019ICF passe en dessous de la barre symbolique de 1,4 enfant par femme en 2001, mais atteint de nouveau 1,5 enfant par femme \u00e0 partir de 2009. La DF \u00e0 40 ans des femmes n\u00e9es entre 1970 et 1982 reste stable \u00e0 1.6 enfants par femme environ, indiquant que les fluctuations de l\u2019ICF durant les ann\u00e9es 2000 ont correspondu \u00e0 un nouveau report de l\u2019\u00e2ge \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9. Ainsi, chez les femmes n\u00e9es entre 1970 et 1982, et pour les femmes \u00e2g\u00e9es de 40 ans ou moins, l\u2019\u00e2ge moyen \u00e0 la naissance est pass\u00e9 de 29,8 ans \u00e0 30,8 ans.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Phase d\u2019incertitude sur l\u2019\u00e9volution de la f\u00e9condit\u00e9<\/em> (\u00e0 partir de 2020)&nbsp;: l\u2019ICF passe de 1,46 \u00e0 1,51 entre 2020 et 2021, marquant une l\u00e9g\u00e8re augmentation de la f\u00e9condit\u00e9 durant la pand\u00e9mie de COVID-19 (Rausa &amp; Borioli, 2023), mais redescend \u00e0 1,39 en 2022. Les indicateurs longitudinaux de type DF ne nous permettent pas, pour l\u2019instant, d\u2019appr\u00e9hender cette nouvelle fluctuation de l\u2019ICF, en raison d&#8217;un manque de recul temporel. Nous pouvons d\u00e8s lors nous demander si cette diminution de l\u2019ICF est due \u00e0 un nouveau report de l\u2019\u00e2ge \u00e0 la naissance des enfants, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas dans les ann\u00e9es 2000, ou \u00e0 une nouvelle baisse de la f\u00e9condit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La forte pr\u00e9gnance de la norme de deux enfants par femme<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour mieux comprendre la diminution de la f\u00e9condit\u00e9 durant les ann\u00e9es 1960 et 70 (phase 2) ainsi que durant les ann\u00e9es 1990 (phase 4) nous calculons des probabilit\u00e9s d\u2019agrandissement de famille (Devolder, 2018). Le Tableau 1 reporte ces probabilit\u00e9s d\u2019agrandissement pour les femmes n\u00e9es entre 1931 et 1935 \u2013 les derni\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations de parents des baby-boomers \u2013 ainsi que pour celles n\u00e9es entre 1946 et 1950, qui avaient eu en moyenne moins d\u2019enfants que les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. Les probabilit\u00e9s d\u2019agrandissement selon le rang de naissance permettent ainsi de suivre la f\u00e9condit\u00e9 des femmes \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un processus, le passage d\u2019aucun \u00e0 un enfant, puis d\u2019un \u00e0 deux enfants, etc<sup><a id=\"post-4514-footnote-ref-2\" href=\"#post-4514-footnote-2\">[1]<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>La probabilit\u00e9 de mettre au monde un premier ou un deuxi\u00e8me enfant varie peu entre les deux groupes de g\u00e9n\u00e9rations. En revanche, il y a une tr\u00e8s forte diminution de la probabilit\u00e9 de donner naissance \u00e0 un troisi\u00e8me (-22 points de pourcentage), \u00e0 un quatri\u00e8me (-18 points), voire \u00e0 un cinqui\u00e8me enfant (-14 points) chez les femmes n\u00e9es entre 1946 et 1950.<\/p>\n\n\n\n<p>Tableau 1&nbsp;: Probabilit\u00e9s d\u2019agrandissement du nombre d\u2019enfants pour les g\u00e9n\u00e9rations n\u00e9es entre 1931-1935 et entre 1946-1950 (en %)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><strong>Agrandissement du nombre d\u2019enfant<\/strong><\/td><td><strong>G\u00e9n\u00e9rations des femmes n\u00e9es en 1931-35<\/strong><\/td><td><strong>G\u00e9n\u00e9rations des femmes n\u00e9es en 1946-50<\/strong><\/td><\/tr><tr><td>0 \u2192 1<\/td><td>84,1<\/td><td>81,7<\/td><\/tr><tr><td>1 \u2192 2<\/td><td>83,1<\/td><td>79,2<\/td><\/tr><tr><td>2 \u2192 3<\/td><td>56,6<\/td><td>34,2<\/td><\/tr><tr><td>3 \u2192 4<\/td><td>43,7<\/td><td>26,0<\/td><\/tr><tr><td>4 \u2192 5<\/td><td>33,2<\/td><td>19,6<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><figcaption class=\"wp-element-caption\">Source&nbsp;: IPUMS<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>La diminution de la f\u00e9condit\u00e9 correspond ainsi \u00e0 l\u2019adoption par un grand nombre de couples de la norme de deux enfants, au d\u00e9triment de la constitution de familles nombreuses avec trois, quatre voire cinq enfants (Rusterholz, 2017). Cette diminution du nombre d\u2019enfants r\u00e9sulte de multiples facteurs parmi lesquels l\u2019expansion de la formation des femmes joue un r\u00f4le important. Les femmes n\u00e9es entre 1946 et 1950 ont acc\u00e9d\u00e9 plus souvent \u00e0 un niveau d\u2019\u00e9tudes post-obligatoires (formation professionnelle ou fili\u00e8res g\u00e9n\u00e9rales) que les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. La moiti\u00e9 des femmes (50%) appartenant \u00e0 ces g\u00e9n\u00e9rations a ainsi atteint un niveau d\u2019\u00e9tudes du secondaire sup\u00e9rieur contre seulement un peu plus d\u2019un tiers (37%) pour celles n\u00e9es entre 1931 et 1935. La proportion de femmes atteignant un niveau d\u2019\u00e9tudes tertiaire est stable \u00e0 16% dans les deux groupes. Or, le Tableau 2 indique que parmi les femmes n\u00e9es entre 1946 et1950, ce sont celles qui ont atteint ce niveau d\u2019\u00e9tudes du secondaire sup\u00e9rieur qui ont adopt\u00e9 le plus fr\u00e9quemment cette norme de deux enfants. La probabilit\u00e9 d&#8217;agrandir sa famille de deux \u00e0 trois enfants est ainsi de 11% moins \u00e9lev\u00e9s chez ces femmes que chez les femmes n\u2019ayant pas de formation post-obligatoire. Les femmes ayant un niveau d\u2019\u00e9tudes tertiaires apparaissent tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes du point de vue de leur nombre d\u2019enfants, les probabilit\u00e9s d\u2019agrandissement \u00e9tant moins \u00e9lev\u00e9es en ce qui concerne le premier et le deuxi\u00e8me enfant, mais plus \u00e9lev\u00e9s \u00e0 partir du troisi\u00e8me enfant en comparaison avec les femmes ayant un niveau d\u2019\u00e9tudes du secondaire sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Tableau 2&nbsp;: Probabilit\u00e9s d\u2019agrandir sa famille pour les femmes n\u00e9es entre 1946-1950, selon le niveau de formation (en %)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><strong>Agrandissement<\/strong><\/td><td><strong>Total<\/strong><\/td><td><strong>Ecole obligatoire<\/strong><\/td><td><strong>Post-obligatoire<\/strong><\/td><td><strong>Niveau tertiaire<\/strong><\/td><\/tr><tr><td>0 \u2192 1<\/td><td>81,7<\/td><td>87,4<\/td><td>80,1<\/td><td>75,1<\/td><\/tr><tr><td>1 \u2192 2<\/td><td>79,2<\/td><td>81,8<\/td><td>79,1<\/td><td>72,8<\/td><\/tr><tr><td>2 \u2192 3<\/td><td>34,2<\/td><td>40,1<\/td><td>29,0<\/td><td>36,8<\/td><\/tr><tr><td>3 \u2192 4<\/td><td>26,0<\/td><td>29,7<\/td><td>21,0<\/td><td>28,7<\/td><\/tr><tr><td>4 \u2192 5<\/td><td>19,6<\/td><td>21,4<\/td><td>15,1<\/td><td>23,2<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><figcaption class=\"wp-element-caption\">Source&nbsp;: IPUMS<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ses travaux sur les parents du post baby-boom, Rusterholz (2017) indique que les femmes ayant atteint un niveau du secondaire sup\u00e9rieur, souvent issues des classes moyennes ou dont la famille \u00e9tait en mobilit\u00e9 sociale ascendante, ont adopt\u00e9 des normes de parentalit\u00e9 et de styles \u00e9ducatif intensifs (Hays, 1996; Kellerhals &amp; Montandon, 1991; Lareau, 2018; Odier, 2018). Ces styles \u00e9ducatifs contemporains n\u00e9cessitent une forte implication des parents, plus particuli\u00e8rement des m\u00e8res, comparativement aux styles \u00e9ducatifs jusque-l\u00e0 en vigueur. Selon Rusterholz (2017), limiter la famille \u00e0 deux enfants visait \u00e0 privil\u00e9gier la \u00ab&nbsp;qualit\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e9ducative d\u2019un nombre plus restreint d\u2019enfant. Ces g\u00e9n\u00e9rations de femmes sont, en outre, les premi\u00e8res \u00e0 revenir sur le march\u00e9 du travail, le plus souvent \u00e0 temps partiel, apr\u00e8s avoir interrompu leur carri\u00e8re professionnelle au moment de la naissance de leurs enfants (Diserens &amp; Briant, 1996), leur salaire jouant \u00e0 l\u2019\u00e9poque un r\u00f4le d\u2019appoint (Rusterholz, 2017). Signalons enfin que ces g\u00e9n\u00e9rations ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 des techniques nouvelles de contraception comme la pilule, le st\u00e9rilet, voire les st\u00e9rilisation f\u00e9minines et masculines qui sont assez fr\u00e9quentes en Suisse (Le Goff, 2005a). Ces techniques sont, entre autres, mises au service de la planification familiale en vue de limiter le nombre d\u2019enfants (contraception d\u2019arr\u00eat) et s\u2019av\u00e8rent plus efficaces que celles utilis\u00e9es en Europe parmi les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes (co\u00eft interrompu, pr\u00e9servatif en caoutchoux, cf. Santow, 1995).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Tableau 3, nous nous tournons vers les femmes n\u00e9es dans les ann\u00e9es 1960 qui ont aussi diminu\u00e9 leur f\u00e9condit\u00e9 par rapport aux g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. Les probabilit\u00e9s d\u2019agrandissement des familles restent tr\u00e8s semblables \u00e0 celles qui avaient \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es pour les femmes n\u00e9es entre 1946 et 1950, indiquant la persistance de la norme de deux enfants. Tout au plus remarquons-nous une augmentation de la part des femmes sans enfant, qui franchit la barre symbolique des 20%. Cette augmentation de l\u2019inf\u00e9condit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 document\u00e9e par Burkimsher et Zeman (2017) et Sauvain-Dugerdil et Millogo (2018)<\/p>\n\n\n\n<p>Tableau 3&nbsp;: Probabilit\u00e9s d\u2019agrandir sa famille pour les femmes n\u00e9es entre 1961-1970, selon le niveau de formation (en %)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><strong>Agrandissement<\/strong><\/td><td><strong>Total<\/strong><\/td><td><strong>Ecole obligatoire<\/strong><\/td><td><strong>Post-obligatoire<\/strong><\/td><td><strong>Niveau tertiaire<\/strong><\/td><\/tr><tr><td>0 \u2192 1<\/td><td>78,8<\/td><td>88,7<\/td><td>80,9<\/td><td>71,8<\/td><\/tr><tr><td>1 \u2192 2<\/td><td>79,2<\/td><td>80,0<\/td><td>80,3<\/td><td>78,0<\/td><\/tr><tr><td>2 \u2192 3<\/td><td>35,8<\/td><td>39,4<\/td><td>37,7<\/td><td>31,3<\/td><\/tr><tr><td>3 \u2192 4<\/td><td>24,0<\/td><td>34,0<\/td><td>22,3<\/td><td>22,1<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><figcaption class=\"wp-element-caption\">Source&nbsp;: PSM<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9finitive, l\u2019augmentation de la part des femmes sans enfant apparait ainsi \u00eatre la cause principale de la diminution de la f\u00e9condit\u00e9 dans ces g\u00e9n\u00e9rations. Ces femmes ont de plus en plus souvent poursuivi des \u00e9tudes, non seulement pour atteindre le niveau du secondaire sup\u00e9rieur (51%), mais beaucoup d\u2019entre elles ont aussi fait des \u00e9tudes tertiaires (36%). Seulement 13% des femmes de ces g\u00e9n\u00e9rations n\u2019ont pas d\u00e9pass\u00e9 le niveau d\u2019\u00e9cole obligatoire. Les femmes ayant un niveau d\u2019\u00e9tudes tertiaires se polarisent entre deux groupes&nbsp;: Pr\u00e8s de 30%, ce qui constitue une minorit\u00e9 non-n\u00e9gligeable, restent sans enfant, alors que la plupart des autres ont adopt\u00e9 le mod\u00e8le de la famille \u00e0 deux enfants.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif de cette \u00e9tude \u00e9tait de mieux comprendre l&#8217;\u00e9volution de la f\u00e9condit\u00e9 en Suisse depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour ce faire, nous avons compar\u00e9 l&#8217;indice conjoncturel de f\u00e9condit\u00e9 et l\u2019indicateur de la descendance finale. En compl\u00e9ment, l&#8217;analyse des probabilit\u00e9s d&#8217;agrandissement des familles (Devolder, 2018) nous a aid\u00e9s \u00e0 mieux comprendre la baisse de la f\u00e9condit\u00e9 apr\u00e8s le baby-boom, notamment en tenant compte des niveaux d\u2019\u00e9ducation des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos r\u00e9sultats montrent qu\u2019un mod\u00e8le familial compos\u00e9 de deux enfants par m\u00e9nage s\u2019est progressivement impos\u00e9 en Suisse apr\u00e8s le baby-boom. Parall\u00e8lement \u00e0 cette \u00e9volution du nombre d\u2019enfants par femme, l\u2019\u00e2ge moyen \u00e0 la naissance a augment\u00e9, alors qu&#8217;il avait diminu\u00e9 durant le baby-boom. Ce retardement r\u00e9sulte non seulement d\u2019un effet \u00ab&nbsp;m\u00e9canique&nbsp;\u00bb d\u00fb \u00e0 la prolongation des \u00e9tudes&nbsp;; mais il refl\u00e8te \u00e9galement d\u2019autres difficult\u00e9s, telles que l\u2019allongement de la p\u00e9riode d\u2019insertion professionnelle ou la recherche du partenaire id\u00e9al, contribuant ainsi au mythe du \u00ab&nbsp;bon moment&nbsp;\u00bb pour avoir un enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1990, un nouveau mod\u00e8le de parcours de vie sans enfant \u00e9merge et prend de l\u2019ampleur. Ainsi, nous montrons une tension croissante entre un mod\u00e8le traditionnel \u00e0 deux enfants et un mod\u00e8le familial sans enfant. Rester sans enfant, volontairement ou non (Sauvain-Dugerdil, 2005), remet en question l\u2019ordre social, en questionnant les normes de genre de la soci\u00e9t\u00e9 dans la mesure o\u00f9 la maternit\u00e9 reste encore fortement associ\u00e9e \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9. Ce choix se retrouve majoritairement chez les femmes ayant poursuivi des \u00e9tudes tertiaires qui souvent aspirent \u00e0 une carri\u00e8re professionnelle. Les tensions provoqu\u00e9es par le dilemme auquel ces femmes sont souvent confront\u00e9es, \u00e0 savoir investir dans une carri\u00e8re prometteuse ou se conformer aux normes familiales (Le Goff, 2005b), peuvent \u00eatre exacerb\u00e9es par le manque de politiques de soutien adapt\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Les politiques familiales jouent un r\u00f4le crucial en offrant des services de garde d&#8217;enfants subventionn\u00e9s et d&#8217;autres formes de soutien (Bauernschuster et al., 2016; Olivetti &amp; Petrongolo, 2017), permettant ainsi aux femmes de concilier plus facilement leurs responsabilit\u00e9s professionnelles et familiales, et contribuant \u00e0 favoriser la f\u00e9condit\u00e9. L&#8217;Allemagne en est un bon exemple, tandis que l&#8217;Italie, qui offre peu de solutions de conciliation travail-famille, conna\u00eet une f\u00e9condit\u00e9 basse avec la norme de l\u2019enfant unique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les normes sociales valorisant l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des sexes jouent \u00e9galement un r\u00f4le important sur la f\u00e9condit\u00e9. Une plus grande implication des p\u00e8res dans les soins aux enfants r\u00e9duit les d\u00e9saccords entre partenaires sur la question d&#8217;avoir des enfants (Doepke, Hannusch, Kindermann, &amp; Tertilt, 2023). De plus, encourager la participation des femmes au march\u00e9 du travail contribue \u00e0 cr\u00e9er un environnement propice \u00e0 la compatibilit\u00e9 carri\u00e8re-famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, des march\u00e9s du travail flexibles (Mills et al., 2011), offrant des options telles que le t\u00e9l\u00e9travail et des horaires de travail adapt\u00e9s, permettent aux parents de mieux g\u00e9rer leurs responsabilit\u00e9s professionnelles et familiales. Les pays scandinaves ont r\u00e9ussi \u00e0 am\u00e9liorer leur f\u00e9condit\u00e9 en d\u00e9veloppant \u00e0 la fois des politiques familiales, l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des sexes et une plus grande flexibilit\u00e9 professionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, l\u2019id\u00e9e que la promotion de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes serait synonyme <em>in fine<\/em> d\u2019une f\u00e9condit\u00e9 plus haute est contrecarr\u00e9e par la baisse de la f\u00e9condit\u00e9 dans les pays o\u00f9 de telles politiques ont \u00e9t\u00e9 mises en place, typiquement en France (Br\u00e9e &amp; Breton, 2023) ou dans les pays scandinaves, ainsi qu\u2019en Allemagne (Sobotka et al., 2019&nbsp;; Sobotka &amp; Berghammer, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la Suisse, les fluctuations actuelles de l&#8217;indice conjoncturel de f\u00e9condit\u00e9 refl\u00e8tent les choix de maternit\u00e9 des femmes n\u00e9es dans les ann\u00e9es 1990. Les donn\u00e9es disponibles ne permettent pas encore de d\u00e9terminer si ces fluctuations indiquent une v\u00e9ritable diminution de la f\u00e9condit\u00e9, une progression de l\u2019inf\u00e9condit\u00e9, ou simplement un report de l&#8217;\u00e2ge \u00e0 la maternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Elles sont calcul\u00e9es en rapportant dans un groupe de g\u00e9n\u00e9rations donn\u00e9 le nombre de femmes ayant eu au moins n enfants \u00e0 celui des femmes ayant eu au moins n-1 enfants. <a href=\"#post-4514-footnote-ref-2\">\u2191<\/a><\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Un r\u00e9cent rapport de l\u2019OCDE (2024), s&#8217;inscrivant dans la continuit\u00e9 de plusieurs \u00e9tudes ant\u00e9rieures, met en lumi\u00e8re une baisse de la f\u00e9condit\u00e9 dans la majorit\u00e9 des r\u00e9gions du monde, et plus particuli\u00e8rement sur le continent Europ\u00e9en. Parall\u00e8lement \u00e0 cette diminution g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, une tendance croissante \u00e0 la maternit\u00e9 tardive s\u2019y dessine (Billari et al., 2007&nbsp;; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-4514","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4514","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4514"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4514\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4557,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4514\/revisions\/4557"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4514"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4514"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4514"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}