{"id":4782,"date":"2026-05-04T16:01:31","date_gmt":"2026-05-04T14:01:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=4782"},"modified":"2026-05-04T16:01:32","modified_gmt":"2026-05-04T14:01:32","slug":"confiance-sociale-en-suisse-2002-2024-les-aines-progressent-les-jeunes-stagnent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=4782","title":{"rendered":"Confiance sociale en Suisse (2002-2024) : les a\u00een\u00e9s progressent, les jeunes stagnent"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction <\/h2>\n\n\n\n<p>\n  La confiance sociale, c\u2019est-\u00e0-dire croire en la fiabilit\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des autres membres de la soci\u00e9t\u00e9, constitue une base fondamentale d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 coh\u00e9sive et fonctionnelle. La recherche en sociologie, science politique et psychologie consid\u00e8re la confiance sociale comme un \u00e9l\u00e9ment central du capital social et un facteur d\u00e9terminant de l\u2019\u00e9tat du bien-\u00eatre d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. La confiance sociale facilite la coop\u00e9ration entre les membres de la soci\u00e9t\u00e9 (Putnam et al. 1994), en plus d\u2019agir comme une contrainte morale, encourageant l\u2019innovation et l\u2019efficacit\u00e9, et d\u00e9courageant le mensonge, la fraude et le vol (Rahn et Transue 1998). De plus, les soci\u00e9t\u00e9s ayant un haut taux de confiance sociale b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une plus grande satisfaction de vie (Balliet et Van Lange 2013). \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  En p\u00e9riode de polarisation politique et de mobilisations anti-\u00e9tablissement, la confiance joue un r\u00f4le important dans le maintien de la d\u00e9mocratie. Elle favorise l\u2019instauration d\u2019identit\u00e9s et d\u2019int\u00e9r\u00eats communs entre les citoyens et leurs repr\u00e9sentants (Lenard 2005) et soutient l\u2019adh\u00e9sion aux normes d\u00e9mocratiques (Rahn et Transue 1998). En d\u2019autres mots, elle garantit que la gouvernance est per\u00e7ue comme l\u00e9gitime, r\u00e9duit les conflits et favorise la coop\u00e9ration.\n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Cependant, les inqui\u00e9tudes vis-\u00e0-vis de la confiance sociale s\u2019intensifient, car elle semble diminuer dans certaines r\u00e9gions du monde. Aux \u00c9tats-Unis, chaque g\u00e9n\u00e9ration depuis les ann\u00e9es 1940 fait moins confiance aux autres que la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente. Ce d\u00e9clin est particuli\u00e8rement marqu\u00e9 chez les personnes n\u00e9es apr\u00e8s 1965&nbsp;: contrairement aux g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes, leur niveau de confiance n\u2019augmente plus avec l\u2019\u00e2ge. Le r\u00e9sultat est un d\u00e9clin continu de la confiance sociale (Rahn et Transue 1998; Clark et Eisenstein 2013). Compte tenu du remplacement des g\u00e9n\u00e9rations plus \u00e2g\u00e9es et plus confiantes par des g\u00e9n\u00e9rations plus jeunes et plus m\u00e9fiantes, la confiance sociale continuera \u00e0 diminuer (Schwadel et Stout 2012). Plusieurs auteurs interpr\u00e8tent cette \u00e9rosion comme faisant partie d\u2019une tendance plus large de d\u00e9senchantement dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales, marqu\u00e9e par une m\u00e9fiance envers les institutions, une baisse de l\u2019int\u00e9gration communautaire et un affaiblissement des liens familiaux (Stolle et Hooghe 2005). En effet, les personnes n\u00e9es apr\u00e8s 1968 \u00e9voluent dans un environnement caract\u00e9ris\u00e9 par une confiance plus faible envers les institutions, un affaiblissement de l\u2019engagement civique et \u00e0 la mont\u00e9e d\u2019un militantisme centr\u00e9 sur des enjeux sp\u00e9cifiques, des conditions peu propices au d\u00e9veloppement de la confiance sociale (Jennings et Stoker 2004). Une diminution marqu\u00e9e de la confiance sociale est \u00e9galement constat\u00e9e en Asie et en Afrique depuis le milieu des ann\u00e9es 2000 (Roth 2025; Integrated Values Surveys et Our World in Data 2025)<sup><sup><a href=\"#post-4782-footnote-1\" id=\"post-4782-footnote-ref-1\">[1]<\/a><\/sup><\/sup>. En revanche, dans les pays d\u2019Europe du Nord et de l\u2019Ouest, la confiance a augment\u00e9 entre 2000 et 2015, puis est rest\u00e9e stable jusqu\u2019en 2020 (Roth 2025). Le niveau et l\u2019\u00e9volution de la confiance sociale varient donc consid\u00e9rablement, tant \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale que nationale.\n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Dans cette contribution, nous examinons si une \u00ab crise de la confiance \u00bb est observable en Suisse. A cette fin, nous documentons l\u2019\u00e9volution de la confiance sociale sur les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, en portant une attention particuli\u00e8re aux diff\u00e9rences entre g\u00e9n\u00e9rations, niveaux d\u2019\u00e9ducation et genres. \n<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les enqu\u00eates et leur mesure de la confiance<\/h2>\n\n\n\n<p>\n  Nous utilisons deux sources de donn\u00e9es pour analyser l\u2019\u00e9volution de la confiance sociale&nbsp;: le Panel suisse de m\u00e9nages (PSM) et l\u2019European Social Survey (ESS). \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Le PSM est une enqu\u00eate annuelle men\u00e9e depuis 1999 aupr\u00e8s d\u2019\u00e9chantillons al\u00e9atoires de la population vivant dans des m\u00e9nages priv\u00e9s en Suisse (voir Tillmann et al. 2016). Les participants ont 14 ans ou plus et sont invit\u00e9s \u00e0 participer chaque ann\u00e9e. Les \u00e9chantillons datent de 1999, 2004, 2013 et 2020. Notre \u00e9chantillon contient 184\u2019731 observations provenant de 30\u2019141 individus, que nous analysons de 2005 \u00e0 2024. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Le taux de non-r\u00e9ponse (\u00ab&nbsp;ne sait pas&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;pas de r\u00e9ponse&nbsp;\u00bb) \u00e0 la question sur la confiance sociale est faible, mais les personnes les moins confiantes quittent plus souvent l\u2019enqu\u00eate, ce qui peut entrainer une surestimation du niveau de confiance sociale et la sous-estimation d\u2019une \u00e9ventuelle baisse de la confiance dans le temps. Nous compl\u00e9tons donc l\u2019analyse avec une deuxi\u00e8me source de donn\u00e9es, l\u2019European Social Survey (ESS), qui est une enqu\u00eate transversale et qui n\u2019est donc pas confront\u00e9e \u00e0 ce probl\u00e8me de perte des r\u00e9pondants. L\u2019ESS a d\u00e9but\u00e9 en 2002 et a lieu tous les deux ans. Le nombre de r\u00e9pondants varie entre 2&#8217;040 (2002) et 1&#8217;384 (2022).\n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Il existe de nombreuses fa\u00e7ons de mesurer la confiance sociale. Nous utilisons la question suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Diriez-vous qu&#8217;on peut faire confiance \u00e0 la plupart des gens ou qu&#8217;on n&#8217;est jamais assez prudent lorsqu&#8217;on a \u00e0 faire aux autres ?&nbsp;\u00bb, avec des r\u00e9ponses allant de 0 (\u00ab on n\u2019est jamais assez prudent \u00bb) \u00e0 10 (\u00ab on peut faire confiance \u00e0 la plupart des gens \u00bb).<em> <\/em>Cette mesure a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e par le pass\u00e9 car elle peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e de nombreuses fa\u00e7ons, ce qui peut limiter la comparabilit\u00e9 entre groupes, pays ou dans le temps (Nannestad 2008). Or, elle existe depuis 1948 et a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans de nombreuses grandes enqu\u00eates, telles que le World et European Values Survey. Surtout, elle s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e fiable dans le temps : les r\u00e9sultats obtenus restent coh\u00e9rents d&#8217;une mesure \u00e0 l&#8217;autre, et ils correspondent \u00e0 ce qu&#8217;on observe dans la r\u00e9alit\u00e9, comme par exemple le lien entre la confiance sociale et le taux de criminalit\u00e9.\n<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de la confiance sociale <\/h2>\n\n\n\n<p>\n  La figure 1 montre l\u2019\u00e9volution de la confiance sociale en Suisse depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 et ne montre aucune tendance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la baisse. Au contraire, le niveau de confiance sociale a l\u00e9g\u00e8rement augment\u00e9 entre 2005 et 2011 et le pic de la confiance sociale a \u00e9t\u00e9 atteint en 2017\/2018. L\u2019analyse de l\u2019enqu\u00eate ESS confirme les tendances observ\u00e9es. Si le niveau de confiance est l\u00e9g\u00e8rement plus bas dans l\u2019ESS que dans le PSM, les variations sont similaires dans les donn\u00e9es du PSM \u00e0 partir de 2014, avec des pics de confiance sociale observ\u00e9s en 2016 et 2020. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Figure 1&nbsp;: L\u2019\u00e9volution de la confiance sociale en Suisse \n<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1385\" height=\"831\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4783\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-1.png 1385w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-1-300x180.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-1-1024x614.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-1-768x461.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1385px) 100vw, 1385px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\n  Contrairement aux constats faits aux \u00c9tats-Unis (e.g Clark et Eisenstein 2013), aucun d\u00e9clin de la confiance sociale ne peut donc \u00eatre observ\u00e9 en Suisse durant les deux premi\u00e8res d\u00e9cennies du 21<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Pourtant, la confiance moyenne conna\u00eet des hausses et des baisses depuis 2016. Ces variations peuvent \u00eatre li\u00e9es \u00e0 des effets de p\u00e9riode, le remplacement des g\u00e9n\u00e9rations (cohortes plus ou moins confiantes) ou encore l\u2019\u00e9volution de la composition par \u00e2ge de la population.\n<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La confiance selon les groupes socio-d\u00e9mographiques <\/h2>\n\n\n\n<p>\n  La figure 2 montre que la confiance sociale varie selon le niveau d\u2019\u00e9ducation et que les diff\u00e9rences sont rest\u00e9es stables dans le temps. Les personnes ayant suivi une formation tertiaire affichent le niveau de confiance le plus \u00e9lev\u00e9, tandis que celles ayant un niveau de formation obligatoire pr\u00e9sentent le niveau le plus faible. Plusieurs facteurs explicatifs ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s \u00e0 ce sujet. Premi\u00e8rement, l\u2019\u00e9ducation est li\u00e9e \u00e0 des ressources socio-\u00e9conomiques plus importantes, comme un revenu plus \u00e9lev\u00e9, qui r\u00e9duit en cons\u00e9quence la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux risques sociaux et les co\u00fbts de la confiance envers autrui (Brandt et al. 2015). Deuxi\u00e8mement, l\u2019\u00e9ducation peut renforcer la capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer le risque, \u00e0 interpr\u00e9ter l\u2019information et \u00e0 comprendre les comportements d\u2019autrui, ce qui facilite l\u2019\u00e9valuation de la fiabilit\u00e9 des autres et rend le fait de leur accorder sa confiance moins risqu\u00e9 (Huang et al. 2011). Troisi\u00e8mement, elle peut favoriser une perception plus positive de la soci\u00e9t\u00e9 et des institutions, telles que le syst\u00e8me l\u00e9gal ou l\u2019\u00c9tat social, contribuant ainsi \u00e0 soutenir la confiance sociale (Rothstein et Uslaner 2005). Par ailleurs, l\u2019environnement social de l\u2019\u00e9ducation expose les individus \u00e0 des pairs issus de milieux divers, favorisant l\u2019ouverture et la tol\u00e9rance envers l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 (Huang et al. 2011). \n<\/p>\n\n\n\n<p><br>  Figure 2&nbsp;: L\u2019\u00e9volution de la confiance sociale en Suisse selon le niveau d\u2019\u00e9ducation<br>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1429\" height=\"857\" class=\"wp-image-4784\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-2.png\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-2.png 1429w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-2-300x180.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-2-1024x614.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-2-768x461.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1429px) 100vw, 1429px\" \/><br>Donn\u00e9es&nbsp;: Panel suisse de m\u00e9nages (2005-2024) <\/p>\n\n\n\n<p>\n  En ce qui concerne le genre (figure 3), les femmes sont l\u00e9g\u00e8rement plus confiantes que les hommes, mais cette diff\u00e9rence est mineure. En outre, la confiance des hommes et des femmes \u00e9volue de mani\u00e8re parall\u00e8le.\n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Figure 3&nbsp;: L\u2019\u00e9volution de la confiance sociale selon le genre\n<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1383\" height=\"921\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4785\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-3.png 1383w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-3-300x200.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-3-1024x682.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-3-768x511.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1383px) 100vw, 1383px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\n  Donn\u00e9es&nbsp;: Panel suisse de m\u00e9nages (2005-2024) \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Concernant l\u2019\u00e2ge (figure 4), nous constatons des r\u00e9sultats diff\u00e9rents de ceux des figures pr\u00e9c\u00e9dentes. Plus nous avan\u00e7ons dans le temps, plus les \u00e9carts entre les diff\u00e9rents groupes d\u2019\u00e2ge se creusent. Il y a deux causes pour cet \u00e9cart&nbsp;: d\u2019abord, la confiance des personnes \u00e2g\u00e9es de plus de 65 ans a consid\u00e9rablement augment\u00e9 ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies. En 2024, ce groupe pr\u00e9sente ainsi un niveau de confiance sociale plus \u00e9lev\u00e9 que celui des groupes plus jeunes. \u00c0 l\u2019inverse, la confiance des jeunes \u00e2g\u00e9s de 14 \u00e0 25 ans a diminu\u00e9 entre 2014 et 2022<sup><sup><a href=\"#post-4782-footnote-2\" id=\"post-4782-footnote-ref-2\">[2]<\/a><\/sup><\/sup>.<sup> <\/sup>Les deux derni\u00e8res ann\u00e9es observ\u00e9es sugg\u00e8rent une tendance \u00e0 la hausse chez les plus jeunes, mais leur niveau de confiance reste inf\u00e9rieur \u00e0 celui des autres groupes.\n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Le niveau de confiance varie \u00e9galement selon d\u2019autres facteurs. Les nationaux suisses sont en moyenne plus confiants que les personnes de nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re. Les individus fortement religieux affichent un niveau de confiance plus \u00e9lev\u00e9 que celui des individus non-religieux. D\u2019autres facteurs montrant un lien positif avec la confiance sociale sont la taille du r\u00e9seau social (par exemple, le nombre d\u2019amis), le fait d\u2019avoir des enfants, une bonne sant\u00e9 mentale subjective et un niveau \u00e9lev\u00e9 de ressources \u00e9conomiques (revenu, fortune, satisfaction avec la situation financi\u00e8re). \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, les \u00e9v\u00e8nements de vie n\u00e9gatifs (par exemple&nbsp;: les accidents) diminuent la confiance sociale. Le lien entre ces facteurs et la confiance sociale n\u2019a pas chang\u00e9 dans le temps. L\u2019\u00e2ge constitue donc une exception o\u00f9 les diff\u00e9rents groupes pr\u00e9sentent des trajectoires distinctes. \n<\/p>\n\n\n\n<p><br>  Figure 4\u00a0: L\u2019\u00e9volution de la confiance sociale en Suisse selon l\u2019\u00e2ge<br>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1426\" height=\"856\" class=\"wp-image-4786\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-4.png\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-4.png 1426w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-4-300x180.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-4-1024x615.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-4-768x461.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1426px) 100vw, 1426px\" \/><br>Donn\u00e9es\u00a0: Panel suisse de m\u00e9nages (2005-2024) <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Confiance par g\u00e9n\u00e9ration<\/h2>\n\n\n\n<p>\n  Compte tenu de l&#8217;\u00e9cart croissant en mati\u00e8re de confiance sociale entre les diff\u00e9rents groupes d&#8217;\u00e2ge, nous distinguons dans un second temps l\u2019effet de l&#8217;\u00e2ge et l\u2019effet des cohortes de naissance, qui sont illustr\u00e9s dans la figure 5. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Concernant l\u2019\u00e2ge, nous observons une augmentation de la confiance durant le parcours de la vie. Cet effet est particuli\u00e8rement marqu\u00e9 pendant la jeunesse et le d\u00e9but de l\u2019\u00e2ge adulte, ce qui sugg\u00e8re un effet de socialisation : au fil du temps, les individus d\u00e9veloppent une plus grande confiance envers autrui. Puis, la confiance continue de cro\u00eetre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de la retraite, o\u00f9 elle atteint un niveau \u00e9lev\u00e9 qu\u2019elle conserve ensuite.\n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Pour la perspective g\u00e9n\u00e9rationnelle, la figure 5 distingue la g\u00e9n\u00e9ration silencieuse (n\u00e9e avant 1946), les baby-boomers (n\u00e9s entre 1946 et 1964), la g\u00e9n\u00e9ration X (n\u00e9e entre 1965 et 1980), les millennials (n\u00e9s entre 1981 et 1996) et la g\u00e9n\u00e9ration Z (n\u00e9e depuis 1997). Chaque g\u00e9n\u00e9ration n\u2019a pu \u00eatre observ\u00e9e que sur une partie de son parcours de vie. N\u00e9anmoins, deux g\u00e9n\u00e9rations se d\u00e9marquent de mani\u00e8re l\u00e9g\u00e8re mais statistiquement significative : les baby-boomers ont un niveau de confiance sociale plus \u00e9lev\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9ration Z, quant \u00e0 elle, un niveau l\u00e9g\u00e8rement plus bas. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Pour les baby-boomers, ces r\u00e9sultats sont coh\u00e9rents avec la litt\u00e9rature scientifique, qui attribue le niveau \u00e9lev\u00e9 de la confiance de cette g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 son contexte de socialisation, marqu\u00e9 par l\u2019apr\u00e8s-guerre, une p\u00e9riode de croissance \u00e9conomique, d\u2019optimisme et d\u2019engagement civique (Uslaner 2000). Pour la g\u00e9n\u00e9ration Z, le niveau de confiance mesur\u00e9 durant l\u2019adolescence est l\u00e9g\u00e8rement plus bas que celui de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente, les millennials, mais cet \u00e9cart a diminu\u00e9 entre l\u2019\u00e2ge de 20 et 25 ans. En raison du nombre limit\u00e9 d\u2019ann\u00e9es d\u2019observation, les donn\u00e9es ne nous permettent pas encore de savoir si la g\u00e9n\u00e9ration Z rattrapera son retard ou si elle restera \u00e0 un niveau de confiance plus faible. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, certains facteurs permettent d\u2019esp\u00e9rer un rattrapage comme les transitions cl\u00e9s de la vie, notamment le d\u00e9part du foyer parental ou la fin plus tardive de la formation. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les jeunes g\u00e9n\u00e9rations restent expos\u00e9es \u00e0 des risques susceptibles d&#8217;expliquer un niveau de confiance plus faible. Par exemple, nous savons qu\u2019au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 personnelle et \u00e9conomique, ainsi que l\u2019optimisme quant \u00e0 l\u2019avenir, a diminu\u00e9 chez les jeunes dans le monde entier (McGorry et al. 2024). En Suisse, un d\u00e9clin de bien-\u00eatre a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 parmi les jeunes (Gondek et al. 2025). Ce d\u00e9clin s\u2019inscrit dans un contexte de crises multiples (changement climatique, pand\u00e9mie, crise s\u00e9curitaire) et de l\u2019utilisation n\u00e9faste des r\u00e9seaux sociaux. L&#8217;instabilit\u00e9 socio-\u00e9conomique pourrait \u00e9galement jouer un r\u00f4le, se traduisant par la pr\u00e9carit\u00e9 de l&#8217;emploi, le manque de logements abordables, l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle croissante et la polarisation politique grandissante.\n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Figure 5&nbsp;: La confiance sociale pr\u00e9dite selon l\u2019\u00e2ge et la cohorte (intervalles de confiance \u00e0 95%) \n<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1385\" height=\"831\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-5.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4787\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-5.png 1385w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-5-300x180.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-5-1024x614.png 1024w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/word-image-4782-5-768x461.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1385px) 100vw, 1385px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\n  Donn\u00e9es&nbsp;: Panel suisse de m\u00e9nages (2005-2024) \n<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>La confiance sociale constitue un pilier fondamental d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 fonctionnelle que ce soit en nous encourageant \u00e0 suivre des normes d\u00e9mocratiques, \u00e0 \u00e9tablir des communaut\u00e9s et des identit\u00e9s communes ou encore \u00e0 augmenter la satisfaction de vie. Nos analyses montrent que la Suisse se caract\u00e9rise toujours par un niveau \u00e9lev\u00e9 et stable de confiance, ce qui constitue un atout majeur pour la coh\u00e9sion sociale et le fonctionnement d\u00e9mocratique. La Suisse suit une \u00e9volution comparable \u00e0 celle observ\u00e9e dans plusieurs pays europ\u00e9ens : une augmentation jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, puis une stabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Le niveau de confiance sociale est plus \u00e9lev\u00e9 chez les personnes ayant un niveau d\u2019\u00e9ducation tertiaire, une situation financi\u00e8re favorable, la nationalit\u00e9 suisse ou un \u00e2ge plus avanc\u00e9. Contrairement aux autres variables, les diff\u00e9rences li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e2ge se sont creus\u00e9es depuis 2005. Ce constat s\u2019inscrit dans un d\u00e9bat plus large sur la situation des jeunes g\u00e9n\u00e9rations. L\u2019examen conjoint des effets d\u2019\u00e2ge et de g\u00e9n\u00e9ration r\u00e9v\u00e8le que les inqui\u00e9tudes d\u2019un d\u00e9crochage en ce qui concerne la confiance sociale des jeunes ne peuvent \u00eatre ni confirm\u00e9es ni clairement \u00e9cart\u00e9es. D\u2019une part, la g\u00e9n\u00e9ration Z pr\u00e9sente, au d\u00e9but de son parcours de vie, un niveau de confiance plus faible que la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente&nbsp;; d&#8217;autre part, les donn\u00e9es disponibles montrent un rattrapage au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es d\u2019observation. Il est encore trop t\u00f4t pour d\u00e9terminer si la g\u00e9n\u00e9ration\u202fZ rattrapera pleinement les niveaux de confiance observ\u00e9s chez les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. Le constat est plus clair pour les baby-boomers, qui se distinguent par un niveau de confiance particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9.\n<\/p>\n\n\n\n<p>\n  Dans l\u2019ensemble, nos analyses montrent que la Suisse ne se trouve pas dans une \u00ab\u202fcrise de confiance\u202f\u00bb. M\u00eame si aucun signe clair d\u2019affaiblissement n\u2019est observable aujourd\u2019hui, une certaine vigilance reste n\u00e9cessaire. D\u2019abord, d\u2019autres r\u00e9gions du monde, notamment l\u2019Asie, l\u2019Afrique et les \u00c9tats-Unis, subissent une diminution de la confiance sociale. En outre, le niveau global de confiance en Suisse demeure \u00e9lev\u00e9, mais comporte le risque que des g\u00e9n\u00e9rations confiantes, comme les baby-boomers, soient remplac\u00e9es par des g\u00e9n\u00e9rations plus m\u00e9fiantes, mettant en p\u00e9ril la stabilit\u00e9 actuelle. \n<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Ces comparaisons internationales se basent sur les donn\u00e9es du World Value Survey et European Value suveys. <a href=\"#post-4782-footnote-ref-2\">\u2191<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Les donn\u00e9es de l\u2019ESS montrent une tendance similaire avec des diff\u00e9rences croissantes entre les groupes d\u2019\u00e2ge au fil du temps. <a href=\"#post-4782-footnote-ref-2\">\u2191<\/a><br>  <br><br><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><\/pre>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction La confiance sociale, c\u2019est-\u00e0-dire croire en la fiabilit\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des autres membres de la soci\u00e9t\u00e9, constitue une base fondamentale d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 coh\u00e9sive et fonctionnelle. La recherche en sociologie, science politique et psychologie consid\u00e8re la confiance sociale comme un \u00e9l\u00e9ment central du capital social et un facteur d\u00e9terminant de l\u2019\u00e9tat du bien-\u00eatre d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. 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