{"id":719,"date":"2016-02-04T09:56:48","date_gmt":"2016-02-04T07:56:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=719"},"modified":"2022-12-23T12:33:18","modified_gmt":"2022-12-23T10:33:18","slug":"le-vote-ouvrier-en-suisse-1971-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=719","title":{"rendered":"Le vote ouvrier en Suisse, 1971-2011"},"content":{"rendered":"<h2>Introduction\u00a0: le vote ouvrier socialiste comme expression du clivage de classe<\/h2>\n<p>La classe sociale a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e pendant longtemps comme un facteur d\u00e9cisif du vote. Dans ce contexte, il allait de soi que les ouvriers soutiennent les partis socialistes (et communistes), et qu\u2019\u00e0 l\u2019oppos\u00e9 les \u00ab\u00a0cols blancs\u00a0\u00bb et les ind\u00e9pendants soutiennent les partis lib\u00e9raux et conservateurs. L\u2019existence d\u2019une telle configuration a \u00e9t\u00e9 remise en question de mani\u00e8re croissante ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. Plus l\u2019emploi dans le secteur industriel reculait, moins les in\u00e9galit\u00e9s sociales apparaissaient pertinentes pour les \u00e9tudes \u00e9lectorales et plus g\u00e9n\u00e9ralement pour l\u2019analyse en sciences sociales. Cependant, des recherches plus r\u00e9centes et plus pr\u00e9cises n\u2019ont pas confirm\u00e9 la th\u00e8se d\u2019un d\u00e9clin g\u00e9n\u00e9ral et lin\u00e9aire des diff\u00e9rences entre classes sociales dans le comportement de vote (voir par exemple Evans, 1999).<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente contribution se penche sur l\u2019\u00e9volution du vote des ouvriers en Suisse entre 1971 et 2011. Les partis socialistes se sont cr\u00e9\u00e9s comme bras politique du mouvement ouvrier. Cela ne les a toutefois pas emp\u00each\u00e9, d\u00e9j\u00e0 dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, d\u2019 essayer de gagner des voix en dehors de la classe ouvri\u00e8re traditionnelle (Zimmermann, 2007). A l\u2019inverse, il ne faut pas perdre de vue que les ouvriers n\u2019ont jamais soutenu uniquement les partis de gauche. Les appartenances religieuses et r\u00e9gionales ont aussi jou\u00e9 un r\u00f4le important dans le choix de vote. Ce sont particuli\u00e8rement les partis d\u00e9mocrates-chr\u00e9tiens qui ont r\u00e9ussi \u00e0 mobiliser les ouvriers catholiques sur la base de leur confession. En Suisse, l\u2019aile chr\u00e9tienne-sociale du Parti D\u00e9mocrate-Chr\u00e9tien (PDC) repr\u00e9sentait aussi les int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels des ouvriers.<\/p>\n<p>En outre, le parti radical \u2013 le premier parti bourgeois jusque dans les ann\u00e9es 1990 \u2013 disposait d\u2019une base populaire qui comprenait aussi des salari\u00e9s, ce qui le diff\u00e9renciait des autres partis lib\u00e9raux en Europe. Le clivage entre les lib\u00e9raux-radicaux et les catholiques conservateurs a marqu\u00e9 particuli\u00e8rement les d\u00e9buts de l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral en Suisse. Cependant, d\u00e8s la fin du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il a \u00e9t\u00e9 toujours davantage \u00e9clips\u00e9 par le conflit entre le bloc bourgeois et le mouvement ouvrier. Malgr\u00e9 cela, l\u2019opposition entre le Parti Radical-D\u00e9mocratique (PRD) et le PDC est rest\u00e9e importante, surtout dans les cantons catholiques. La sociologie \u00e9lectorale a aussi mis en \u00e9vidence que le clivage religieux garde sa pertinence pour le comportement de vote en Suisse (Geissb\u00fchler, 1999).<\/p>\n<p>La Suisse se distingue en outre par une part \u00e9lev\u00e9e d\u2019ouvriers \u00e9trangers ne disposant pas du droit de vote. D\u2019une part, la Suisse est un pays d\u2019immigration d\u00e9j\u00e0 depuis le 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. D\u2019autre part, les possibilit\u00e9s d\u2019obtenir la nationalit\u00e9 suisse ont \u00e9t\u00e9 fortement restreintes d\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, cela aussi sous la pression de campagnes de droite contre le mouvement ouvrier (Kury, 2003). Il ne faut certes pas sous-estimer le pourcentage d\u2019\u00e9trangers dans les couches moyennes et sup\u00e9rieures. Toutefois, les \u00e9trang\u00e8res et \u00e9trangers restent clairement surrepr\u00e9sent\u00e9s dans le bas de l\u2019\u00e9chelle sociale et exercent plus souvent que les Suisses une activit\u00e9 manuelle (OFS, 2015\u00a0; Levy et al., 1997: 547-549; Oesch, 2006). On trouve donc moins d\u2019ouvri\u00e8res et d\u2019ouvriers parmi les personnes qui disposent du droit de vote que dans la population totale.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces limitations, la classe sociale reste un facteur important du choix de vote en Suisse (Goldberg, 2015; Lachat, 2007). Les relations entre des classes et des partis sp\u00e9cifiques se sont toutefois transform\u00e9es. Diff\u00e9rents travaux, qui portent sur une ou plusieurs \u00e9lections entre 1995 et 2011, ont mis en \u00e9vidence une nouvelle configuration\u00a0: les ouvriers soutiennent de mani\u00e8re croissante l\u2019Union D\u00e9mocratique du Centre (UDC), alors que des segments des classes moyennes salari\u00e9es soutiennent le PS (Kriesi et al., 2005; Nicolet &amp; Sciarini, 2010\u00a0; Oesch &amp; Rennwald, 2010).<\/p>\n<p>Moins de la moiti\u00e9 des citoyens a particip\u00e9 aux \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales de 2011. C\u2019est pourquoi cette contribution s\u2019interroge aussi sur l\u2019influence de la position sociale sur la participation. Les variations r\u00e9gionales qui existent dans le syst\u00e8me de partis en Suisse sont \u00e9galement \u00e0 prendre en compte. L\u2019analyse empirique se concentre sur le groupe des ouvriers au sens strict, qui sont principalement actifs dans les secteurs de l\u2019industrie, du b\u00e2timent et des transports. C\u2019est seulement pour cette cat\u00e9gorie de salari\u00e9s que les donn\u00e9es permettent une analyse pr\u00e9cise sur l\u2019ensemble de la p\u00e9riode 1971-2011. Avec la croissance du secteur des services, la part des travailleurs de ce secteur (par exemple dans la vente ou le nettoyage) appartenant \u00e0 la classe ouvri\u00e8re d\u00e9finie au sens large a nettement augment\u00e9. Lorsque les donn\u00e9es sont disponibles, on peut constater que les deux composantes de la classe ouvri\u00e8re ont des pr\u00e9f\u00e9rences partisanes relativement proches (Rennwald, 2015).<\/p>\n<h2>Donn\u00e9es, sch\u00e9ma des classes et op\u00e9rationnalisation<\/h2>\n<p>La Suisse ne conna\u00eet pas de longue tradition des \u00e9tudes \u00e9lectorales. Certes, des enqu\u00eates post-\u00e9lectorales ont \u00e9t\u00e9 conduites d\u00e8s 1971, mais elles n\u2019\u00e9taient pas int\u00e9gr\u00e9es dans un v\u00e9ritable programme de recherche \u00e9lectorale. Entre outre, les donn\u00e9es sont parfois lacunaires. Pour l\u2019\u00e9lection de 1979, le sondage porte uniquement sur la Suisse al\u00e9manique, alors que les donn\u00e9es pour 1983 ont \u00e9t\u00e9 perdues. C\u2019est seulement depuis 1995, gr\u00e2ce au projet Selects (voir <a href=\"http:\/\/www.selects.ch\">www.selects.ch<\/a>), qu\u2019une grande continuit\u00e9 de la recherche \u00e9lectorale en Suisse est assur\u00e9e (Lutz, 2012: 79). Au total, dix enqu\u00eates sont disponibles pour la p\u00e9riode 1971-2011 (voir le tableau A.1 en annexe).<\/p>\n<p>Les classes sociales sont d\u00e9finies de mani\u00e8re pragmatique dans la sociologie \u00e9lectorale\u00a0: des individus qui occupent une position similaire sur le march\u00e9 du travail sont regroup\u00e9s dans la m\u00eame classe sociale. Nous utilisons ici le sch\u00e9ma des classes de Daniel Oesch (2006) qui permet de tenir compte de diff\u00e9rentes \u00e9volutions comme le recul de l\u2019industrie, l\u2019augmentation de l\u2019emploi f\u00e9minin et la croissance de professions avec des formations sup\u00e9rieures (<em>occupational upgrading<\/em>)[1]. Les ouvriers (de production) sont d\u00e9finis selon ce sch\u00e9ma comme des salari\u00e9s qui sont actifs dans une logique de travail technique et exercent un emploi qualifi\u00e9, semi-qualifi\u00e9 ou non qualifi\u00e9. Ils se distinguent des techniciens et ing\u00e9nieurs sur le plan vertical et du nouveau prol\u00e9tariat des services sur le plan horizontal.<\/p>\n<p>Le groupe des salari\u00e9s actifs dans la production est devenu beaucoup plus restreint au fil du temps. Dans les ann\u00e9es 1970, les ouvriers formaient encore environ 30% du corps \u00e9lectoral suisse, contre seulement 15% dans les ann\u00e9es 2000. Ensemble avec les travailleurs des services, la classe ouvri\u00e8re au sens large forme aujourd\u2019hui encore 30% de la population en droit de voter (40% si l\u2019on compte \u00e9galement les employ\u00e9s de bureau). La part des salari\u00e9s avec un niveau de formation sup\u00e9rieur, qu\u2019on peut compter dans les classes moyennes salari\u00e9es, s\u2019\u00e9l\u00e8ve aujourd\u2019hui \u00e0 40%.<\/p>\n<h2>R\u00e9sultats<\/h2>\n<p>Dans un premier temps, nous pr\u00e9sentons dans le graphique 1 l\u2019\u00e9volution du vote ouvrier entre 1971 et 2011[2]. Le graphique 1a montre la part des ouvriers qui a vot\u00e9 pour le PS et ses concurrents traditionnels, le PDC et le Parti Lib\u00e9ral-Radical (PLR) (y compris le parti lib\u00e9ral avant la fusion de 2009), et le graphique 1b la part qui a soutenu les \u00ab\u00a0nouveaux\u00a0\u00bb concurrents dans le syst\u00e8me de partis\u00a0: l\u2019UDC et les Verts. Tous les autres partis sont class\u00e9s dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb. Il ressort clairement que le soutien des ouvriers pour le PS a baiss\u00e9 apr\u00e8s 1979. Ce sont les petits partis r\u00e9unis dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb qui en ont profit\u00e9 dans un premier temps, particuli\u00e8rement en 1991. C\u2019est seulement ensuite, d\u00e8s 1995, que le vote ouvrier pour l\u2019UDC a connu une forte augmentation.<\/p>\n<p>Dans un deuxi\u00e8me temps, nous comparons de mani\u00e8re syst\u00e9matique le vote des ouvriers avec le score moyen des partis dans tous les groupes sociaux. C\u2019est seulement de cette mani\u00e8re que la sp\u00e9cificit\u00e9 du vote ouvrier peut \u00eatre saisie. Dans les ann\u00e9es 1970, les ouvriers soutenaient encore nettement plus que la moyenne le PS. A la fin des ann\u00e9es 1980, leur comportement de vote \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 clairement moins sp\u00e9cifique. D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1990, on trouvait m\u00eame moins de votants socialistes chez les ouvriers que dans l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9lectorat. C\u2019est l\u2019UDC qui obtenait dor\u00e9navant dans ce groupe un score nettement sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-753\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-1.png\" alt=\"Graphique 1\" width=\"659\" height=\"670\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-1.png 659w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-1-295x300.png 295w\" sizes=\"auto, (max-width: 659px) 100vw, 659px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Nombre d\u2019observations (ouvriers, ensemble de l\u2019\u00e9lectorat): 1971: 254, 1006; 1975: 143, 584, 1979: 104, 525; 1987: 45, 266; 1991: 54, 307; 1995: 595, 3788; 1999: 182, 1195; 2003: 429, 3505; 2007: 350, 2606; 2011: 304; 2807.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution s\u2019est ainsi produite en deux temps\u00a0: d\u2019abord, les ouvriers ont commenc\u00e9 de se d\u00e9tourner du parti socialiste, ce que l\u2019on peut voir d\u00e9j\u00e0 clairement lors des \u00e9lections de 1987 et 1991. A cette \u00e9poque, on ne distinguait toutefois pas encore de claire r\u00e9orientation des pr\u00e9f\u00e9rences partisanes des ouvriers. C\u2019est seulement d\u00e8s les \u00e9lections de 1995 que les ouvriers se sont tourn\u00e9s de mani\u00e8re croissante vers l\u2019UDC. Toutefois, leur sympathie pour ce parti n\u2019atteint alors pas compl\u00e8tement le m\u00eame niveau que leur pr\u00e9f\u00e9rence pass\u00e9e pour le PS (ceci toujours en comparaison de la moyenne de l\u2019\u00e9lectorat).<\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement remarquer que le score du PDC chez les ouvriers sur toute la p\u00e9riode \u2013 comme on pouvait s\u2019y attendre en raison du caract\u00e8re interclassiste de ce parti \u2013 correspond plus ou moins \u00e0 la moyenne. Par contre, le profil clairement bourgeois du PLR s\u2019observe dans le soutien toujours inf\u00e9rieur \u00e0 la moyenne obtenu aupr\u00e8s des ouvriers, \u00e0 l\u2019exception des \u00e9lections de 1987. Les Verts obtiennent \u00e9galement des sympathies plus faibles qu\u2019en moyenne chez les ouvriers, \u00e0 l\u2019exception des \u00e9lections de 1991. Les partis regroup\u00e9s dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb (notamment les petits partis d\u2019extr\u00eame-droite, l\u2019Alliance des ind\u00e9pendants et le Parti du travail) ont obtenu un soutien plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019en moyenne chez les ouvriers durant la p\u00e9riode de rel\u00e2chement des liens entre le PS et les ouvriers (1987-1995).<\/p>\n<p>Sur le long terme, le PS appara\u00eet comme le grand perdant et l\u2019UDC comme la grande gagnante dans la lutte pour les voix ouvri\u00e8res. Les deux processus qu\u2019il faut clairement distinguer de desserrement des liens avec le PS et de r\u00e9orientation vers l\u2019UDC se sont d\u00e9roul\u00e9s sur une p\u00e9riode de temps relativement longue. Il est donc difficile de savoir si ce sont les m\u00eames individus qui ont soutenu le PS dans les ann\u00e9es 1970 et ensuite l\u2019UDC \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p>Quel r\u00f4le la participation a-t-elle jou\u00e9 dans ces mutations\u00a0? Le graphique 2 montre la participation des ouvriers, des employ\u00e9s de rangs moyen et sup\u00e9rieur, et de l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9lectorat. Il appara\u00eet de mani\u00e8re claire que les ouvriers se rendent moins aux urnes, ceci sur l\u2019ensemble de la p\u00e9riode. D\u00e9j\u00e0 en 1971, la participation des employ\u00e9s de rangs moyen et sup\u00e9rieur \u00e9tait de 13 points plus \u00e9lev\u00e9e que celle des ouvriers. Certes, la participation a g\u00e9n\u00e9ralement baiss\u00e9 de presque un cinqui\u00e8me sur la p\u00e9riode 1971-2011. Mais avec un recul d\u2019un tiers, la participation des ouvriers a recul\u00e9 de mani\u00e8re plus forte que celle des employ\u00e9s de rang moyen et sup\u00e9rieur (un quart) et de celle des ind\u00e9pendants (un sixi\u00e8me). Les ouvriers se sont particuli\u00e8rement peu mobilis\u00e9s lors des \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales de 1987 et 1991, que nous avons identifi\u00e9es ci-dessous comme phase de desserrement des liens avec le parti socialiste. Dans la p\u00e9riode de 1995 \u00e0 2007, qui correspond \u00e0 la phase de r\u00e9orientation vers l\u2019UDC, la participation des ouvriers a par contre l\u00e9g\u00e8rement augment\u00e9. Il semble donc qu\u2019une partie des pertes du PS chez les ouvriers dans les ann\u00e9es 1980 soit all\u00e9e de pair avec une abstention croissante. A l\u2019inverse, l\u2019UDC a pu profiter d\u2019une l\u00e9g\u00e8re augmentation de la participation des ouvriers d\u00e8s 1995.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-2.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-754\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-2.png\" alt=\"Graphique 2\" width=\"679\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-2.png 679w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-2-300x143.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 679px) 100vw, 679px\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>Nombre d\u2019observations (total): 1971: 1813; 1975: 1287; 1979: 769; 1987: 558; 1991: 617; 1995: 7020; 1999: 1886; 2003: 5365; 2007: 3806; 2011: 3955.<\/p>\n<p>Nos r\u00e9sultats montrent g\u00e9n\u00e9ralement des valeurs moyennes pour l\u2019ensemble de la Suisse. Cependant, on sait qu\u2019il existe en Suisse des variations r\u00e9gionales importantes dans le syst\u00e8me de partis. Dans le graphique 3, nous distinguons le vote des ouvriers selon les trois syst\u00e8mes r\u00e9gionaux de partis suivants (Kriesi, 1998)\u00a0: les cantons religieusement mixtes de la Suisse al\u00e9manique (par exemple Berne et Z\u00fcrich) et de la Suisse romande (par exemple Vaud) auxquels s\u2019ajoute B\u00e2le-Ville, ainsi que tous les cantons catholiques (par exemple Valais et Lucerne). Afin d\u2019avoir un nombre de cas suffisant, nous cumulons deux sondages du d\u00e9but (1971 et 1975) et de la fin (2007 et 2011) de la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e[3].<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-3.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-755\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-3.png\" alt=\"Graphique 3\" width=\"693\" height=\"361\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-3.png 693w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Graphique-3-300x156.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 693px) 100vw, 693px\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>L\u00e9gende: ALEM: Cantons suisses al\u00e9maniques religieusement mixtes, ROM: Cantons romands religieusement mixtes et B\u00e2le-Ville, CATH: Cantons catholiques.<\/p>\n<p>Les cantons se r\u00e9partissent de la mani\u00e8re suivante: ALEM: SH, GL, AR, AG, SO, BL, GR, TG, ZH, BE; ROM: GE, VD, NE, BS; CATH: VS, UR, SZ, OW, NW, ZG, AI, JU, LU, TI, SG, FR.<\/p>\n<p>Nombre d\u2019observations (ensemble de l\u2019\u00e9lectorat pour les deux p\u00e9riodes): CH 1576, 5267; ALEM 901, 2250; ROM 254, 1093; CATH 421, 1924. Nombre d\u2019observations (Ouvriers pour les deux p\u00e9riodes): CH 405, 592; ALEM 233, 257; ROM: 49, 76; CATH: 123, 259.<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, les cantons religieusement mixtes de la Suisse al\u00e9manique sont, en raison de leur taille, proches du r\u00e9sultat suisse d\u2019ensemble. Que ce soit au d\u00e9but ou \u00e0 la fin de la p\u00e9riode, la hi\u00e9rarchie du vote ouvrier socialiste est la m\u00eame. C\u2019est dans les cantons religieusement mixtes de la Suisse romande que le soutien des ouvriers pour le PS est le plus fort, suivi par les cantons mixtes de la Suisse al\u00e9manique, alors que les cantons catholiques ferment la marche. Le vote ouvrier socialiste a recul\u00e9 dans toutes les r\u00e9gions, mais c\u2019est dans les cantons mixtes de Suisse al\u00e9manique que le recul a \u00e9t\u00e9 le plus prononc\u00e9 (52% contre 42% et 43% dans les deux autres types de cantons). En 2007 et 2011, c\u2019est seulement dans les cantons mixtes de la Suisse romande que le PS continue de b\u00e9n\u00e9ficier de sympathies plus \u00e9lev\u00e9es qu\u2019en moyenne aupr\u00e8s des ouvriers (avec 36% des voix contre 31% en moyenne).<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970, le parti socialiste pouvait compter sur des sympathies de la classe ouvri\u00e8re suisse nettement sup\u00e9rieures \u00e0 la moyenne de l\u2019\u00e9lectorat. En Suisse, malgr\u00e9 la signification d\u2019autres clivages, les ouvri\u00e8res et ouvriers votaient nettement plus que la moyenne pour la gauche. Dans les ann\u00e9es 1980, ces sympathies de la classe ouvri\u00e8re pour le parti socialiste ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9roder. D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1990, les ouvri\u00e8res et ouvriers ont alors soutenu le PS moins que la moyenne de l\u2019\u00e9lectorat. C\u2019est l\u2019UDC, qui se positionnait toujours plus comme un parti de droite populiste, qui est devenu surrepr\u00e9sent\u00e9 dans cette cat\u00e9gorie de l\u2019\u00e9lectorat. Il ne faut pas non plus perdre de vue que les ouvriers ont moins particip\u00e9 aux \u00e9lections que les couches de la population qui occupent une position sociale plus avantageuse.<\/p>\n<p>Peut-on encore parler d\u2019un vote de classe des ouvri\u00e8res et ouvriers si une majorit\u00e9 relative d\u2019entre eux choisit l\u2019UDC, un parti bourgeois de droite? Si l\u2019on part de l\u2019id\u00e9e que les classes d\u00e9fendent des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques au travers de leurs pr\u00e9f\u00e9rences partisanes, il faut clairement r\u00e9pondre par la n\u00e9gative. L\u2019UDC d\u00e9fend aussi, dans la politique \u00e9conomique, des positions qui sont clairement \u00e0 droite. Les r\u00e9sultats de sondages indiquent que les ouvriers et les simples employ\u00e9s soutiennent toujours des positions socialistes classiques en mati\u00e8re de politique fiscale et sociale (redistribution des richesses du haut vers le bas). Entre outre, il n\u2019existe pas au sein de l\u2019UDC d\u2019aile repr\u00e9sentant les salari\u00e9s \u2013 contrairement au PDC, dont l\u2019aile proche des syndicats chr\u00e9tiens d\u00e9fend des positions plut\u00f4t de gauche dans les questions \u00e9conomiques et sociales. Parmi les travailleurs syndiqu\u00e9s, le PS reste toujours le parti le plus fort (Rennwald, 2015). Des diff\u00e9rences r\u00e9gionales montrent en outre que le PS a r\u00e9ussi \u00e0 davantage freiner la r\u00e9orientation du vote ouvrier vers l\u2019UDC dans les cantons o\u00f9 le mouvement ouvrier \u00e9tait traditionnellement fortement organis\u00e9.<\/p>\n<p>Les transformations des pr\u00e9f\u00e9rences partisanes des ouvriers ne s\u2019expliquent donc pas par leurs attitudes politiques. Les ouvriers se situent toujours \u00e0 gauche en mati\u00e8re \u00e9conomique et sociale (Rennwald, 2015). A l\u2019inverse, d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 1970, ils favorisaient des positions plus restrictives dans le domaine de la politique migratoire, qui divergeaient des mots d\u2019ordre du PS. Ceci ne changeait toutefois encore rien \u00e0 leur forte sympathie pour le PS. Un r\u00f4le beaucoup plus d\u00e9cisif dans ces mutations provient de \u00ab\u00a0l\u2019offre\u00a0\u00bb politique des partis (Rennwald, 2015; Rennwald &amp; Evans, 2014). D\u2019une part, durant les derni\u00e8res d\u00e9cennies, le PS Suisse a th\u00e9matis\u00e9 de mani\u00e8re croissante les enjeux des \u00ab\u00a0nouveaux mouvements sociaux\u00a0\u00bb (par exemple les mouvements \u00e9cologiste, pacifiste, f\u00e9ministe) (Zimmermann, 2007). D\u2019autre part, l\u2019UDC a fait de la migration et de l\u2019Europe ses th\u00e8mes de pr\u00e9dilection et leur a ainsi procur\u00e9 une place centrale dans la politique suisse. En raison des transformations de l\u2019offre programmatique de ces deux partis, il a \u00e9t\u00e9 plus difficile de th\u00e9matiser les conflits \u00e9conomiques et sociaux dans la politique suisse.<\/p>\n<p>Finalement, il ne faut pas oublier que l\u2019UDC dispose d\u2019un \u00e9lectorat socialement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Parmi les \u00e9lecteurs UDC, les cadres sont \u00e9galement surrepr\u00e9sent\u00e9s, et surtout la base traditionnelle du parti compos\u00e9e des ind\u00e9pendants de l\u2019agriculture, du commerce et de l\u2019artisanat. Ces couches de la (petite) bourgeoisie continuent de peser beaucoup plus sur la politique de classe du parti que les nouveaux \u00e9lecteurs ouvriers. En outre, c\u2019est un tr\u00e8s petit groupe, difficilement saisissable dans la sociologie \u00e9lectorale, de propri\u00e9taires de grandes fortunes et d\u2019entrepreneurs qui joue un r\u00f4le d\u00e9cisif au sein de l\u2019UDC transform\u00e9e en parti de droite populiste. Beaucoup de personnalit\u00e9s connues du parti font partie de ce groupe, \u00e0 commencer par Christoph Blocher (Mach, 2015). Ce sont ces milieux qui rendent possible, au niveau de l\u2019argumentation et au niveau financier, la campagne permanente de l\u2019UDC sur la politique migratoire et europ\u00e9enne. Mais combien de temps r\u00e9ussiront-ils encore \u00e0 marquer des points, pr\u00e9cis\u00e9ment dans les segments de l\u2019\u00e9lectorat qui ont le plus \u00e0 souffrir de leur politique \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9rale\u00a0?<\/p>\n<p>[1] Le sch\u00e9ma des classes de Daniel Oesch se base sur la <em>Classification internationale type de professions<\/em> (CITP ou ISCO en anglais), une cat\u00e9gorisation d\u00e9taill\u00e9e des professions d\u00e9velopp\u00e9e par l\u2019Organisation internationale du travail. La CITP \u00e9tait utilis\u00e9e la plupart des cas dans les enqu\u00eates \u00e9lectorales suisses, mais malheureusement pas pour les sondages de 1979, 1987 et 1991. Comme mentionn\u00e9 auparavant, ceci permet tout de m\u00eame de construire une s\u00e9rie de donn\u00e9es continue pour analyser le vote des ouvriers sur l\u2019ensemble de la p\u00e9riode, mais pas pour les travailleurs des services.<\/p>\n<p>[2] Les donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 pond\u00e9r\u00e9es pour corriger le sur\u00e9chantillonnage cantonal de plusieurs sondages Selects. Le score des diff\u00e9rents partis a \u00e9t\u00e9 pond\u00e9r\u00e9 par leur r\u00e9sultat effectif (pour la m\u00e9thode, voir Lutz, 2012: 84-86). Pour l\u2019analyse de la participation (graphique 2), les donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 pond\u00e9r\u00e9es sur la base des scores officiels de la participation.<\/p>\n<p>[3] Malgr\u00e9 la cumulation, le nombre de cas reste petit, particuli\u00e8rement pour la Suisse romande. Les r\u00e9sultats doivent donc \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s avec prudence.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Annexe_nouveau.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-775\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Annexe_nouveau.png\" alt=\"Annexe_nouveau\" width=\"702\" height=\"428\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Annexe_nouveau.png 702w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Annexe_nouveau-300x182.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 702px) 100vw, 702px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction\u00a0: le vote ouvrier socialiste comme expression du clivage de classe La classe sociale a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e pendant longtemps comme un facteur d\u00e9cisif du vote. Dans ce contexte, il allait de soi que les ouvriers soutiennent les partis socialistes (et communistes), et qu\u2019\u00e0 l\u2019oppos\u00e9 les \u00ab\u00a0cols blancs\u00a0\u00bb et les ind\u00e9pendants soutiennent les partis lib\u00e9raux et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[],"class_list":["post-719","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-travail"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/719","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=719"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/719\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3416,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/719\/revisions\/3416"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=719"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=719"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=719"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}