{"id":827,"date":"2016-05-16T07:03:56","date_gmt":"2016-05-16T05:03:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=827"},"modified":"2022-12-23T12:29:33","modified_gmt":"2022-12-23T10:29:33","slug":"mobilite-sociale-au-20e-siecle-en-suisse-entre-democratisation-de-la-formation-et-reproduction-des-inegalites-de-classe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/?p=827","title":{"rendered":"Mobilit\u00e9 sociale au 20e si\u00e8cle en Suisse : entre d\u00e9mocratisation de la formation et reproduction des in\u00e9galit\u00e9s de classe"},"content":{"rendered":"<h2>Introduction<\/h2>\n<p>Au cours du 20 \u00e8me si\u00e8cle, la soci\u00e9t\u00e9 suisse s&#8217;est consid\u00e9rablement transform\u00e9e, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9mocratisation de l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation, \u00e0 la tertiarisation du march\u00e9 du travail et \u00e0 l&#8217;\u00e9galisation des conditions entre les hommes et les femmes. Les individus ont ainsi pu plus facilement s&#8217;affranchir des d\u00e9terminismes sociaux, \u00e9tant donn\u00e9 que de nouvelles opportunit\u00e9s se pr\u00e9sentaient \u00e0 eux. L&#8217;influence des caract\u00e9ristiques li\u00e9es \u00e0 la naissance telles que le milieu social, le sexe, et l&#8217;origine ethnique sur la destin\u00e9e sociale devrait donc avoir diminu\u00e9. En particulier, les chances de mobilit\u00e9 sociale inter-g\u00e9n\u00e9rationnelle, c&#8217;est-\u00e0-dire le fait de pouvoir changer de milieu social par rapport \u00e0 son milieu social d&#8217;origine, devraient avoir augment\u00e9.<\/p>\n<p>Selon la th\u00e9orie de la modernisation (Kerr et al. 1960), avec le d\u00e9veloppement de l&#8217;industrialisation, les soci\u00e9t\u00e9s occidentales seraient devenues m\u00e9ritocratiques et donc caract\u00e9ris\u00e9es par des taux de mobilit\u00e9 sociale \u00e9lev\u00e9s. La r\u00e9ussite sociale serait due non plus \u00e0 des avantages h\u00e9rit\u00e9s \u00e0 la naissance, mais \u00e0 des caract\u00e9ristiques acquises, telles que le niveau d&#8217;\u00e9tude (Becker 1964). Par cons\u00e9quent, les d\u00e9terminismes sociaux et les clivages entre les diff\u00e9rentes classes sociales devraient avoir disparu dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales (Beck 1992).<\/p>\n<p>Les nombreuses \u00e9tudes men\u00e9es sur ces questions au niveau international soulignent n\u00e9anmoins que dans l&#8217;ensemble, il n&#8217;y a pas eu depuis le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle d\u2019augmentation majeure de la mobilit\u00e9 sociale dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s occidentales (Breen 2004; Erikson et Goldthorpe 1992). L&#8217;acc\u00e8s in\u00e9gal \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation en fonction du milieu social constitue g\u00e9n\u00e9ralement le principal obstacle \u00e0 l&#8217;\u00e9galisation des chances entre les individus, puisque le niveau d&#8217;\u00e9tude d&#8217;une personne d\u00e9pend toujours sensiblement de son milieu social d&#8217;origine (Breen et al. 2009). Les recherches r\u00e9centes men\u00e9es en Suisse corroborent \u00e9galement ces tendances (Falcon 2012, 2013; Falcon et Joye 2015; Jacot 2013; Jann et Combet 2012; Jann et Seiler 2014; Meyer 2009).<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude vise \u00e0 d\u00e9crire d&#8217;abord l&#8217;\u00e9volution de la mobilit\u00e9 sociale en Suisse afin de d\u00e9terminer si, depuis le d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle, le poids de la classe sociale sur la destin\u00e9e sociale s\u2019est affaibli. Ensuite, nous nous int\u00e9resserons aux effets de la tertiarisation du march\u00e9 du travail et de l&#8217;expansion du syst\u00e8me \u00e9ducatif sur les destin\u00e9es sociales et scolaires, afin d&#8217;\u00e9valuer si les nouvelles opportunit\u00e9s cr\u00e9\u00e9es ont profit\u00e9 \u00e0 l&#8217;ensemble de la population. Enfin, nous chercherons \u00e0 savoir si l&#8217;emprise de l&#8217;origine sociale, c\u2019est-\u00e0-dire d&#8217;un avantage non-m\u00e9ritocratique puisqu&#8217;h\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la naissance, s&#8217;efface au profit d&#8217;un avantage reconnu comme m\u00e9ritocratique&nbsp;: le niveau d&#8217;\u00e9tude. Avant cela nous pr\u00e9senterons la mani\u00e8re dont nous avons construit les donn\u00e9es et les indicateurs utilis\u00e9s.<\/p>\n<h2>M\u00e9thodologie&nbsp;: construction des donn\u00e9es et des indicateurs<\/h2>\n<p>Pour capter les \u00e9volutions qui ont caract\u00e9ris\u00e9 la Suisse depuis le d\u00e9but du 20 \u00e8me si\u00e8cle, nous avons utilis\u00e9 21 enqu\u00eates collect\u00e9es entre 1972 et 2013 et repr\u00e9sentatives de la population suisse (voir le tableau A.1 en annexe). Elles contiennent chacune des informations d\u00e9taill\u00e9es sur le milieu social d&#8217;origine du r\u00e9pondant (mesur\u00e9 par la profession du p\u00e8re du r\u00e9pondant lorsque ce dernier avait environ 15 ans), son niveau d\u2019\u00e9tude et sa profession au moment de l\u2019enqu\u00eate [1].<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 ensuite agr\u00e9g\u00e9es ensemble, puis divis\u00e9es en cinq cohortes [2]: 1908-1934; 1935-1944; 1945-1954; 1955-1964; 1965-1978. Cette m\u00e9thode, courante dans l\u2019analyse de la mobilit\u00e9 sociale, permet ainsi de saisir le changement social \u00e0 travers l\u2019exp\u00e9rience et le renouvellement des cohortes. Au final, les donn\u00e9es que nous avons construites contiennent 17\u2019104 observations, ce qui nous permet d&#8217;analyser de mani\u00e8re d\u00e9taill\u00e9e l&#8217;\u00e9volution de la mobilit\u00e9 sociale en Suisse depuis le d\u00e9but du 20 \u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Nous avons harmonis\u00e9 les donn\u00e9es afin de les rendre au maximum comparables pour garantir la qualit\u00e9 de nos analyses [3]. La mesure de l\u2019origine sociale et de la position sociale du r\u00e9pondant ont \u00e9t\u00e9 construites \u00e0 partir de la classification socio-\u00e9conomique europ\u00e9enne (Rose et Harrison 2010) que nous avons regroup\u00e9e en trois cat\u00e9gories: (1) la classe moyenne sup\u00e9rieure : elle comprend notamment les cadres, les chefs d\u2019entreprise, les ing\u00e9nieurs, les professions lib\u00e9rales et intellectuelles, et les enseignants&nbsp;; (2) la classe interm\u00e9diaire : elle regroupe les professions interm\u00e9diaires, les petits commer\u00e7ants et artisans, et les agriculteurs; (3) la classe populaire : elle d\u00e9signe les employ\u00e9s de niveau inf\u00e9rieur, principalement de la vente et des services, et les ouvriers. Nous avons par ailleurs harmonis\u00e9 la variable niveau d&#8217;\u00e9tude (Bergman et al. 2009) que nous avons regroup\u00e9 en quatre cat\u00e9gories: (1) \u00e9tudes secondaires I [4]; (2) \u00e9tudes secondaires II [5]; (3) \u00e9tudes professionnelles sup\u00e9rieures [6]; (4) \u00e9tudes universitaires et \u00e9coles polytechniques f\u00e9d\u00e9rales.<\/p>\n<h2>La mobilit\u00e9 sociale a-t-elle augment\u00e9 en Suisse&nbsp;?<\/h2>\n<p>Dans le Graphique 1, nous avons calcul\u00e9 les taux de mobilit\u00e9 sociale pour chaque cohorte \u00e9tudi\u00e9e. Ces taux se d\u00e9composent en trois mesures&nbsp;: (1) l&#8217;immobilit\u00e9 sociale, qui d\u00e9signe les personnes dont la position sociale est la m\u00eame que celle de leur p\u00e8re&nbsp;; (2) la mobilit\u00e9 sociale ascendante, pour les personnes ayant atteint une position sociale plus \u00e9lev\u00e9e que celle de leur p\u00e8re&nbsp;; (3) la mobilit\u00e9 sociale descendante, pour celles ayant une position sociale plus basse que celle de leur p\u00e8re.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Graphique_11.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-903\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Graphique_11.png\" alt=\"Graphique_1\" width=\"692\" height=\"381\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Graphique_11.png 692w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Graphique_11-300x165.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 692px) 100vw, 692px\" \/><\/a><\/p>\n<h4><\/h4>\n<p>On observe que, en dehors de la cohorte 1908-34 o\u00f9 plus de 50% de la population avait la m\u00eame position sociale que son p\u00e8re, l&#8217;immobilit\u00e9 sociale s&#8217;est maintenue au cours des cohortes \u00e0 un niveau relativement stable, autour des 40&nbsp;%, autant pour les hommes que pour les femmes. On remarque \u00e9galement que sur toute la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e, les taux de mobilit\u00e9 sociale ascendante ont constamment \u00e9t\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9s que les taux de mobilit\u00e9 sociale descendante. Les chances d&#8217;ascension sociale ont d&#8217;ailleurs augment\u00e9 au cours des cohortes&nbsp;: elles valaient 32% pour les hommes et 26% pour les femmes dans la cohorte 1908-34 et se sont stabilis\u00e9es dans les cohortes suivantes autour des 40%. Enfin, on constate que le risque de d\u00e9classement social est plus \u00e9lev\u00e9 pour les femmes (~21%) que pour les hommes (~16%). Ce r\u00e9sultat s&#8217;explique notamment par le fait que la mobilit\u00e9 sociale des femmes est mesur\u00e9e en comparant leur position sociale avec celle de leur p\u00e8re. En effet, les femmes sont plus nombreuses \u00e0 vivre un d\u00e9classement social dans la mesure o\u00f9 la structure des emplois demeure, aujourd&#8217;hui encore, fortement genr\u00e9e \u2013 les femmes n&#8217;exer\u00e7ant pas les m\u00eames m\u00e9tiers et n&#8217;acc\u00e9dant pas aux m\u00eames positions hi\u00e9rarchiques que les hommes. Ici encore, on remarque une grande stabilit\u00e9 des taux de mobilit\u00e9 sociale descendante entre les diff\u00e9rentes cohortes.<\/p>\n<p>De ce portrait synth\u00e9tique des \u00e9volutions de la mobilit\u00e9 sociale, nous retenons donc une grande stabilit\u00e9 des tendances&nbsp;: au cours de la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e, la mobilit\u00e9 sociale n\u2019a pas particuli\u00e8rement augment\u00e9. En outre, l&#8217;ascension sociale concerne environ 40% de la population, le d\u00e9classement social autour de 20%, et la reproduction sociale un peu plus de 40%. Pour comprendre ces tendances, il convient de les lire \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9volutions structurelles qui ont eu lieu en Suisse depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle dernier.<\/p>\n<h2>Les changements structurels ont-ils cr\u00e9\u00e9 de nouvelles opportunit\u00e9s&nbsp;?<\/h2>\n<p>Au cours du 20\u00e8me si\u00e8cle, il y a eu en Suisse, tout comme dans bon nombre de pays occidentaux, une transformation des activit\u00e9s \u00e9conomiques&nbsp;: alors qu&#8217;au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, l&#8217;\u00e9conomie \u00e9tait domin\u00e9e par la production agricole et industrielle, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 l\u2019accent se d\u00e9place vers les activit\u00e9s de service (Oesch 2006). Cette \u00e9volution, appel\u00e9e la tertiarisation du march\u00e9 du travail, a eu un impact important sur la structure des emplois en Suisse. Les chances d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 des positions \u00e9lev\u00e9es dans la hi\u00e9rarchie sociale, notamment gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement des emplois d&#8217;encadrement, se sont accrues. En effet, comme on peut le voir dans le Tableau 1, les opportunit\u00e9s d&#8217;emploi dans la classe moyenne sup\u00e9rieure n&#8217;ont cess\u00e9 d&#8217;augmenter au cours des cohortes \u00e9tudi\u00e9es. Concernant les hommes, qui \u00e9taient 27% dans la cohorte la plus ancienne \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 cette classe, cette proportion est pass\u00e9e \u00e0 50% dans la cohorte la plus r\u00e9cente. La m\u00eame tendance s&#8217;observe pour les femmes, o\u00f9 ces proportions sont pass\u00e9es de 17% \u00e0 41%. Ces \u00e9volutions ont par cons\u00e9quent cr\u00e9\u00e9 une sorte d&#8217;aspiration vers le haut et ainsi favoris\u00e9 l\u2019accroissement des opportunit\u00e9s d&#8217;ascension sociale, comme nous l&#8217;avons observ\u00e9 pour les personnes n\u00e9es pendant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20\u00e8me si\u00e8cle. En ce sens, ces changements structurels ont ouvert de nouvelles opportunit\u00e9s dans la classe moyenne sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Un large spectre de la population a en effet acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure, puisqu&#8217;une part importante des dipl\u00f4m\u00e9s du secondaire II compose cette classe (pr\u00e8s de 35% pour les hommes et 50% pour les femmes). Autrement dit, l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure n&#8217;est pas r\u00e9serv\u00e9 aux seuls dipl\u00f4m\u00e9s de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur en Suisse. Ce constat m\u00e9rite toutefois d&#8217;\u00eatre nuanc\u00e9, et ceci pour deux raisons. Premi\u00e8rement, au fil des cohortes la part des dipl\u00f4m\u00e9s du secondaire II acc\u00e9dant \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure a diminu\u00e9 tandis que celle des dipl\u00f4m\u00e9s de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur a augment\u00e9. Ainsi, dans la cohorte 1965-78, il ne restait plus que 21% des hommes et 34% des femmes dans la classe moyenne sup\u00e9rieure qui d\u00e9tenaient un dipl\u00f4me du secondaire II. A l&#8217;inverse, 78% des hommes et 64% des femmes qui composaient cette classe d\u00e9tenaient un dipl\u00f4me de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur. Deuxi\u00e8mement, la repr\u00e9sentation importante des dipl\u00f4m\u00e9s du secondaire II dans la classe moyenne sup\u00e9rieure s&#8217;explique principalement par la structure du syst\u00e8me \u00e9ducatif suisse, caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019importance de la formation duale (apprentissage) au secondaire II et un moindre poids du niveau tertiaire. Autrement dit, si les dipl\u00f4m\u00e9s du secondaire II ont pu acc\u00e9der en si grand nombre \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure, c&#8217;est parce qu&#8217;il n&#8217;y avait pas assez de dipl\u00f4m\u00e9s de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande sur le march\u00e9 du travail. Cela nous am\u00e8ne donc \u00e0 nous int\u00e9resser \u00e0 la question de l&#8217;expansion du syst\u00e8me \u00e9ducatif et de sa d\u00e9mocratisation.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Tableau_1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-857\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Tableau_1.png\" alt=\"Tableau_1\" width=\"693\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Tableau_1.png 693w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Tableau_1-300x142.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 693px) 100vw, 693px\" \/><\/a><\/h4>\n<h2>L&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation s&#8217;est-il d\u00e9mocratis\u00e9&nbsp;?<\/h2>\n<p>Comme la majorit\u00e9 des pays occidentaux, la Suisse a r\u00e9form\u00e9 durant la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 20\u00e8me si\u00e8cle son syst\u00e8me \u00e9ducatif afin de permettre \u00e0 une part plus importante de la population d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 des niveaux de formation autrefois r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 une petite \u00e9lite (Buchmann et al. 2007). Comme on peut le voir dans le Tableau 2, l&#8217;acc\u00e8s aux \u00e9tudes secondaires II et tertiaires a consid\u00e9rablement augment\u00e9 au cours des cohortes&nbsp;: dans la cohorte 1965-78, 19% des hommes et 14% des femmes sont dipl\u00f4m\u00e9s d&#8217;une universit\u00e9, et 31% des hommes et 21% des femmes le sont de l&#8217;enseignement professionnel sup\u00e9rieur. \u00c0 titre de comparaison, dans la cohorte 1908-34, ces proportions valaient 8% et 3% pour les \u00e9tudes universitaires et 8% et 6% pour l&#8217;enseignement professionnel sup\u00e9rieur. Dans le m\u00eame intervalle de temps, la part de la population n&#8217;ayant pas d\u00e9pass\u00e9 le niveau secondaire I n&#8217;a cess\u00e9 de baisser. Quant aux \u00e9tudes secondaires II, bien qu&#8217;elles demeurent pr\u00e9pond\u00e9rantes en Suisse, elles amorcent une baisse dans la cohorte la plus r\u00e9cente.<\/p>\n<p>Ainsi, si les chances d&#8217;acc\u00e9der aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures ont augment\u00e9 au fil des cohortes, on peut se demander si ces nouvelles opportunit\u00e9s ont profit\u00e9 \u00e0 l&#8217;ensemble de la population ou uniquement \u00e0 certaines cat\u00e9gories sociales&nbsp;? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, nous avons report\u00e9, toujours dans le Tableau 2, l&#8217;\u00e9volution des chances d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 chaque niveau d&#8217;\u00e9tude en fonction de l&#8217;origine sociale. A la lecture des pourcentages, on s&#8217;aper\u00e7oit que le milieu social d&#8217;origine a une influence consid\u00e9rable sur l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation&nbsp;: les personnes issues de la classe moyenne sup\u00e9rieure ont les chances d&#8217;acc\u00e8s aux \u00e9tudes universitaires les plus \u00e9lev\u00e9es, tandis que celles issues des classes interm\u00e9diaire et populaire sont surrepr\u00e9sent\u00e9es dans la fili\u00e8re d&#8217;\u00e9tudes du secondaire II. D&#8217;ailleurs, on constate que l&#8217;augmentation du nombre de dipl\u00f4m\u00e9s d&#8217;\u00e9tudes universitaire dans la population totale a profit\u00e9 en priorit\u00e9 aux personnes les plus privil\u00e9gi\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: dans la cohorte 1965-78, 39% des hommes et 29% des femmes issus de la classe moyenne sup\u00e9rieure ont obtenu un dipl\u00f4me universitaire, contre seulement 14% et 11% pour la classe interm\u00e9diaire, ainsi que 9% et 5% pour la classe populaire. En comparaison, les diff\u00e9rences entre milieux sociaux dans la fili\u00e8re d&#8217;\u00e9tudes professionnelles sup\u00e9rieures sont sensiblement moins marqu\u00e9es, puisque dans ce type d&#8217;\u00e9tudes la mixit\u00e9 sociale est assez \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>En somme, la d\u00e9mocratisation du syst\u00e8me \u00e9ducatif suisse a \u00e9t\u00e9 bien relative. Si l&#8217;acc\u00e8s aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures a augment\u00e9, cela a profit\u00e9 en premier lieu aux classes les plus favoris\u00e9es. Ainsi, \u00e9tant donn\u00e9 que le fait de poss\u00e9der un dipl\u00f4me du sup\u00e9rieur est devenu plus important pour acc\u00e9der aux positions sociales les plus \u00e9lev\u00e9es, et que ce sont les personnes issues de la classe moyenne sup\u00e9rieure qui ont acc\u00e9d\u00e9 en plus grand nombre aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures, le milieu social d&#8217;origine continue d&#8217;avoir une influence importante sur la destin\u00e9e sociale des individus. Dans ce contexte, on peut se demander si la r\u00e9ussite sociale d\u00e9pend bien uniquement de la r\u00e9ussite scolaire.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Tableau_21.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-859\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Tableau_21.png\" alt=\"Tableau_2\" width=\"1063\" height=\"688\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Tableau_21.png 1063w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Tableau_21-300x194.png 300w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Tableau_21-1024x662.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1063px) 100vw, 1063px\" \/><\/a><\/h4>\n<h2>A m\u00eame niveau d&#8217;\u00e9tude, des chances de r\u00e9ussite sociale \u00e9gales&nbsp;?<\/h2>\n<p>Dans un syst\u00e8me m\u00e9ritocratique \u00ab&nbsp;id\u00e9al&nbsp;\u00bb, les chances de r\u00e9ussite sociale devraient \u00eatre les m\u00eames pour tous les individus, ind\u00e9pendamment du milieu social d&#8217;origine&nbsp;: par exemple, les chances de devenir cadre devraient \u00eatre identiques pour un fils de cadre et pour un fils d&#8217;ouvrier. Si l&#8217;on consid\u00e8re que la m\u00e9ritocratie est garantie par l&#8217;institution scolaire, qui a pour mission de s\u00e9lectionner les individus en fonction de leurs \u00ab&nbsp;m\u00e9rites&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;talents&nbsp;\u00bb, alors les chances d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 telle position sociale devraient \u00eatre les m\u00eames parmi les dipl\u00f4m\u00e9s d&#8217;un m\u00eame niveau d&#8217;\u00e9tude, quel que soit leur milieu social d&#8217;origine.<\/p>\n<p>Dans le Graphique 2, nous avons report\u00e9, pour la cohorte 1955-1978, le pourcentage d&#8217;individus acc\u00e9dant \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure en fonction de leur niveau d&#8217;\u00e9tude et de leur origine sociale. On s&#8217;aper\u00e7oit que, m\u00eame s&#8217;il est vrai que le dipl\u00f4me conditionne fortement la position occup\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 niveau d&#8217;\u00e9tude \u00e9gal l&#8217;origine sociale continue d&#8217;avoir une influence sur la r\u00e9ussite sociale. En effet, alors que moins de 10&nbsp;% des personnes issues des classes interm\u00e9diaires et populaires ayant un niveau d&#8217;\u00e9tude du secondaire I acc\u00e8dent \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure, cette proportion s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus de 15&nbsp;% pour celles issues de la classe moyenne sup\u00e9rieure. L&#8217;avantage des personnes issues de la classe moyenne sup\u00e9rieure est encore plus marqu\u00e9 parmi les dipl\u00f4m\u00e9s du secondaire II et du professionnel&nbsp;sup\u00e9rieur : si 25% des hommes dipl\u00f4m\u00e9s du secondaire II issus des classes interm\u00e9diaire et populaire acc\u00e8dent \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure, cette proportion s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 43% pour les hommes issus de la classe moyenne sup\u00e9rieure. Pour les dipl\u00f4m\u00e9s du professionnel sup\u00e9rieur, pr\u00e8s de 78% des hommes issus de la classe moyenne sup\u00e9rieure acc\u00e8dent eux-m\u00eames \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure, contre moins de 65% pour les hommes issus d&#8217;un autre milieu social. Les m\u00eames tendances s&#8217;observent \u00e9galement chez les femmes, dans des proportions toutefois l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieures. Parmi les dipl\u00f4m\u00e9s de l&#8217;universit\u00e9, la persistance de l&#8217;influence du milieu social d&#8217;origine sur la r\u00e9ussite sociale est plus faible&nbsp;: les personnes issues de la classe interm\u00e9diaire ont des chances semblables d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure que celles issues de la classe moyenne sup\u00e9rieure. N\u00e9anmoins, les rares personnes issues de la classe populaire ayant r\u00e9ussi \u00e0 obtenir un dipl\u00f4me universitaire ont en moyenne des chances plus faibles \u2013 de l&#8217;ordre de 5 points de pourcentage \u2013 d&#8217;atteindre la classe moyenne sup\u00e9rieure.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Graphique_2.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-861\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Graphique_2.png\" alt=\"Graphique_2\" width=\"698\" height=\"461\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Graphique_2.png 698w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Graphique_2-300x198.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 698px) 100vw, 698px\" \/><\/a><\/h4>\n<p>Ainsi, le dipl\u00f4me ne garantit pas \u00e0 lui seul la r\u00e9ussite sociale. A m\u00eame niveau d&#8217;\u00e9tude, l&#8217;origine sociale continue d&#8217;exercer une influence non n\u00e9gligeable sur les chances d&#8217;acc\u00e9der aux meilleures positions sociales. Nos donn\u00e9es ne nous permettent malheureusement pas d&#8217;aller plus loin pour expliquer cette in\u00e9gale distribution des chances de r\u00e9ussite sociale. Ces in\u00e9galit\u00e9s pourraient r\u00e9sulter de diff\u00e9rentes strat\u00e9gies \u00e9ducatives ou diff\u00e9rentes dotations en ressources \u00e9conomiques (capital financier de d\u00e9part), culturelles (savoir-faire et savoir \u00eatre) ou sociales (r\u00e9seau de contacts).<\/p>\n<h2>Conclusion&nbsp;: tout a chang\u00e9 pour ne rien changer<\/h2>\n<p>En d\u00e9pit des nombreux changements structurels qui ont modifi\u00e9 la Suisse depuis le d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle, les hi\u00e9rarchies sociales n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 substantiellement alt\u00e9r\u00e9es. Si la tertiarisation du march\u00e9 du travail a permis \u00e0 une part importante de la population d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure, nos analyses d\u00e9voilent que le milieu social d&#8217;origine continue \u00e0 avoir une influence majeure sur la destin\u00e9e sociale des individus. L&#8217;influence de l&#8217;origine sociale se manifeste de mani\u00e8re indirecte, \u00e0 travers le r\u00f4le jou\u00e9 par l&#8217;\u00e9ducation, dans le processus de transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle&nbsp;: alors que le fait de poss\u00e9der un dipl\u00f4me de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur est devenu de plus en plus important pour \u00eatre recrut\u00e9 dans la classe moyenne sup\u00e9rieure, l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 ces dipl\u00f4mes s&#8217;est davantage diffus\u00e9 parmi les personnes issues de la classe moyenne sup\u00e9rieure. Parmi les dipl\u00f4m\u00e9s d&#8217;un m\u00eame niveau d&#8217;\u00e9tude, l&#8217;origine sociale continue \u00e0 avoir une influence sur la r\u00e9ussite sociale. Ainsi, \u00e0 niveau d&#8217;\u00e9tude \u00e9quivalent, les personnes issues de la classe moyenne sup\u00e9rieure ont de meilleures chances d&#8217;acc\u00e9der elles-m\u00eames \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure que les personnes issues d&#8217;une autre classe sociale. Enfin, nos analyses ont montr\u00e9 que les taux de mobilit\u00e9 sociale sont rest\u00e9s relativement stables au cours de la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e. Ces r\u00e9sultats s&#8217;expliquent notamment par le fait que les changements structurels n&#8217;ont pas remis en cause les hi\u00e9rarchies sociales.<\/p>\n<p>Ainsi, depuis le d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle la mobilit\u00e9 sociale dans la soci\u00e9t\u00e9 suisse n&#8217;a pas augment\u00e9. Les barri\u00e8res \u00e0 la mobilit\u00e9 sociale dans le pays demeurent importantes et le destin social des habitants de la Suisse reste fortement conditionn\u00e9 par leur origine sociale. Cela nous am\u00e8ne \u00e0 conclure que, au cours de 20\u00e8me si\u00e8cle en Suisse, les in\u00e9galit\u00e9s entre les diff\u00e9rentes classes sociales, loin de s\u2019\u00eatre affaiblies ou d\u2019avoir disparu, se sont maintenues.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1]Nous ne prenons pas en compte la situation de la m\u00e8re pour des raisons th\u00e9oriques et pratiques: les m\u00e8res des cohortes \u00e9tudi\u00e9es \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement faiblement int\u00e9gr\u00e9es sur march\u00e9 du travail, et les enqu\u00eates que nous utilisons ne contiennent pas toutes des indicateurs sur la profession ou le niveau d&#8217;\u00e9ducation de la m\u00e8re du r\u00e9pondant.<\/p>\n<p>[2]Nos analyses se limitent aux personnes \u00e2g\u00e9es entre 35 et 64 ans au moment de l&#8217;enqu\u00eate, et, pour les femmes, nous analysons uniquement celles qui \u00e9taient actives au moment de l&#8217;enqu\u00eate. Nous avons regroup\u00e9 dans la cohorte la plus ancienne (1908-34) un \u00e9ventail large d&#8217;ann\u00e9es de naissance simplement pour des raisons techniques, puisqu&#8217;un d\u00e9coupage plus fin ne nous offrait pas une taille d&#8217;\u00e9chantillon satisfaisante.<\/p>\n<p>[3]Pour plus de d\u00e9tails sur cette \u00e9tape et sur les \u00e9ventuels biais li\u00e9s \u00e0 cette approche voir le Chapitre 4 dans Falcon 2013.<\/p>\n<p>[4]Cette cat\u00e9gorie d\u00e9signe la scolarit\u00e9 obligatoire.<\/p>\n<p>[5]Cette cat\u00e9gorie regroupe les fili\u00e8res g\u00e9n\u00e9rales et professionnelles de l&#8217;\u00e9cole post-obligatoire. La fili\u00e8re professionnelle, comprenant les apprentissages, repr\u00e9sente plus des trois-quarts de cette cat\u00e9gorie.<\/p>\n<p>[6]Cette cat\u00e9gorie regroupe notamment les formations professionnelles sup\u00e9rieures avec ma\u00eetrise ou brevet f\u00e9d\u00e9ral, les \u00e9coles techniques ou professionnelles et les HES\/HEP.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 class=\"Titrebibliographie\"><span lang=\"DE-CH\">Annexe<\/span><\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Annexe.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-862\" src=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Annexe.png\" alt=\"Annexe\" width=\"638\" height=\"685\" srcset=\"https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Annexe.png 638w, https:\/\/www.socialchangeswitzerland.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Annexe-279x300.png 279w\" sizes=\"auto, (max-width: 638px) 100vw, 638px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Au cours du 20 \u00e8me si\u00e8cle, la soci\u00e9t\u00e9 suisse s&#8217;est consid\u00e9rablement transform\u00e9e, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9mocratisation de l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation, \u00e0 la tertiarisation du march\u00e9 du travail et \u00e0 l&#8217;\u00e9galisation des conditions entre les hommes et les femmes. 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