Des générations à la foi décroissante : religion et sécularisation en Suisse 1930-2020

N°27, Novembre 2021
Jörg Stolz, Jeremy Senn, Université de Lausanne

November 8, 2021
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Stolz, J. & Senn, J. (2021). Des générations à la foi décroissante : religion et sécularisation en Suisse 1930-2020. Social Change in Switzerland, N°27. doi: 10.22019/SC-2021-00005

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Résumé

Le présent article examine dans quelle mesure le phénomène de sécularisation des cohortes, démontré dans d’autres pays occidentaux, vaut également pour la Suisse. Selon cette théorie, la sécularisation se produit par le remplacement de cohortes plus religieuses par des cohortes qui le sont moins, et non parce que la religiosité des individus diminue au cours de la vie. L’article examine l’évolution de la religiosité chrétienne et de la spiritualité holistique sur la base de plusieurs grandes enquêtes sociales. La thèse de la sécularisation des cohortes peut être confirmée pour la religiosité chrétienne: la sécularisation s’explique en grande partie par le fait que chaque génération nouvelle est un peu moins religieuse. Il s’agit de «générations à la foi décroissante». En revanche, nous ne trouvons aucune preuve que de nombreuses personnes gardent leur foi et ne font que rejeter l’appartenance à une église («believing without belonging»). Une révolution spirituelle holistique n’a pas non plus eu lieu.


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Introduction[1]

Les célèbres sociologues spécialistes des religions Alasdair Crocket et David Voas (2006) ont affirmé que la sécularisation dans les sociétés occidentales était principalement générationnelle. En raison de problèmes de socialisation religieuse, chaque nouvelle génération développerait une religiosité un peu moins forte que la précédente mais conserverait pour l’essentiel le même niveau de religiosité pendant le reste de sa vie adulte. Le déclin de la religiosité de la société dans son ensemble ne serait pas le résultat d’individus qui perdent la foi, mais plutôt du remplacement de générations plus religieuses par des générations qui le sont moins. 

Le phénomène décrit par Alasdair Crockett et David Voas a depuis été mis en évidence dans divers pays occidentaux. Les cas bien documentés comprennent notamment la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. 

Le présent article examine si et sous quelle forme le modèle de sécularisation des cohortes s’applique également à la Suisse et explique ainsi tout ou partie de l’évolution de la religiosité. Il vérifie également si, au lieu d’un déclin général de la religiosité, nous n’avons pas plutôt affaire à un changement des formes religieuses. Une thèse bien connue veut que les individus abandonnent leur affiliation religieuse formelle mais continuent à avoir une foi religieuse («believing without belonging»). Une troisième thèse veut que la religiosité ecclésiale soit en déclin mais qu’elle soit remplacée par une spiritualité holistique («thèse de la révolution spirituelle»). La spiritualité holistique ou globale fait référence à des croyances et pratiques d’origines diverses qui se concentrent sur l’intégralité corpopsychospirituelle de l’être humain et combinent ainsi diverses pratiques telles que le yoga, la méditation, la canalisation, la guérison par les pierres, la croyance aux anges ou le contact avec des maîtres secrets dans les combinaisons les plus diverses (Höllinger & Tripold, 2012). 

Dans le contexte suisse, la sécularisation, c’est-à-dire le déclin de la religion et de la religiosité au fil du temps, est bien documenté. Les recensements et relevés structurels de l’Office fédéral de la statistique (Bovay, 2004), les enquêtes sur la langue, la religion et la culture de l’Office fédéral de la statistique (de Flaugergues, 2016; Roth & Müller, 2020), le Programme national de recherche PNR 58 (Bochinger, 2012) ainsi que la recherche en sociologie de la religion dans la tradition des «études de cas particuliers» (Campiche, 2004b; Dubach & Campiche, 1993; Stolz et al., 2014) ont montré que l’affiliation religieuse, la fréquentation des églises et la foi en Dieu ont diminué au cours des dernières décennies. Les séries chronologiques qui remontent le plus loin dans le passé concernent l’appartenance religieuse et la fréquentation des églises. En 1960, par exemple, la proportion de personnes «sans religion» était encore inférieure à 1%, alors qu’en 2018, elle atteignait déjà 29,5%  (voir Figure 1).[2]  

En matière de fréquentation des églises, on observe également une nette baisse depuis des décennies. Les enquêtes de l’ISSP ont demandé aux participants à quelle fréquence leurs parents et eux-mêmes allaient à l’église «quand ils étaient enfants». Malheureusement, la question ne précisait pas d’âge exact mais on peut estimer que les personnes interrogées auraient indiqué un âge d’environ 11 ans. Sur cette base, nous pouvons calculer et représenter graphiquement la fréquence de la fréquentation des églises au cours de la 12e année d’existence pour les personnes interrogées de chaque cohorte de naissance (voir Figure 2). La sécularisation de la société apparaît ici très nettement pour les hommes, les femmes et les enfants. Vers 1930, environ 45% des mères et 40% des pères allaient encore à l’église (quasiment) toutes les semaines. Les enfants y allaient encore plus fréquemment (environ 60%). La baisse de la fréquentation des églises s’observe depuis les années 1950 pour les mères, les pères et les enfants. 

Figure 1 : L’appartenance confessionnelle en Suisse

Source : Données des recensements et des relevés structurels, Office fédéral de la statistique

Figure 2 : Fréquentation hebdomadaire de l’église par les parents des personnes interrogées ainsi que par les personnes interrogées elles-mêmes lorsqu’elles étaient enfants (à l’âge de 12 ans). 

Partant de cet état de la recherche, la présente contribution soulève trois questions centrales: 

(1) Comment la religiosité chrétienne et la spiritualité holistique ont-elles évolué en Suisse pendant les dernières décennies?

(2) Quelle part de ce changement est attribuable à un remplacement des cohortes?

(3) Y a-t-il des données empiriques qui confirment les thèses d’un «believing without belonging», d’une «révolution spirituelle» et d’une «crise religieuse des années 1960»?

Nous examinerons ci-après ces trois questions à la lumière de données d’enquête recueillies auprès de plus de 35’000 personnes en Suisse entre 1988 et 2018. 

Théories sur l’évolution de la religiosité en Suisse

Au cours des dernières décennies, diverses théories ont été avancées sur le destin de la religion et de la spiritualité dans les sociétés occidentales. Parmi les différentes théories et thèses, nous sélectionnons trois approches importantes qui débouchent sur des hypothèses claires et peuvent donc être testées avec nos données. 

(1) Sécularisation des cohortes. La version actuellement la plus plausible de la thèse de la sécularisation affirme que la sécularisation dans les pays occidentaux prend principalement la forme d’un remplacement des cohortes (Crockett & Voas, 2006). La raison principale de la sécularisation réside dans divers facteurs (pluralisation, enseignement supérieur, solutions alternatives laïques) qui rendent la socialisation religieuse plus difficile. Si cette thèse est vraie, nous devrions observer que chaque nouvelle cohorte est moins religieuse que la précédente. De surcroît, chaque cohorte devrait conserver un niveau respectif de religiosité relativement constant au fil du temps.

(2) Believing without belonging. Dans des travaux souvent cités, Grace Davie (1990) a fait valoir que si les individus des pays occidentaux sont de moins en moins susceptibles d’appartenir à des religions organisées, ils conservaient néanmoins leurs croyances religieuses. Autrement dit, ils seraient des «croyants sans appartenance» («believing without belonging»). Si cette thèse se vérifie, nous devrions constater une diminution de l’appartenance religieuse formelle à une confession et à une religion tandis que, par exemple, la croyance en Dieu et la croyance en une vie après la mort ou aux miracles devraient rester constantes.

(3) Spiritual revolution. Paul Heelas et Linda Woodhead (2004) ont affirmé dans un livre influent que si la religiosité chrétienne déclinait au fil du temps, elle est remplacée en contrepartie par la spiritualité du milieu dit holistique. Si cette thèse se vérifiait pour la Suisse, des indicateurs tels que la fréquentation des églises, la fréquence de la prière ou du baptême devraient diminuer avec le temps, tandis que la spiritualité holistique, mesurée par le succès de pratiques telles que le yoga, la méditation, la guérison par des pierres et des cristaux, la chiromancie et autres, devrait augmenter.

Données empiriques

Notre étude repose sur trois ensembles de données. 

(1) Une enquête réalisée en 1988/89 auprès de 1315 personnes par Roland Campiche et Alfred Dubach (1993) et dont les résultats ont été publiés dans l’ouvrage «Jede(r) ein Sonderfall? Religion in der Schweiz» (souvent appelée «Étude sur les cas particuliers»).  

(2) Trois études de l’International Social Survey Program (ISSP) sur le thème de la religion dans les années 1998, 2008 et 2018 (N = 5140). La première est d’ailleurs complétée par des données par des données de l’enquête «Religion et lien social» (Campiche, 2004a).

(3) L’ensemble de données CARPE, qui rassemble les données de cinq enquêtes différentes sur la fréquentation des églises et l’appartenance religieuse dans 45 pays (Biolcati et al., 2019). Les enquêtes concernées sont Eurobaromètre (EB), European Social Survey (ESS), International Social Survey Program (ISSP), European Value Survey (EVS) et World Value Survey (WVS). Dans la présente étude, nous utilisons uniquement les données CARPE pour la Suisse (N = 31686). 

Le tableau A.1 en annexe compile la période, le nombre de points temporels, les indicateurs et le nombre de personnes interrogées pour les différentes enquêtes ou différents programmes d’enquête. Nous disposons de points de données entre 1987 et 2015 en ce qui concerne l’appartenance religieuse et la fréquentation des l’églises. La fréquentation de l’église par la mère et le père est disponible pour la période de 1988/89 à 2018. Tous les autres indicateurs ne sont disponibles que pour des périodes plus courtes. La pratique de la spiritualité holistique ne peut être examinée que pour la période entre 2008 et 2018. L’une des limites de la présente approche est le nombre restreint d’indicateurs de religiosité. Pour un modèle de mesure nettement plus complet, voir Huber (2004).

Nous excluons les membres des religions non chrétiennes de notre analyse, car l’examen du mécanisme de cohorte dans ce groupe très hétérogène et relativement petit exigerait une étude séparée. De plus, nous ne prenons en compte que les individus âgés de 18 à 85 ans.

Religiosité chrétienne: appartenance et pratique

En ce qui concerne l’appartenance religieuse, nous trouvons certaines preuves que la sécularisation des cohortes se produit également en Suisse (voir Figure 3).[3] Le graphique de gauche représente la proportion de personnes ayant une appartenance religieuse au fil du temps. Nous constatons que la proportion de personnes ayant une religion baisse de plus de 95% à moins de 70%. Sur la partie droite de la Figure 3, nous voyons l’appartenance religieuse ventilée par cohorte. Il est manifeste qu’au fil du temps, une sorte de séparation entre les cohortes se produit. Alors qu’en 1987, les cohortes étaient encore très proches dans leurs proportions d’appartenance religieuse, on constate en 2015 de nettes différences entre les cohortes, en fonction de leur ordre d’apparition: chaque cohorte présente une appartenance religieuse plus faible que la précédente. Néanmoins, il convient de noter que la baisse globale du niveau d’appartenance religieuse n’est due que dans une mesure restreinte au remplacement des cohortes. Elle vient plutôt du fait que l’appartenance religieuse des cohortes plus jeunes diminue un peu plus rapidement au cours de la vie que celle des cohortes plus âgées.

Figure 3 : Personnes ayant une religion en fonction de l’année de l’enquête et de la cohorte (pourcentage)

Source : CARPE

Dans une deuxième étape, analysons la variable de la fréquence de fréquentation des églises. Nous examinons ici le pourcentage de personnes qui indiquent aller à l’église chaque semaine ou presque. Sur la Figure 4, nous voyons d’abord à gauche que la fréquentation (presque) hebdomadaire des églises a diminué lentement mais en continu depuis 1987, lorsque l’ensemble des personnes interrogées sont prises en compte conjointement. Toutefois, cette représentation ne permet pas encore de savoir si cette diminution est due à des changements individuels ou au remplacement des cohortes. Dans la Figure 4 à droite, cependant, nous pouvons voir très clairement que la deuxième hypothèse est la bonne. Avec une régularité étonnante, on constate que chaque génération fréquente moins l’église que la précédente, la fréquentation des églises au sein d’une même génération restant relativement stable au fil du temps. 

Figure 4 : Fréquentation hebdomadaire de l’église en fonction de l’année de l’enquête et de la cohorte

Source : CARPE

Outre la fréquentation de l’église, la prière individuelle est sans doute la pratique religieuse individuelle la plus importante, tant dans le christianisme que dans beaucoup d’autres religions. Dans les années 1990 encore, les sociologues des religions prétendaient que la pratique de la prière en Suisse échappait à la sécularisation et restait constante au fil du temps, voire augmentait (Campiche, 2004: 184; 279). Comme nous le constatons aujourd’hui, cette évaluation était fausse. La Figure 5 montre que la fréquence de la prière se comporte d’une manière étonnamment similaire à la fréquentation de l’église. Si l’on fait la moyenne de l’ensemble des personnes interrogées, la fréquence des prières diminue presque linéairement, passant de 43% de prières quotidiennes en 1988 à 14% en 2018 (voir Figure 5, à gauche). Si l’on sépare les cohortes (voir Figure 5, à droite), il apparaît clairement qu’une grande partie de la baisse de la prière est due au remplacement des cohortes. Chaque nouvelle cohorte prie un peu moins fréquemment que la précédente, la pratique de la prière est alors «poursuivie tout au long de la vie» avec une tendance légèrement décroissante. 

Figure 5 : Prière quotidienne par année d’enquête et cohorte

Source : ISSP

Les résultats pour d’autres indicateurs, tels que la croyance en Dieu, la croyance au paradis, à l’enfer, aux miracles religieux, etc. montrent un tableau tout à fait cohérent (données disponibles auprès des auteurs). À nouveau, chaque cohorte plus jeune est légèrement moins religieuse que la précédente.

Spiritualité holistique

Se pourrait-il que la religiosité chrétienne, certes en déclin, soit simplement remplacée par une spiritualité holistique (Heelas & Woodhead, 2004)? 

Nos résultats montrent que ce n’est pas le cas, au moins pour la période que nous pouvons étudier.[4]  Dans la Figure 6 (à gauche), nous voyons les attitudes envers l’efficacité de quatre méthodes holistiques telles que les porte-bonheur, la divination, les horoscopes ou la guérison spirituelle. 

Dans la partie gauche de la Figure 6, nous voyons le pourcentage de personnes interrogées qui pensent qu’il est probable ou très probable que «certains devins [puissent] prédire l’avenir, que «certains guérisseurs [aient] des pouvoirs surnaturels», que «le signe astrologique ou le thème de naissance d’une personne [aient] une influence sur le cours de sa vie» et que «les porte-bonheur [portent] parfois chance». 

Globalement, pour les quatre croyances, nous trouvons moins de 50% des personnes interrogées qui pensent que ces affirmations sont vraies ou probablement vraies. Pour trois des quatre méthodes, les personnes interrogées deviennent significativement plus sceptiques au fil du temps, seuls croyances dans les porte-bonheur affichant une augmentation légère mais statistiquement non significative. 

 Il en va de même pour la pratique holistique (voir Figure 6, à droite). La prévalence très différente des cinq pratiques étudiées est frappante dans ce domaine. La consommation de médecine alternative (par exemple, fleurs de Bach, homéopathie) a été pratiquée sous une forme ou une autre par environ 45% des personnes interrogées au cours de l’année écoulée. Le yoga et la lecture de livres spirituels se situent entre 15 et 20%, tandis que la guérison spirituelle ou la consultation de voyants ont eu lieu au moins une fois au cours de l’année écoulée pour moins de 10% des personnes interrogées. Cependant, nous sommes principalement intéressés par la tendance. Nous voyons ici que deux activités restent constantes, deux montrent une tendance à la baisse et une, le yoga, présente une augmentation (de 13% en 2008 à 22% en 2018). Dans l’ensemble, il faut garder à l’esprit, surtout dans le cas de la médecine alternative et du yoga, qu’il n’est pas clair que la démarche implique effectivement un niveau élevé de spiritualité pour les personnes interrogées. D’une manière générale, sur la base de ces données, on peut dire qu’il n’est pas question d’une augmentation significative de la spiritualité holistique, comme le suggère la thèse d’une révolution spirituelle. 

Figure 6 : Attitudes envers l’efficacité et la pratique des méthodes holistiques 

Il faut noter que la spiritualité holistique, que ce soit en matière de croyances ou de pratiques, n’obéit pas à la logique du remplacement des cohortes (pour des raisons de place, nous ne présentons pas les données à ce sujet. Les effets des cohortes sont cependant importantes. En effet, on constate que la spiritualité holistique est particulièrement répandue dans la cohorte de naissance 1951-1970. Seul le yoga fait exception. Cette pratique semble avoir connu un essor important au cours de la dernière décennie parmi la cohorte la plus jeune observée (1981+).

Conclusion

Dans le présent article, nous avons exploré la question de savoir comment la religiosité chrétienne et la spiritualité holistique ont évolué au fil du temps en Suisse, dans quelle mesure ce changement peut être attribué à des effets générationnels et s’il existe des signes d’une poussée de sécularisation pendant les années 1960. 

Résumons les résultats par rapport à nos quatre thèses initiales. 

(1) La thèse de la sécularisation des cohortes est partiellement confirmée pour la religiosité chrétienne. Les indicateurs les plus importants de la religiosité chrétienne, appartenance confessionnelle, fréquentation des églises, prière et foi en Dieu, obéissent tous au même modèle: en commençant par la cohorte la plus ancienne que nous avons observée (-1920), chaque cohorte est un peu moins religieuse que la précédente. En particulier dans la pratique religieuse (fréquentation de l’église et prière), le mécanisme de cohorte se manifeste de manière très prononcée. Cela signifie que les facteurs sécularisants tels que la modernisation, la concurrence laïque, le pluralisme et autres, entravent avant tout la socialisation religieuse et influencent donc les enfants et les jeunes. Cependant, le mécanisme de cohorte n’est pas exclusivement responsable de la baisse de la religiosité, et nous trouvons également un effet de période pour la plupart des indicateurs (et surtout pour l’appartenance formelle), suggérant un déclin de la religiosité individuelle au fil du temps. La spiritualité holistique reste relativement stable et ne suit pas une logique de sécularisation des cohortes. 

(2) Les données ne soutiennent guère la thèse du Believing without belonging. La croyance en Dieu, en la Bible ou aux miracles diminue au même titre que l’appartenance religieuse (ou la pratique religieuse). Dans l’ensemble, on constate une augmentation du «neither believing nor belonging». Il est intéressant de noter que les divers indicateurs de la religiosité chrétienne présentent des niveaux de persistance différents. On constate que la sécularisation se manifeste d’abord par une baisse de la fréquentation des églises, suivi par les réponses sur la foi, et enfin par un déclin de l’appartenance confessionnelle. Il semble que les gens abandonnent plus rapidement les comportements qui demandent beaucoup de temps. 

(3) La thèse d’une révolution spirituelle ne s’en sort pas mieux. Les indicateurs de la spiritualité holistique, que ce soit en matière de croyance ou de pratiques, ne trouvent qu’un niveau d’approbation plutôt faible au sein de la population. Ce niveau reste relativement constant au cours de la période observée. Il ne saurait être question d’une augmentation qui compenserait les pertes de religiosité chrétienne. 

Si nous examinons la littérature scientifique internationale, nous pouvons conclure que la Suisse a un comportement très similaire à celui de presque tous les autres pays occidentaux en matière de religion. La sécularisation provient dans une large mesure du remplacement des cohortes. Ce sont des «générations à la foi décroissante». Du point de vue religieux, la Suisse n’est pas un «cas particulier».

Annexe

[1] Le présent texte est une version très abrégée d’un chapitre qui sera publié dans une anthologie sur la religion en Suisse: Stolz et al. (2022): Religionstrends in der Schweiz. Religion, Spiritualität und Säkularität im Wandel. (Arbeitstitel). Nous remercions Daniel Oesch, Ursina Kuhn et Felix Bühlmann pour leurs précieux commentaires.

[2] https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/population/langues-religions/religions.assetdetail.15384753.html

[3] Pour une discussion sur l’appartenance religieuse et l’identité, voir Liedhegener et al. 2019. Comment la religion «nous» sépare et nous réunit. Résultats d’une enquête représentative sur le rôle social des identités religieuses et sociales. (Wie Religion “uns” trennt – und verbindet. Befunde einer Repräsentativbefragung zur gesellschaftlichen Rolle von religiösen und sozialen Identitäten.) Lucerne/Leipzig.

[4] Cependant, il se pourrait que la religiosité chrétienne soit remplacée par d’autres phénomènes (par exemple, des solutions alternatives séculaires), voir à ce sujet Stolz, Jörg. 2013. «Entwurf einer Theorie religiös-säkularer Konkurrenz.» (Esquisse de la théorie d’une concurrence religio-séculaire) Kölner Zeitschrift für Soziologie und Sozialpsychologie 65 (Sonderheft 1): 25-49.

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